Sénat des États-Unis : le vote le plus délirant de l'année

Publié le par Moktarama


Comment les élus républicains sont en train d'atteindre - et de franchir allègrement - les limites de la décence législative, en se prononçant contre la loi la plus consensuelle présentée depuis longtemps, et au mépris de ce qu'eux-même clamaient il y a un mois à peine, en défendant indirectement l'entreprise Halliburton face à une victime de viol en réunion. Avec des bouts de Jon Stewart en guise de conclusion, pour en rigoler malgré tout.


        L'histoire commence en 2005. Une employée américaine de l'entreprise de travaux publics Halliburton - un peu le Bouygues américain pour offrir un point de comparaison - , entreprise massivement présente pour la reconstruction de l'Irak avec des fonds du gouvernement américain, se fit violer dans ce pays par plusieurs de ses collègues après avoir signalé à maintes reprises leur comportement sexiste. Lorsqu'elle dénonça ces faits à son superviseur, elle fut enfermée dans un local et ne dut son rapatriement saine et sauve aux États-Unis qu'à l'appel de ses parents à leur élu local - après qu'elle ait réussi à les prévenir.

        Revenue aux États-Unis, on lui expliqua alors que son contrat de travail comportait une clause l'obligeant à passer par une procédure d'arbitrage dont les membres seraient choisis par Halliburton, et lui interdisant d'assigner en justice cette même société pour avoir fermé les yeux sur ce viol en réunion. Une situation hallucinante en France, moins aux États-Unis - une telle clause étant tout de même très rare - , société judiciarisée jusqu'à l'extrême - en France, les clauses d'arbitrage ne se rencontrent que dans les contrats à la limite du léonin comme ceux des assurances et autres sociétés amoureuses du consommateur.

        Cette année, le nouvellement élu sénateur du Minnesota - et ancien présentateur-humoriste - Al Franken, pour sa première proposition de loi, avança l'idée que ce genre de clauses seraient désormais prohibées pour toute entreprise sous contrat avec le gouvernement, comme Halliburton en Irak. Sur cent sénateurs - nombre total - , il se trouva trente sénateurs, tous républicains, pour voter contre cette loi, défendant au passage de manière véhémente la non-irruption du gouvernement dans les contrats privés y compris lorsque des fonds publics étaient en jeu. Parmi ces sénateurs, on trouve le candidat malheureux aux élections présidentielles de 2008, John McCain, ce qui est significatif tant celui-ci est habituellement considéré comme un "modéré" au sein de son parti.

        Mais là où la schizophrénie devient palpable, c'est quand on se souvient qu'il y a un mois à peine, le parti républicain réclama avec fracas que l'association pro-démocrates - et fort puissante - ACORN se fasse couper tout son financement public, après la parution de vidéos montrant un faux maquereau et vrai journaliste se faire recommander les meilleurs moyens de donner au parti démocrate en mentant de A à Z, et se voyant au passage délivrer qualques conseils pour mieux exercer son faux métier - y compris avec des mineures. Les républicains se jetèrent dessus avec des mots - certes justifiés - extrêmement durs, s'impliquant avec passion pour couper le robinet. 

        On connaît cette tendance chez tous les politiques, dont la morale est souvent à géométrie variable en fonction de l'appartenance de la personne ou de l'entité impliquée. Toutefois, rarement dans l'histoire de la politique j'aurai vu deux positions opposées défendues alternativement avec aussi peu d'intervalle temporel, et encore moins à propos d'un sujet aussi impossible à retourner que la couverture d'un viol en réunion par une entreprise qui tire des revenus non négligeables de fonds publics et impose par contrat son arbitrage aux éventuels employés concernés. 

        Pour reprendre le bon mot de l'humoriste américain Bill Maher, bon mot appelé, à n'en pas douter, à un avenir brillant tant il décrit parfaitement le chemin que prend un parti qui n'aura jamais été autant agressif - dans un pays où les accords bipartisans étaient légions  : " Les élus républicains se sont déplacés à l'hôpital psychiatrique. "

        De manière tout à fait étonnante, le retentissement médiatique de ce vote fut quasiment nul - moins d'une centaine d'articles sur Google Actualités à ce jour - , et la diffusion sur l'émission satirique The Daily Show d'un passage à ce sujet ne semble pas particulièrement déplacer les foules médiatiques compte tenu de la force du sujet - on trouve bien quelques articles, mais rien de massif - ; malgré le fait qu'elle est une des séquences les plus cruelles de ces dernières semaines pour les républicains. Je vous présente ici ladite séquence sous-titrée en français, afin de finir sur une note comique ce qui ressemble fortement à la décadence pourrissante d'un courant de pensée qui essaima - pour le meilleur comme pour le pire - dans le monde entier à la faveur des années 80 et de la Reagan-mania.

 






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Publié dans Dans le monde

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conte 21/10/2009 14:17


Un tel cynisme en dit long sur la désagrègation du parti républicain.
Qu' en pensent les élues républicaines?


Moktarama 21/10/2009 15:51


Il n'y a que quatre élues républicaines au Sénat des Etats-Unis. Aucune de celles-ci ne fait partie des votes contre. Les 30 "non" sont de la part d'hommes.

De manière intéressante, aucune ne s'est exprimé sur le sujet. Mais il faut bien dire que le retentissement médiatique de ce vote a été très faible par rapport à son contenu symbolique...