Après un long silence sur ce blog, l'auteur (moi) annonce en grande pompe sa résurrection, car au stade de mort clinique qu'il avait atteint, le mot semble approprié...

 

Combien de lecteurs ont encore cette adresse dans leurs flux RSS, ou se souviennent de moi suffisamment pour revenir voir de temps en temps ? Après plus d'un an de silence, je gage qu'ils sont bien peu nombreux. Que ces oiseaux rares soient remerciés de leur fidélité, tout comme les commentateurs depuis la création du blog. Il y en eut peu, mais la qualité des commentaires compensa largement leur faible nombre ainsi que mes nombreuses défaillances et approximations.

 

Ce blog a donc migré pour aller sur un support que je contrôle totalement, ce qui est nettement plus satisfaisant à tous points de vue. Même si mettre les mains dans le cambouis peut être parfois désespérant, cela permet d'obtenir un véritable support de publication, et non un ersatz de celui-ci, ainsi qu'un accès bien plus facile à ses propres données. Bref, après avoir découvert et exploré le fonctionnement des blogs, le moment était venu où les facilités d'un support ad hoc comme over-blog devenaient des lourdeurs.

 

Le blog à cette adresse ne sera pas supprimé, pour ne pas briser les liens faits vers celui-ci. Il ne connaîtra cepandant aucun  nouveau billet (après celui-ci) . Vous pouvez d'ors et déjà aller à la nouvelle adresse : miscellaneedereflexions.fr

 

Les deux premiers billets sur ce nouveau support de publication sont également disponibles :

  • L'éternel billet de bienvenue, ajouté d'un retour de ma part sur les dernières années de publication. Les commentaires en général et ceux concernant le nouveau support dont les bienvenus.

 

  • Effondrement, de Jared Diamond : une chronique d'un livre qui discute de la chute des civilisations sous les angles historique comme environnemental, bourrés d'argument qui vous font réfléchir à la situation actuelle.

 

 

 

 

PS : Un mot d'over-blog, qui héberge ce blog. Si cela peut convenir pour de complets débutants, on se trouve en face d'une gigantesque usine à gaz, calibrée pour tout le monde mais qui ne convient réellement à personne dès que l'on comprend un minimum le fonctionnement des systêmes de publication en ligne. J'ajoute que depuis un certain temps, tous les liens sortants sont bloqués par la plateforme, qui les réencapsule dans une adresse web over-blog pour conserver le lecteur captif, pratique particulièrement désagréable pour l'internaute.

 

Vendredi 24 juin 5 24 /06 /Juin 00:17
- Par Moktarama
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Je débute ce billet par une recommandation, celle d'aller lire l'article du Webzine de l'histoire qui effectue une description érudite chapitre par chapitre du livre de Jacques Le Goff, article qui m'aura moi-même judicieusement poussé à vouloir lire cette somme sur un temps de l'histoire européenne finalement pas si bien connu que cela. Ceci étant dit, allons voir ce que contient cet opus récemment réédité par Flammarion à un prix fort modique.



        Jacques Le Goff, médiéviste émérite, effectue dans son livre une approche qui se veut couvrir l'ensemble du spectre des sciences sociales pour une période qu'il élargit avec une certaine logique du VIème siècle à la fin du XIIIème siècle, et pour l'espace géographique déterminé qu'est l'Europe. L'auteur se place dans la position très particulière de l'ethnologue, qui observe sans chercher forcément à tout articuler, qui raconte sans obligatoirement vouloir trouver des relations de cause à effet, tenant ainsi compte avec une grande acuité du biais et de la forfanterie qu'il y aurait à croire qu'un homme du XXème siècle puisse articuler et déterminer finement des faits qui se sont produits il y a dix siècles en arrière et dont ne nous sont parvenues que des bribes soigneusement sélectionnées par les hommes de ce temps. Cette approche semble d'autant plus pertinente que le Moyen-Âge en Europe est, pour l'auteur, une période culturellement totalitaire, qui vit la destruction systématique des contenus livresques tendant à exprimer une singularité ou une vision en opposition avec le groupe.


        Le Moyen-Âge de Jacques Le Goff débute par un ensemble d'invasions de l'Europe par de nombreux ensembles ethniques hétérogènes, eux-même très certainement poussés par des invasions et des modifications climatiques sur leurs terres d'origine. On y découvre des peuples fondamentalement séduits par l'idée de l'Empire et par la romanisation, allant jusqu'à donner plusieurs empereurs à la facade occidentale déliquescente de l'empire romain. Des peuples qui maîtrisent extraordinairement les techniques des métaux et vont amener aux peuples européens de nombreux apports originaires d'Asie. Ces "barbares" vont se révéler être le socle ethnique fondamental de l'Europe du Moyen-Âge, lui fournissant notamment l'essentiel des lignées royales et seigneuriales futures.


La chrétienté, ses hérésies et ses millénarismes seront, pour leur part, le socle à la fois temporel, géographique et culturel des hommes du Moyen-Âge :

        L'espace chrétien détermine pour les hommes de ce temps l'essentiel du monde, ainsi que la nature de l'altérité. L'altérité, c'est le non-chrétien et même plutôt le non-catholique, qu'il est acceptable et même honorable de tuer sans remords ou de placer en esclavage, la grande et puissante Constantinople l'apprendra à ses dépens et malgré des supériorités technique et culturelle qui feront s'esbaudir les européens visitant cette ville de plus d'un million d'habitants quand les plus grandes villes de la Chrétienté atteignaient difficilement les quelques dizaines de milliers. Cette ville dont le besant, pour paraphraser Le Goff, était le "dollar de l'espace occidental" pour une Chrétienté dont l'essentiel de l'économie était non monétaire.

