Passe d'armes entre Jon Stewart et Ari Fleischer au Daily Show

Publié le par Moktarama


        Commençons par le commencement : qu'est-ce que le Daily Show ? C'est une émission satirique américaine, présentée par Jon Stewart, et qui traite majoritairement de politique et des médias. Elle est ainsi diffusée chaque soir sur la chaîne Comedy Central au même horaire – 23h30 - que les journaux de la nuit sur les autres chaînes. Le Daily Show existe maintenant depuis une dizaine d'années, et a pris de plus en plus d'ampleur, que ce soit en audience ou en influence. L'émission dure une vingtaine de minutes et comporte l'interview d'un invité par Jon Stewart, elle est filmée quelques heures avant sa diffusion devant un public. Pour les anglophones, l'émission et ses archives sont disponibles gratuitement sur le site du Daily Show. Les non-anglophones pourront se rabattre sur Canal+, qui diffuse les émissions munies de sous-titres tous les matins à 6h35.

       
Dans l'émission du 14 octobre, Jon Stewart interviewe Ari Fleischer, porte-parole de la Maison-Blanche de 2001 à 2003, un républicain pur jus donc, un de ceux qui participait des innombrables mensonges de l'administration Bush, Jon Stewart l'introduit comme cela : « L'administration Bush à l'ancienne ce soir, nous recevons le porte-parole de la Maison-Blanche, du temps ou ils essayaient de couvrir les mensonges ! Maintenant ils ne s'en préoccupent même plus. Dana Perino [actuelle porte-parole de la Maison-blanche] vient juste et dit « Oui, vous nous avez eu. » ! Cet homme était un Maître. »

       
Cette passe d'armes - plus que véritable interview – m'a semblé très intéressante, en effet les deux hommes y parlent plutôt librement des élections présidentielles, et notamment du ticket républicain McCain-Palin et de ses chances se rétrécissant comme peau de chagrin :

 

 


 

 

        Pour les non-anglophones et ceux qui préfèrent lire, voici la transcription en français de l'interview, complétée par mes observations et les liens vers les références utilisées par les interlocuteurs :



Jon Stewart : Mon invité ce soir, il était le porte-parole de la Maison-Blanche sous le gouvernement G.W. Bush de 2001 à 2003, veuillez accueillir à nouveau dans l'émission Ari Fleischer. (Applaudissements soutenus) Une foule qui a été enragée par moi-même. [référence à l'orientation actuelle de la campagne de John McCain, moquée par John Stewart au début de l'émission]

 

Voilà ce que je pense qu'il est en train de se passer lors de cette élection, vous me donnerez votre avis, voilà ce que je pense que le ticket McCain-Palin est en train de faire : ils agissent de manière erratique, ils agissent de manière irresponsable, pour convaincre les votants qu'ils sont en fait des démocrates. [au sens du parti démocrate] (rires d'AF et du public)

Parce que personne ne voudrait voter pour un républicain vu l'environnement actuel. Qu'en pensez vous ?


Ari Fleischer : Je ne suis pas sûr. Je ne pense pas que ce soit correct.


Jon Stewart : Qu'allez-vous faire avec tout ça ? Cela semble...absurde.


Ari Fleischer : Tout d'abord, je suis content d'être un homme heureux et à la retraite de tout engagement politique public. L'année a été dure à regarder pour les républicains, et je n'aime pas le dire mais ce pays veut vraiment du changement, et John McCain a essayé du plus dur qu'il a pu pour faire de lui-même un élément de changement. Il reste trois semaines, tout peut arriver, spécialement cette année, mais c'est dur.


Jon Stewart : Que feriez-vous, si vous étiez un conseiller, je ne vais pas dire pour mettre du rouge à lèvres à un cochon [cette expression, « to put lipstick on a pig », est couramment utilisée aux Etats-Unis et a provoqué une polémique après son utilisation par Barack Obama] , car c'est manifestement sexiste, alors laissez-moi essayer quelque chose de légèrement différent : Comment vous parfumerez cette dinde ? [« how do you perfume this turk »] Que leur diriez-vous ? Que devraient-ils faire ?


Ari Fleischer : La meilleure chance pour John McCain de gagner cette élection est que les marchés financiers continuent de grimper, que les gens commencent à penser que quelque chose a été mis en place pour inverser [la chute de] l'économie. Et si j'étais John McCain je me concentrerais vraiment sur les problèmes économiques, il doit faire de lui-même l'élément de changement. Je pense qu'il peut ouvrir un front contre Barack Obama. Mon problème avec Barack Obama est double : un, les propositions de redistributions massives de revenus qu'il a émises. Avec sa politique, c'est 45% de ce pays qui ne paierait plus d'impôt sur le revenu


Jon Stewart : C'est socialiste ! Socialiste !


