De l'Iran, du déclin du dollar et du rôle de la France dans le monde

Publié le par Moktarama


        Un changement monumental est en train de se passer au plus haut niveau des marchés monétaires internationaux. En effet, après le Venezuela d'Hugo Chavez, c'est l'Iran qui a officiellement cessé d'accepter les dollars US comme paiement pour le pétrole. Seuls les euros ou les yen sont désormais acceptés.


        Mahmoud Ahmadinejad, président de la République Islamique, fait là une très bonne affaire. Il engrange des revenus en devise plus stables qu'avec le dollar, et fait bien plus de bénéfices vu la cotation en dollars du pétrole et son taux actuel. La cerise sur le gâteau étant le message politique très fort envoyé aux Etats-Unis et l'affaiblissement du dollar qui va en résulter.


        Mais surtout, ça marque le début de ce qui va sûrement être un des grands changements mondiaux à venir : la fin à moyen terme de la cotation en dollars du pétrole, et donc la fin de la solution de la planche à billets qui permettait à ce pays de n'avoir aucune limite de crédit. Pour l'instant, l'OPEP soutient encore fortement le maintien de la politique actuelle, il leur faut d'abord écouler les monstrueuses réserves de devises américaines avant de provoquer sa chute éventuelle. Ils s'y emploient, en construisant des villes dans le désert ou en rachetant par centaines des entreprises de par le monde.


        En attendant, après la décision surtout politique du Venezuela – mais logique vu l'inintérêt pour Chavez du soutien militaire US - , c'est le second producteur du monde et les secondes réserves mondiales – à égalité avec l'Irak – qui sort du cercle.

 



        Par ailleurs, l'administration Bush est en train de battre des ailes, mais le pays ne fait plus illusion. La situation des infrastructures est désastreuse : en gros, rien n'a été construit depuis Reagan, les ponts s'effondrent, la sécurité aérienne est faible, la mortalité infantile remonte, la criminalité est plus élevée que jamais, bref les américains eux-même constatent que la régulation totale par le marché ne fonctionne pas, n'en déplaise à Alternative Libérale. Par ailleurs, quiconque a vu ce qu'est l'Amérique des oubliés ne peut adhérer à une régulation faite uniquement par le marché, qui prend puis jette les êtres comme des consommables. Ou une mère célibataire élève deux enfants dans un « trailer park » - parc à caravanes, les bidonvilles des zones rurales américaines - ; travaille 70h par semaine avec deux jobs et ne peut même pas payer des soins indispensables parce que vous comprenez, la consultation c'est 200 $. Ou le seul parachute éventuel, c'est sa communauté – ethnique, religieuse, culturelle - , ou sa famille.


        La chute du dollar en tant que monnaie-étalon mondiale – pétrole, matières premières et agroalimentaires - n'est que l'étape la plus tardive, qui suit même le déclin militaire, mais qui n'est que la queue de comète d'une longue déchéance...les français le savent bien, eux qui une fois furent la référence ; et les anglais ne devraient pas l'avoir oublié si vite, la chute de la livre sterling datant tout juste des années 50. L'hégémonie américaine sur le monde va encore durer, mais sa fin se rapproche, les prochaines décennies risquent d'être marquées par des luttes féroces aux niveaux mondial et régional, chacun va vouloir sa part du vieux lion américain.

 


        Et, assez ironiquement, au moment ou le gouvernement prévoit – parce que des paroles aux actes, Sarkozy c'est un peu dur de s'y retrouver - d'appliquer à la France ce que Reagan a fait aux USA ou Thatcher au Royaume-Uni dans les années 80, soit une dérégulation et un désinvestissement de l'Etat dans les services dits publics ; étonnamment de plus en plus de voix se font entendre aux Etats-Unis et en Europe pour se demander pourquoi la France si décriée résiste admirablement à la crise des subprimes – ces produits n'existant tout simplement pas en France – ou à la récession mondiale. Car oui, comparé à l'Angleterre et les USA qui ont du socialiser les pertes des banques, à l'Espagne dont le marché de la construction – qui emploie un quart des espagnols – est au point mort, à l'Italie – pas besoin de faire un dessin je crois - ; notre situation économique est acceptable. Par contre, et contrairement à tous ces pays, tous les indices sont bien plus élevés : meilleur systême de santé au monde, inégalités relativement réduites, conditions de travail sans aucune comparaison possible – surtout aux USA et au RU - ...pas si mal pour un pays de fainéants et d'assistés, non ?


        Enfin, à propos de notre politique internationale, et de l'inspiration de cet article, je vous suggère la lecture de cette chronique de l'historien Edouard Husson sur Marianne2, qui reflète assez fidèlement ce que je pense concernant une « politique internationale idéale » de la France. Sarkozy en est évidemment très loin, comme d'ailleurs la plupart des politiques de tous bords. Je vous mets la citation clôturant l'article, tellement vraie :


«La France n'est écoutée et puissante que lorsqu'elle combat pour la justice» , Jean Jaurès. Mais ça, on peut être sûrs que Sarkozy et Guaino ne l'ont pas lu quand ils se sont piqués de citer l'homme dans les nombreux discours de l'élection présidentielle de 2007. Dommage pour nous.

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