        Le clergé catholique se révèle pour sa part très ambivalent pendant cette période. Il condamne tout intérêt que pourrait rapporter les capitaux, encourage les dépenses somptuaires des seigneurs, la thésaurisation, et proscrit l'investissement productif. Il encourage l'aspect culturel "totalitaire" en prônant cette idée de tout, de complétude, de stabilité tant géographique que culturelle de l'Europe d'un Moyen-Âge où le monde ne doit pas évoluer, à la fois dans l'attente du Jugement Dernier et au nom de la fixation par Dieu d'un état des choses qu'il serait vain et même sacrilège de chercher à modifier. Il donne cette "fâcheuse habitude" philosophique de la citation sortie de son contexte et de l'exégèse qui réinvente les texte qu'elle prétend expliquer pour asseoir son pouvoir tant spirituel que temporel. Il proscrit l'idée scientifique qui voudrait répéter l'extraordinaire par l'expérimentation, ce qui mettrait gravement en danger cette idée de complétude, de finitude pourrait-on dire, de l'esprit humain et des phénomènes divins.

        D'un autre côté, ce même clergé et tout particulièrement les institutions monastiques agissent bien souvent en contradiction directe avec ces injonctions. Les monastères sont les plus grands investisseurs de ces temps sur leurs domaines, les seigneurs dilapidant tout surplus dans la représentation et thésaurisant les métaux précieux dans des coffres. Les abbés de ces monastères sont souvent à l'origine d'innovations afin de renforcer le pouvoir et le prestige de leurs structures, structures qui évoluent d'ailleurs constamment et sont des chantiers permanents. La scolastique permet à des moines de s'interroger, à certains de s'individualiser dans leurs écrits, à d'autres de poser les fondations de la Renaissance scientifique.


        La balance des pouvoirs est également figée au Moyen-Âge dans une organisation tripartite comme on en rencontre tant d'autres dans l'espace indo-européen : en l'occurence, l'Europe du Moyen-Âge est divisée entre ceux qui combattent, ceux qui prient et ceux qui travaillent, une séparation qu'on retrouvera d'ailleurs jusqu'au XIXème siècle. Le parcours de l'Église est particulièrement intéressant, dans une Chrétienté qui est le puissant ciment de cette époque entre travailleurs et seigneurs, justifiant l'ordre établi de la féodalité tout autant que rappelant les seigneurs à leurs devoirs envers les manants, et à l'occasion se faisant battre par l'une comme par l'autre de ces classes sociales.

        Des classes sociales qui sont elle-même extrêmement divisées entre elles et ne permettant pas d'y voir une lutte exclusive entre seigneurs et travailleurs, les seigneurs se faisant des vendettas quasi-perpétuelles et s'affaiblissant mutuellement en un concours de dépenses somptuaires des surplus économiques de leurs domaines, les travailleurs se méprisant entre citadins minoritaires mais au fort sentiment d'unité et paysans majoritaires mais incapables de s'assembler, entre artisans possesseurs de richesses et les salariés citadins naissants, entre paysans propriétaires de terres suffisantes ou suffisamment rentables pour dégager des surplus et paysans dont le revenu insuffisant de leur terre les oblige à se louer aux premiers, bref une multitude de subdivisions qui interdit toute lutte plus large tout en ne donnant comme réelle unité que l'idée catholique qui rassemble l'ensemble des habitants de l'Europe sous sa bannière.


        Au niveau individuel, le Moyen-Âge est un monde de mouvement perpétuel et ne connaît que très peu la sédentarisation. Les seigneurs se déplacent avec leurs trésors et l'ensemble de leurs possessions, et la plupart des travailleurs peuvent mettre leur vie dans un sac pour se déplacer. Tout le monde est sur les routes et chemins, les prédicateurs se placent sur les gués et ponts, les péages sont aux mêmes endroits, et aucun lieu de vie n'est considéré comme définitif, du château du seigneur à la tenure paysanne. La normalité est dans le déplacement à cette époque, et ce n'est que vers le XIIIème siècle que l'errant deviendra suspect.

        L'Europe de cette époque est un miroir boisé du désert musulman : les forêts sont des lieux magiques, inconnus, qui sont aussi le refuge de tous ceux qui refusent l'absolutisme culturel de l'époque, qu'ils soient bandits, prédicateurs, ermites ou paysans chassés de leurs terres. Des forêts finalement peu défrichées en dehors des bosquets à cause de la faiblesse de l'outillage et de la rareté des métaux, des forêts qui subviennent tant aux besoins des seigneurs par la chasse qui est leur apanage exclusif qu'à ceux des manants - par la cueillette et le braconnnage à l'occasion - qui y trouvent un apport nutritionnel appréciable et souvent primordial.

        Le Moyen-Âge est également une époque de manque absolu, qui peut être vue comme une hallucinante régression après la pax romana et un Empire qui par son étendue et son administration connaissait des routes rapides, des surplus qu'il était possible de répartir et une économie monétaire globalisée à l'échelle de l'espace méditerranéen. Manque de matières premières, manque de routes praticables, manque de monnaie et d'échanges - et glorification de l'autarcie - , manque de connaissances, manque d'ouverture mais surtout manque permanent de nourriture. Ce monde européen vit en permanence au bord du précipice de la faim, monde que quelques mauvaises récoltes peut pousser à la famine généralisée de par la faiblesse des rendements et l'impuissance des techniques à permettre un stockage efficace les bonnes années, monde où la mort de faim n'est pas un euphémisme et où la nourriture occupe une immense place dans les chroniques de ce temps.