Ari Fleischer : Je sais ce que vous allez dire, vous allez dire que George Bush est pour, donc je ne vais pas aller dans cette direction, je vous connais bien.


Jon Stewart : Qu'est ce que j'allais dire ? Parce qu'il est amusant de voir les gens se dire « mon dieu, nous allons devenir socialistes » ...alors que dans le même temps nous venons de nationaliser les banques ! [L'Etat fédéral US a débloqué 250 milliards de dollars de capitaux le 14 octobre pour renflouer les banques qui restent]


Ari Fleischer : Je vous avais dit, je savais que vous alliez le faire !


Jon Stewart : Non, non, je parlais juste !


Ari Fleischer : Mais vous ne pouvez pas avoir un pays qui soit fort si vous avez 45% du pays qui est exempté de payer l'impôt sur le revenu.


Jon Stewart : Est-ce que modifier la politique de perception de l'impôt, la redistribution de la richesse, pour aller dans une autre direction, toute cette idée...nous ne sommes pas dans un systême de libre marché ! Il y a des marionnettistes, les choses dépendent de quelle main est en train de tirer le fil, et après toutes ces années ou les investisseurs financiers et les ultra-riches ont vraiment dominé et étendu ce fossé [entre eux et le reste de la population] , est-ce socialiste de dire « Eh, le gars de la classe moyenne qui se débat économiquement, peut-être que nous pourrions diminuer ses impôts. » (applaudissements soutenus du public)


Ari Fleischer : Si on m'avait dit que la redistribution pour les extrêmes allait être une proposition, et allait être effectuée, qui pourrait être contre ça ? (ironiquement)


Jon Stewart : Maintenant nous sommes juste en train d'argumenter à propos du prix, alors.


Ari Fleischer : Nous sommes en train d'argumenter pour savoir si il est juste ou non que 45% de ce pays paie ou non un impôt sur le revenu.


Jon Stewart : Et bien, si vous leur aviez dit d'abandonner la compréhension de la complexité économique, si depuis huit ans vous leur aviez dit « Restez juste ici, ça va devenir mouillé bientôt » et que ça ne devient jamais mouillé, et si quelqu'un de nouveau vient et dit « Fais pleuvoir, enfoiré ! » [« Make it rain, bitch » , référence aux codes du hip-hop américain] , vous voyez ce que je veux dire ? Je ne fais que parler... (rires du public et d'Ari Fleischer)

Laissez-moi vous demander, que pensez vous du gouverneur Palin ? Je sais que vous avez dit beaucoup de bien d'elle.


Ari Fleischer : C'est vrai.


Jon Stewart : Qu'est-ce que vous aimez à propos d'elle ?


Ari Fleischer : J'aime bien le gouverneur Palin.


Jon Stewart : Laissez-moi vous demander, et avec tout le respect que je porte à votre bagage politique : Pourquoi ? (rires du public)


Ari Fleischer : Trois raisons : un, je suis un conservateur ; deux, parce que j'aime que de nouvelles personnes viennent à Washington pour secouer un peu tout ce petit monde ; trois, elle vous donne amplement de quoi travailler. (rire de Jon Stewart)


Jon Stewart : Elle est en train de changer Washington ? Parce que ce que je ressens d'elle, c'est « Je ne répondrais à aucune question de quiconque » , donc elle n'est pas transparente, et elle est impliquée dans un scandale d'abus de pouvoir, quand elle va à Washington, n'est-elle pas comme (rire de Ari Fleischer)...je ne sais pas, je ne fais que parler...n'est elle pas seulement une version café-théâtre de Bush et de Cheney ? (rires du public) Calmez vous, nous allons manquer de temps !


Ari Fleischer : Et par ailleurs, vous devez reconnaître une chose : Cheney a obtenu de rester, peu importe qui est le vice-président, ce sera Obama-Cheney, pas...il est juste fourni avec l'endroit, en fait.


Jon Stewart : Vous dites qu'il est à peine une bernique. Mais voyez-vous ce que je veux dire ? Elle n'arrête pas de dire « Qui est Barack Obama ? ». Mais qui est-elle ? Nous [les médias] l'avons fabriquée il y a six semaines...