        Pour conclure cette chronique décousue et loin de l'exhaustivité du passionnant livre de Jacques Le Goff, je le recommande à mon tour avant tout parce qu'en sus de se lire comme un roman pour peu qu'on ait un socle suffisant de connaissances superficielles sur le sujet, il nous décrit en nuances de gris un monde qui glorifiait au-delà de tout l'opposition entre Bien et Mal, pointant ses avancées comme ses régressions, montrant les choses sans prétention mais avec une érudition de l'anecdotique qui vous plonge au cœur de cette époque sans aucune difficulté. On y découvrira un espace géographique et temporel pétri de contradictions phénoménales, d'une grande immobilité autant qu'en mouvement perpétuel, socialement fixe aussi bien qu'agité de constantes luttes de pouvoir, géographiquement restreint et ignorant tant qu'attiré par l'altérité orientale comme un papillon par la lumière - cet Autre pourtant méprisé  - , et tellement d'autres choses qu'il serait vain de chercher à les énumérer toutes.




Je vous propose l'intégralité de la longue introduction rédigée par Le Goff dans le cadre de la réédition en 1982 d'un livre qui a quarante cinq ans mais pas une ride dans cette autre réédition de 2008, un auteur qui décrit ci-dessous finalement bien mieux que je ne l'ai fait dans ce billet les substances tant de son ouvrage que de sa démarche d'historien :

        "Le plan de la collection "Les Grandes Civilisations" a imposé le cadre chronologique et le découpage de cet ouvrage et je les ai acceptés volontiers. En plein accord avec Raymond Bloch, Sylvain Contou [directeur littéraire chez Arthaud] et Jean Delumeau, j'ai centré le livre sur la période X-XIIIè siècles - le Moyen Age central qui est aussi dans une plus large perspective un moment décisif dans l'évolution de l'Occident, le choix d'un monde ouvert contre un monde fermé — malgré les hésitations de la Chrétienté du XIIIè siècle entre les deux modèles, l'option, encore inconsciente et freinée par la mentalité autarcique, pour la croissance, la mise en place de structures encore fondamentales pour le monde d'aujourd'hui. Ce temps a vu la naissance de la ville (la ville médiévale est autre que la ville antique — et la ville de la révolution industrielle sera aussi différente) , et du village, le vrai démarrage d'une économie monétaire, les inventions technologiques propres à assurer la conquête rurale, l'artisanat préindustriel, la construction à large échelle (charrue dissymétrique à roues et à versoir, outillage en fer, moulin à eau avec ses applications et moulin à vent, système d'attelage "moderne" ) . Avec l'apparition de la machine à usage utilitaire (et pas seulement ludique ou militaire) , s'élaborent aussi de nouveaux modes de domination de l'espace et du temps, de l'espace maritime surtout, avec l'invention du gouvernail d'étambot, l'adoption de la boussole, de nouveaux types de navires, le progrès dans la précision des mesures, la notion d'heures égales et la fabrication d'horloges pour les mesurer et les annoncer. L'Eglise maintient et parfois renforce son contrôle idéologique et intellectuel, mais l'alphabétisation progresse, l'opposition litterati - illiterati (instruits - ignorants, manieurs de latin et gens confinés aux langues vulgaires) ne recouvre plus l'opposition clercs-laïcs, un nouveau type d'enseignement et de science, la scolastique, appuyé sur une institution nouvelle, l'université, reste clérical mais développe l'esprit critique et favorise sur ses marges le développement des connaissances et des métiers juridiques et médicaux qui échapperont bientôt à l'Église. Malgré l'internationalisme chrétien les hommes se groupent de plus en plus en nations et en États autour de dirigeants laïcs sur un modèle surtout monarchique ou princier. Les structures sociales et mentales accordent une place privilégiée à des types d'organisation ternaire — le schéma indo-européen triparti : ceux qui prient, ceux qui combattent, ceux qui travaillent, ou plus encore, avec l'affirmation du concept de moyen, d'intermédiaire, la trilogie des grands, des moyens et des petits — ou pluraliste (les états du monde, les vertus et les vices) . Les mentalités changent : de nouvelles attitudes face au temps, à l'argent, au travail, à la famille émergent malgré la force persistante des modèles aristocratiques renforcés par la formation de l'idéal courtois, premier code proprement occidental de politesse, quelles qu'aient pu être les influences arabes et la poussée des traditions paysannes qui se diffusent à travers une pensée "floklorique" . L'Église élabore pour cette société nouvelle un humanisme chrétien qui relève l'homme humilié en Job, par référence à l'image de Dieu, transforme la dévotion grâce à l'essort du culte marial et à l'humanisation du modèle christologique, bouleverse la géographie de l'au-delà en insinuant le Purgatoire entre le Paradis et l'Enfer, privilégiant ainsi la mort et le jugement individuel.

        Tout n'est pas rose, contrairement à ce que prétendent certains, dans cet épanouissement du Moyen Age central. La famine est toujours menaçante, la violence omniprésentes, les luttes sociales âpres et constantes, même si des formes plus pacifiques et organisées de résistance des classes et groupes dominés apparaissent : la grève en milieu artisanal et universitaire. L'Église inquiète et incapable — malgré les ordres monastiques et religieux nouveaux, cisterciens et ordres mendiants, et les conciles animés par la Papauté — d'un véritable aggiornamento (ce qu'elle appelle la réforme) durcit son appel à l'enfer et organise ce christianisme de la peur que Jean Delumeau montre si bien pour la période suivante. Mais il est clair que, au moins à partir du XIè siècle, on ne peut plus parler, comme on l'a fait du XVIè au XIXè siècle, d'âge des ténèbres pour désigner le Moyen Age et que notre temps y reconnaît notre enfance, le vrai commencement de l'Occident actuel, quelle que soit l'importance des héritages judéo-chrétien, gréco-romain, "barbare" , traditionnel, que la société médiévale a recueillis. Malgré la réelle cruauté des temps médiévaux en bien des domaines de la vie quotidienne, nous supportons de plus en plus difficilement que médiéval soit synonyme d'arriéré et de sauvage. On l'accepterait plus volontiers proche de primitif, puisque notre époque est presque fascinée par le primitivisme. L'essentiel est l'indéniable puissance créatrice du Moyen Age.

        Si pour moi le cœur du Moyen Age est toujours situé dans les trois siècles et demi qui vont de l'An Mil à la peste noire, j'aurais davantage tendance aujourd'hui à replacer ce Moyen Age court dans un long Moyen Age qui s'étendrait du IIIè siècle environ jusqu'au milieu à peu près du XIXè siècle, un millénaire et demi dont le système essentiel est celui du féodalisme même si on doit y distinguer des phases parfois fortement contrastées. Mon "beau" Moyen Age de la croissance est encadré par deux phases de récession ou de stagnation qui ont pu amener Emmanuel Le Roy Ladurie à évoquer l'idée d'une histoire (presque) immobile, bien qu'il se refuse évidemment, comme tout historien, à arrêter l'histoire, ce qui serait la nier. D'ailleurs, ni ce Haut Moyen Age qui remonte selon moi à ce qu'on appelle maintenant l'Antiquité tardive, ni l'écosystème d'Emmanuel Le Roy Ladurie  pour la période qu'on nommait, elle, scolairement, "moderne" , ne m'apparaissent comme de simples affaissements ou  essouflements de l'Histoire. Même si on a , à mes yeux, exagéré l'éclat des Renaissances (celle des Carolingiens comme celle des Humanistes) , le IXè et le XVIè siècle, le siècle de Charlemagne et celui de Charles Quint, pour parler comme Voltaire, sont des temps de novation. Mais l'essentiel est, pour la Chrétienté latine, ce long équilibre du mode de production féodal dominé par l'idéologie chrétienne, qui s'étire de la fin de l'Antiquité classique à la Révolution industrielle, non sans crises ni sans innovations.


        Ainsi mon Moyen Age est plus que jamais, et ce n'est qu'un apparent paradoxe, ancré dans la longue durée et entraîné dans un vif mouvement. Le système que je décris se caractérise en effet par le passage de la subsistance à la croissance. Il produit des surplus mais ne sait pas les réinvestir. Il dépense, il gaspille sous le signe de la largesse les récoltes, les monuments, ce qui est beau, les hommes, ce qui est triste. Il ne sait que faire de son argent, coincé entre le mépris des adeptes de la pauvreté volontaire et les condamnations de l'usure par l'Église.

        Pourtant l'Occident vit, entre le XIè et le XIVè siècle, une conversion essentielle. Il se contenter auparavant de subsister, de survivre, parce qu'il croyait la fin des temps proche. Le monde vieillissait et la peur de l'Antéchrist était balancée par le désir du Millénium, du règne des saints sur la terre, ou, d'une façon plus conforme à l'orthodoxie de l'Église, l'attente du Jugement Dernier nourrissait également l'espoir du Paradis et la crainte de l'Enfer. Désormais il s'installe sur terre pour un temps toujours limité mais plus long, et, plus qu'au retour aux puretés originelles du Paradis ou de l'Église primitive ou au basculement dans la fin des temps, il songe à ce qui le séparera pour longtemps encore de l'éternité. Le provisoire va durer. Il songe de plus en plus à aménager sa demeure terrestre et à se donner, dans l'au-delà, un territoire, un royaume d'attente et d'espérance entre la mort individuelle et la résurrection dernière, le Purgatoire.


        Quinze ans après, pendant lesquels se sont affirmés, surtout dans l'école historique française, les orientations qui ont conduit à la notion d'anthropologie historique, d'une histoire qui ne se reconnaît pas de frontières précises avec la sociologie et l'ethnologie, je ne crois pas avoir à modifier substantiellement l'architecture du cœur de cet ouvrage, architecture qui dépend de choix théoriques et méthodologiques.