Ari Fleischer : Voilà ce dont je peux vous assurer à son propos, quand Barack Obama a commencé sa candidature il y a 20 mois, tous les arguments utilisés contre elle auraient pu utilisés contre lui alors, l'inexpérience etc, tout juste sénateur [Barack Obama] contre pas sénateur [Sarah Palin] du Sénat fédéral américain [à Washington] ...il a eu 20 mois pour prouver ses compétences aux yeux du public, c'est l'avantage à faire ce qu'il fait maintenant. Elle n'a pas eu cette longue opportunité de prouver ses compétences, avec cet examen minutieux. Il n'avait pas subi cet examen, spécifiquement dans les premiers mois de la primaire


Jon Stewart : Mais elle-même se refuse à tout examen !


Ari Fleischer : Je pense que maintenant, c'est tellement intense...regardez votre émission, John, tout ce que vous avez montré [aujourd'hui] était contre John McCain et Sarah Palin, vous n'avez pas montré quoi que ce soit concernant Barack Obama et Joe Biden.


Jon Stewart : Ou est l'éthique journalistique ? (rires du public et d'Ari Fleischer)


Ari Fleischer : Exactement !


Jon Stewart : D'accord, changeons d'approche.


Ari Fleischer : Elle reçoit tous les examens qu'Obama ne prend pas par les médias.


Jon Stewart : D'accord (sceptique) . Mon TiVo [magnétoscope numérique] me dit le contraire, mais d'accord. Changeons d'approche, disons que vous êtes un homme, un démocrate, et vous êtes en train de planifier comment vous attaqueriez Sarah Palin. Utiliseriez-vous les racines patriotiques ?


Ari Fleischer : Non, vous ne le feriez pas.


Jon Stewart : Le fait qu'elle soit une sécessionniste ?


Ari Fleischer : Non, elle se présente comme vice-présidente, ce serait comme attaquer Joe Biden, vous ne le faites pas. Ce n'est pas pertinent concernant qui va mener le pays, que ce soit John McCain ou Barack Obama, et c'est là-dessus que les candidats devraient se concentrer.


Jon Stewart : Vous ne pensez pas que la personne qui pourrait venir en seconde position devrait être regardée de près, même si elle vient d'apparaître?


Ari Fleischer : Bien sûr, elle doit être regardée de près, mais ce que je veux dire, c'est qu'aucune campagne présidentielle ne devrait se focaliser sur le numéro deux. Si Barack Obama porte ses yeux ailleurs que sur John McCain, comme avec le gouverneur Palin, il fait une erreur.


Jon Stewart : Mais, en tant qu'opposant , l'attaqueriez-vous sur le parti sécessionniste [qu'elle soutenait] en Alaska, prendre ses racines patriotiques, ou plutôt aller sur les dingues de la religion, le type qui fait de la sorcellerie dans son église [sa paroisse pour les lecteurs catholiques], son type de « Jews for Jesus » [organisation évangélique américaine prônant le judaïsme messianique]. (rires du public tout du long) Vous pourriez prendre la voie éthique et l'attaquer sur son complet manque d'expérience. (rires d'Ari Fleischer)


Ari Fleischer : Mais cela correspondrait à Barack Obama, donc vous ne me laisseriez pas faire ça ! (rires de John Stewart)


Jon Stewart : Seriez-vous d'accord avec moi sur le fait qu'il a au moins été examiné par l'électorat ?


Ari Fleischer : Nous y sommes ! Cela fait 20 mois que son travail est d'être un candidat, mais il a moins d'expérience exécutive qu'elle en termes de jugement exécutif, il n'a pas été en position exécutive, (public exprime sa désapprobation) , et elle est bien sûr également la gouverneur la plus populaire de tous les états en Alaska, qu'ils soient démocrates ou républicains. 80% approuvent son travail. Ce n'est pas pour rien.


Jon Stewart : Non, non, vous avez d'accord. En Alaska.


Ari Fleischer : Parce qu'ils la connaissent. (rire de John Stewart)


Jon Stewart : J'ai saisi. Donc vous ne pensez pas que ce soit en lien avec John McCain qui en a fait toute une question d'expérience, prônant le fait qu'Obama était dangereusement inexpérimenté ; puis il choisit Sarah Palin qui est, je suppose, « mystérieusement » inexpérimentée. (rires du public et d'Ari Fleischer) .

Cela vous manque-t-il, disons que si on vous appelait et qu'on vous disait « Eh mec, on a besoin de toi, ton expertise dans ce domaine est inégalée, viens et aide-nous. » , que feriez-vous ?


Ari Fleischer : C'est pourquoi j'ai l'identification de l'appelant sur mon téléphone. (rire de Jon Stewart)

 

 



Autres traductions ou transcriptions en français du Daily Show



Publié dans Dans le monde

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article