        Je commence par une étude des structures de l'espace et du temps non seulement parce que ce sont les cadres fondamentaux de toute société, mais parce que leur étude montre que rien ne s'appréhende et rien ne fonctionne en histoire qui ne soit une structure mixte de réalités matérielles et symboliques. L'espace au Moyen Age est à la fois la conquête de territoires, d'itinéraires, de lieux et l'élaboration de la représentation de ces espaces. Un espace valorisé qui relègue à une place subalterne l'opposition antique de la droite et de la gauche pour privilégier les couples haut et bas, intérieur et extérieur. Un espace construit comme la réalisation d'une identité collective mais qui sécrète en même temps des espaces d'exclusion en son sein même pour l'hérétique, le Juif mais aussi pour ces chrétiens en qui la société dominante ne voit plus que des idéaux dévoyés, l'itinérant devenu vagabond, le pauvre transformé en mendiant valide, le lépreux se révélant empoisonneur, le folklore laissant apparaître derrière ses masques de carnaval son vrai visage, celui de Satan. un temps qui se dispute entre les cloches des clercs et les beffrois des laïcs, entre le temps plein de ruptures de l'eschatologie scandé par les conversions, les miracles, les épiphanies diaboliques et divines et le temps continu de l'historicité qu'annalistes et chroniqueurs construisent laborieusement, le temps circulaire du calendrier liturgique et le temps linéaire des histoires et des récits, le temps du travail, le temps du loisir, et l'émergence lente d'un temps divisible en parties égales et mécaniquement mesurables, celui des horloges qui est aussi celui du pouvoir unificateur, de l'État. Ainsi dans les structures profondes se révèle cette union du réel et de l'imaginaire dont la compréhension se refuse à l'inacceptable problématique de l'infrastructure et de la superstructure, vieilles lunes qui n'ont jamais rien éclairé.

        Il me paraît toujours nécessaire d'insister ensuite, aux deux bouts de la chaîne historique, sur deux domaines dont les recherches récentes ont montré de plus en plus l'importance, la culture matérielle et les mentalités. Non d'ailleurs que la première soit purement matérielle. Les anthropologues nous ont appris à déchiffrer la nourriture et le costume comme des codes alimentaire et vestimentaire. Les hommes du Moyen Age ont beaucoup investi, symboliquement, dans ces codes. La société de la chasse et du gibier rôti regardaient de haut le monde de l'agriculture et des bouillies, mais tous, à divers niveaux, étaient des jardiniers d'une part, des carnivores de l'autre. Du côté du vêtement je ne citerai qu'un phénomène, spectaculaire : le triomphe de la fourrure que vient d'étudier magistralement Robert Delort, et la révolution du poil qui ne hérisse pas, vers l'extérieur, les peaux, mais les fourre vers l'intérieur.

        Quand aux secondes, les mentalités, elles sont peut-être une réponse maladroite au vieux projet des historiens d'introduire dans leur science encore dans l'enfance la psychologie collective, sous une forme qui ne soit pas trop impressioniste ou subjective, tout en conservant aux structures mentales leur plasticité et leur flou. Elles sont surtout le moyen d'ouvrir la porte à un ailleurs de l'histoire, à autre chose que les appauvrissements de l'histoire routinière, néo-positiviste ou pseudo-marxiste.

        Au carrefour du matériel et du symbolique le corps fournit à l'historien de la culture médiévale un observatoire privilégié : dans ce monde où les gestes liturgiques et l'ascétisme, la force physique et l'aspect corporel, la communion orale et la lente valorisation du travail , comptent tant, il importe de donner toute leur importance, au-delà de l'écrit, à la parole et au geste.

        Surtout j'estime que le fonctionnement de la société s'éclaire principalement par les antagonismes sociaux, par la lutte des classes, même si le concept de classe ne s'adapte pas bien aux structures sociales du Moyen Age. Mais ces structures sont, elles aussi, pénétrées de représentations mentales et de symbolisme. D'où la nécessité de compléter l'analyse des "réalités" sociales par celles de l'imaginaire social, dont une des créations les plus originales du Moyen Age est le recours au schéma trifonctionnel indo-européen, dont Georges Dumézil a révélé l'importance, et auquel Georges Duby vient de conscrer un grand livre, Les Trois Ordres ou l'imaginaire du féodalisme.

        Enfin, je pense qu'en s'efforçant de décrire et d'expliquer la civilisation médiévale, il ne faut pas oublier deux réalités essentielles.

        La première tient à la nature même de la période. L'Église y joue un rôle central, fondamental. Mais il faut voir que le christianisme y fonctionne à deux niveaux : comme idéologie dominante appuyée sur une puissance temporelle considérable, comme religion à proprement parler. Négliger l'un ou l'autre de ces rôles conduirait à l'incompréhension et à l'erreur. D'ailleurs, dans la dernière période médiévale, celle qui, selon moi, commence après la peste noire, la conscience plus ou moins claire qu'a l'Église de la contestation de son rôle idéologique la conduit à ce durcissement qui s'exprimera par la chasse aux sorcières et plus généralement par la diffusion du christianisme de la peur. Mais la religion chrétienne ne s'est jamais réduite à ce rôle d'idéologue et de gendarme de la société établie. Surtout pas au Moyen Age qui lui doit ses élans vers la paix, la lumière, l'élévation héroïque, un humanisme où l'homme pèlerin, fait à l'image de Dieu, s'efforce vers une éternité qui n'est pas derrière mais devant lui.

        La seconde réalité est d'ordre scientifique et intellectuel. Il n'y a probablement pas de domaine de l'histoire que l'enseignement universitaire traditionnel n'ait davantage morcelé, en France à coup sûr, ailleurs aussi le plus souvent. L'histoire générale ou proprement dite a été coupée de l'histoire de l'art et de l'archéologie (cette dernière en plein essor) , de l'histoire de la littérature (il faudrait dire des littératures dans ce monde du bilinguisme où s'épanouissent, à côté du latin des clercs, les langues vernaculaires) , de l'histoire du droit (ici encore des droits, le canonique se constituant à côté du romain renaissant) . Or aucune société, aucune civilisation n'a peut-être eu plus fortement la passion de la globalité, du tout. Le Moyen Age a été, pour le meilleur et pour le pire, totalitaire. Reconnaître son unité, c'est d'abord lui restituer sa globalité."


Autres chroniques littéraires


Samedi 16 janvier 6 16 /01 /Jan 15:10
- Par Moktarama - Publié dans : En Europe
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Un service indispensable est né il y a bientôt un an, un service qui se propose en toute simplicité de révolutionner notre approche d'internet. Ce service, c'est Pearltrees, et en tant qu'utilisateur forcené depuis sa création, il me semble qu'il est temps de faire partager mon avis qui, une fois n'est pas coutume de ma part, sera à la limite du dithyrambe. Partons pour une petite exploration tant du service que de l'entreprise, jeune pousse française située dans le XIème arrondissement de Paris.



"Créez le monde de vos intérêts"


        Pearltrees se propose de vous permettre d'archiver et de classifier un nombre infini de pages web, par l'intermédiaire d'une interface visuelle épurée. Chaque page web constitue une perle, qu'il est possible de déplacer et de classifier dans des arbres de perles faisant fonction de dossiers. Chaque arbre, chaque perle, est déplaçable de manière simple et rapide, peut être inclus dans d'autres arbres à la manière d'un répertoire sur votre disque dur. Vous pouvez nommer à votre convenance ces arbres et perles, y ajouter des commentaires, les partager sur Twitter, Facebook, par courriel ou en obtenant directement une URL spécifique.

        Le service a également été créé dès le départ dans une optique collaborative et "d'amélioration du web" . Tout y est public - mais il n'est pas dur d'enfouir des perles que l'on ne tient pas à voir explorées - , et les utilisateurs peuvent s'envoyer des arbres qu'ils ont créé ou qu'ils ont trouvé au cours de leurs périgrinations sur le web ou dans ce service ; service qui encourage naturellement la sérendipité en permettant de visualiser - puis d'intégrer à son compte - les perles d'autres utilisateurs par proximité des sujets et pages web sélectionnés dans votre compte ou dans tel ou tel arbre.


Vidéo de présentation de Pearltrees : stockage & partage





Votre future mémoire subjective du web

        Un bon service se caractérise par une interface ergonomique, simple tout en étant flexible. Si ce n'est pas une garantie de réussite, l'inverse est quasi-systématiquement synonyme d'échec assuré. Ici, nous sommes dans le haut du panier : c'est clair, sur fond blanc, ça ne fait pas mal aux yeux tout en étant suffisamment rapide dans le fonctionnement et la réactivité pour ne pas provoquer de frustration. On ajoutera un point pour la barre d'outil intégrable au sein du navigateur et permettant de "perler" des contenus dans des dossiers spécifiques sans passer par le site. Les codes couleurs sont bien définis : un contenu qui est sélectionné par d'autres utilisateurs sera entouré en bleu ; s'il y a des commentaires à propos dudit contenu, il sera entouré en orange ; et un petit bouton à côté du contenu permet d'accéder aux contenus jugés proches du vôtre par le service.

        Concernant le fond du service, on est en face d'un produit qui est révolutionnaire en ce sens qu'il modifie profondément le paradigme du web. À l'image d'un Google qui permettait enfin de trouver rapidement et avec efficacité ce qu'on pouvait chercher sur internet ; Pearltrees permet enfin de conserver, classifier puis retrouver de manière simple et efficace plusieurs milliers de contenus ou pages web qui traversent notre route lors du temps passé sur ce canal de la surabondance de contenus qu'est le web. Un service comme delicious se présenta en son temps de cette manière, toutefois l'archivage y est complexe - il faut créer une taxonomie pour chaque contenu - et l'on repasse toujours par une fonction recherche pour retrouver des pages web archivées, ce qui rend la chose vite fastidieuse pour peu que l'on dépasse le millier de contenus. Pearltrees est à des années-lumières des services de favoris comme delicious en remplaçant les minutes - tant dans l'archivage que dans la récupération des contenus - par des secondes.

        Et cette réduction temporelle est cruciale, au moins autant que peut l'être la classification visuelle par arbre et par la subjectivité des dénominations données à ceux-ci ainsi qu'aux contenus "perlés" . Ces deux innovations permettent en effet de décupler les possibilités tant d'archivage que de classification, ayant comme conséquence directe de proposer à l'utilisateur ce qui se rapproche le plus d'une réelle mémoire individuelle du web : on y retrouve tant l'architecture subjective et visuelle en arbres et sous-arbres, pour laquelle le cerveau humain a une affinité toute particulière ; qu'une réelle flexibilité de ce processus de classification qui est également une caractéristique appréciée du point de vue neurologique.

        Les conséquences directes sont palpables extrêmement rapidement pour peu que l'on prenne une demi-heure pour se familiariser avec le service. Très rapidement, les contenus s'accumulent, les arbres et les sous-arbres se créent, les perles se déplacent en fonction de notre classement ; et l'on ne perd plus de temps à maudire les moteurs de recherche et nous-mêmes à cause d'un contenu croisé il y a une semaine, un mois ou un an et dont on aurait cruellement besoin pour rédiger un article, réviser des connaissances ou que l'on veut partager avec des amis. Au pire, on perd quelques secondes à charger Pearltrees et cliquer dans ses arbres, même avec plusieurs milliers de pages web archivées.

        La petite communauté des "chercheurs en nouveaux médias" - pour peu que ce titre corresponde à quelque chose - se préoccupe depuis plusieurs mois de ce qu'elle nomme le "web de flux" qui serait constitué des contenus à durée de vie brève - articles, polémiques, contenus médiatiques superficiels - , opposé au "web de fond" constitué des contenus à durée de vie longue - enquêtes, rapports d'institutions, bases de données. Étonnament, peu d'entre eux se sont jusqu'ici intéressés à Pearltrees, alors que ce service est juste parfait tant pour structurer le "web de fond" que pour fixer et structurer le "web de flux" de manière indéfinie, et ce de manière efficace et subjective, à l'image du cerveau humain avec ses souvenirs. Le service présenté ici change le paradigme des deux "webs" - qui se recoupent largement - en révolutionnant la manière d'approcher et de partager les contenus, à la manière dont une bibliothèque, un bureau et des classeurs permettent d'organiser notre vie personnelle et professionnelle, vie dispersée auparavant sur des centaines de pages libres ou dans des livres dispersés et dans le désordre.



Des usages multiples : un service à plusieurs facettes

On reconnaît le potentiel d'un service aux possibilités d'appropriation offertes aux utilisateurs. Pearltrees n'échappe pas à la règle, en permettant de très nombreuses utilisations différentes de fixation des contenus. Petite revue d'exemples, en images et avec mon propre compte, chaque capture étant également un lien vers l'arbre correspondant sur Pearltrees :

 

 

Mise à jour, 12 août 2010 : le service permettant dorénavant d'intégrer des arbres directement dans les pages web, à la manière des services de vidéos, les captures ont été remplacées par des arbres intégrés et directement cliquables sur cette page

 


Bases de données pour le "web de fond"



        Ceci est ma boîte à outils pour le web, qui rassemble des dizaines de services et sites : cela va des moteurs de recherche spécialisés aux outils utiles à l'édition ou à la navigation en passant par les sites institutionnels de statistiques. Bref, tout ce dont peut avoir besoin un blogueur, ou un journaliste, ou un veilleur d'entreprise, ou un professionnel qui recherche les contraintes maximales de matériaux, ou un chercheur qui voudrait faire de la veille ou de la recherche parmi les publications scientifiques.






        Cet arbre rassemble l'ensemble exhaustif des connaissances et savoirs en libre accès sur les internets anglophone et francophone : on pourra y trouver les sites des universités et écoles proposant des cours et des cursus complets en vidéo, des bases de données rassemblant plusieurs écoles ou institutions et permettant une recherche rapide pour de nombreuses ressources, les ressources encyclopédiques gratuites ou des réseaux sociaux d'échange entre chercheurs et universitaires. Ils seront utiles à des étudiants désireux d'améliorer leurs connaissances au sein de leur cursus, à des professeurs curieux d'enseignements différents des leurs ou de n'importe quel curieux d'améliorer ses connaissances dans des sujets donnés - un journaliste pourra par exemple y puiser rapidement une masse appréciable de connaissances sur un sujet qui fait l'actualité et qu'il connaît peu.




Création de récits et fixation du "web de flux"


        Ce "pearltree" est situé dans un sous-arbre qui aborde le sujet de la pollution médiatique par la communication des entreprises ou des institutions, et j'aborde ici la pénétration de la sphère médiatique par la compagnie Amazon et de produit-phare du moment, le Kindle, à propos duquel elle a beaucoup communiqué ce Noël. On peut observer dans cet arbre la création et la fixation d'un récit par l'archivage et le classement subjectif de contenus médiatiques caractéristiques du "web de flux" . On obtient ainsi un arbre très parlant sur un sujet donné, qui pourra éventuellement être repris par un article mais se suffit à lui-même pour peu qu'on commente les différents sous-arbres et pages web "perlés" . Il est bien évidemment possible de faire la même chose avec des conversations sur Twitter, ce qui offre ainsi un archivage appréciable pour que certaines polémiques - parfois intéressantes - ne "meurent" pas immédiatement.




        Cette fixation du"web de flux" apparaît évidente dans le cadre d'une veille pour une entreprise ou sur un sujet donné à longue durée de vie médiatique. Dans le cas ci-dessus, c'est l'ensemble de la vie médiatique du journal Vendredi Hebdo qui se trouve archivée et classifiée, tant en ce qui concerne les évènements organisés par le journal en 2008-2009 que pour les louanges adressés par blogueurs ou médias traditionnels ou les critiques de forme et de fond qui furent exprimées. La veille se trouve ainsi non seulement facilitée, mais le processus très efficace de classement permettra de retrouver rapidement telle ou telle critique, ou d'observer de manière simple ce qui fait le succès ou l'échec d'un processus de communication d'entreprise.



Partage de ressources, collaboration, vie de ce blog

        Chacun des arbres présentés ci-dessus est très facile à partager, sur les réseaux sociaux comme de manière plus traditionnelle en obtenant une URL fixe, ou en l'embarquant sur un blog. La même chose est faisable au sein de Pearltrees. Dès à présent, ma liste de blogs et médias suivis - ou blogroll - va être rapatriée et présentée sur Pearltrees à la place du service précédemment utilisé, comme vous pouvez le voir à votre droite. De même, je vous offre la possibilité d'accéder à mon compte sur Pearltrees sepuis ce blog, en espérant bien évidemment que les milliers de contenus déjà archivés et classés pourront se révéler utiles à certains d'entre vous.



L'entreprise Pearltrees en quelques mots


        Nous sommes ici dans le cadre d'une jeune pousse , qui a maintenant un an d'existence, compte une douzaine de développeurs et est localisée dans le "triangle d'or" des jeunes entreprises de haute technologie à Paris, juste à côté de Bastille. Ils ont trouvé des business angels qui les ont financé à hauteur de deux millions d'euros, ce qui assure la vie de l'entreprise jusqu'en 2012 - et est rassurant pour les utilisateurs que nous sommes, même si tout le contenu "perlé" est d'ors et déjà exportable sous forme de tableau.

        L'entreprise n'a connu qu'un vrai moment de détresse : lorsque les américains sont arrivés en nombre sur le service suite à des critiques positive des "influents" de la blogosphère américaine, ils ont gravement surchargé les serveurs et ont donné quelques sueurs froides à l'équipe pendant quelques jours, même si ces problèmes sont maintenant derrière eux - et ont par ailleurs été assez vite réglés. Pour le reste, nous sommes en face d'une vraie jeune pousse, avec une équipe très solidaire et des relations hiérarchiques assez lâches, de même qu'une stratégie de financement qui repose exclusivement sur les investisseurs, l'essentiel étant non le revenu dégagé à court terme mais la base utilisateurs, à l'image des Google, Twitter et autres Facebook, que l'on pensera seulement plus tard à "monétiser" .

        La meilleure nouvelle pour l'entreprise concerne la fidélité de ses utilisateurs et la régularité de la progression du nombre de ceux-ci : l'immense majorité des nouveaux inscrits, à l'inverse par exemple d'un Twitter, reste et utilise régulièrement le service. De plus, la courbe de progression semble impressionnante si on en croit les propos de l'équipe ainsi que la juste fierté que l'on ressent de leur part à ce sujet. Ceux-ci ne voient pour le moment aucun nuage à l'horizon, et c'est bien le meilleur qu'on puisse leur souhaiter.



Défauts de Pearltrees

        Pour ne pas écrire un billet qui soit uniquement un panégyrique de ce nouveau service, je me dois de citer les quelques défauts et problèmes restants du point de vue de l'utilisateur. Le plus important n'est pas des moindres, il s'agit de la difficulté de la prise en main pour le nouvel inscrit, qui s'avère assez déroutante et est imputable sans difficulté au caractère novateur de l'interface visuelle. Malgré l'implémentation après quelques mois d'un guidage "pas à pas" des nouveaux utilisateurs, il est indéniable que la manipulation des perles et des arbres constitue un apprentissage un peu difficile mais absolument nécessaire, qui peut décourager les rétifs aux changements pour peu qu'ils n'osent jouer et expérimenter.

        Une autre caractéristique de Pearltrees qui pour certains constituera à n'en pas douter un défaut rhédibitoire, c'est l'absence complète et voulue de section privative des comptes. La volonté d'imposer la collaboration et le partage a en effet conduit les fondateurs à forcer le caractère public de la totalité des comptes : on pourra considérer que c'est la rançon de la gratuité du service, ce caractère public visant tant à l'expansion rapide d'une base de contenus étendue qu'au maintien de l'utilité de la collaboration entre utilisateurs.

        Le reste est constitué d'un défaut intrinsèque comme la difficulté à manier les perles avec un ordinateur portable équipé d'un pavé tactile ; de la non-prise en compte des accents et caractères spéciaux lors de l'intégration des titres des pages web "perlées" ; ainsi qu'un "dénommage" d'une fraction très limitée des arbres nouvellement créés et renommés qui s'avère quelque peu frustrant pour un service qui est sinon très bien huilé - en particulier si on tient compte de son extrême jeunesse.




        Je ne saurais trop conseiller aux lecteurs la création d'un compte et la découverte de Pearltrees, qui est un des très rares services "2.0" qui participe profondément à l'amélioration globale du web et à la modification de la manière dont celui-ci est perçu et utilisé. C'est une véritable seconde mémoire qui est proposée à l'internaute, qui se permet le luxe de régler la question d'un "web de flux" critiqué pour son instantanéité et la brièveté de ses contenus tout en offrant une organisation visuelle inégalée pour le "web de fond" : ces deux internets se retrouvent ainsi réconciliés pour le bénéfice de tous.

        Pearltrees permet également des usages multiples, allant du plus complexe au plus prosaïque sans jamais donner cette sensation de surabondance propre au web. Retrouver et montrer des vidéos stupides ou amusantes à ses amis n'aura jamais été aussi facile, tout comme classifier profondément des ressources avancées ou créer un récit ou de la veille à partir de contenus plus ou moins éphémères. Trouver des sélections redoutablement pointues de sujets proches des nôtres ou dans des thématiques où Google renvoie des milliers de requêtes est également rapide et efficace, permettant de faire fonctionner une sérendipité propre au web sans pour autant devoir filtrer des milliers d'informations inutiles. Je n'ai pas pour habitude de traiter des sujets habituellement apanages des "blogueurs high-tech" , mais il m'a semblé nécessaire et indispensable de vous parler d'un service qui pourrait bien dans quelques années devenir aussi habituel à utiliser que d'effectuer une recherche sur Google.



[Lien : www.pearltrees.com]


Mardi 12 janvier 2 12 /01 /Jan 20:00
- Par Moktarama - Publié dans : Dans le monde
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