Etats-Unis : Un raz-de-marée démocrate
Il est cinq heures du matin en France, vingt-trois heures sur la côte est des Etats-Unis, et les jeux sont faits : Barack Obama est élu président des Etats-Unis avec plus de deux-cent soixante dix voix au collège des grands électeurs devant John McCain. Mais si je parle de raz-de-marée, ce n'est pas uniquement à cause de ça : en effet, les démocrates, en sus de voir élu Barack Obama président, pourraient - et vont probablement obtenir - une majorité absolue au Sénat comme à la Chambre des Représentants, ce qui signifierait que ces derniers pourront passer totalement par dessus l'opposition, et ce dans toutes les institutions démocratiques fédérales hors la Cour Suprême.
Je vous propose également les résultats complets grâce au site internet de NBC, qui eux seront justes à coup sûr et en tous temps :
Les démocrates, avec un succès si écrasant, n'auront dès lors aucun parachute en cas d'échec auprès des électeurs, un échec qui risquera d'être ressenti d'autant plus que Barack Obama aura suscité l'espoir et le changement. La phrase qui est sur toutes les lèvres : "On se croirait en 1980, quand Reagan fut élu" . Par ailleurs, sur la chaîne d'information NBC, cela fait déjà une bonne heure que les intervenants parlent des futurs bras de fer qui auront probablement lieu entre Barack Obama et Nancy Pelosi, une fois passée la classique période de rassemblement.
Si, étant américain, je me réjouirais de la victoire de Barack Obama face à John McCain, avec certes des réserves sur ses réelles volonté et orientation politiques après vingt mois d'hystérie électorale ; je ne peux qu'être extrêmement réservé face à sa communication en matière de politique étrangère :
- Peu de remises en question quand aux errements financiers et monétaires à propos de la crise actuelle, donc de grosses interrogations sur une éventuelle refondation des règles en la matière, et en particulier sur leur internationalisation.
- Une volonté affichée de continuer par tous les moyens la "guerre contre le terrorisme" et notamment l'engagement international en Afghanistan - en demandant des efforts militaires supplémentaires des pays déjà présents.
- Un soutien sans faille à la politique israëlienne, qui n'a jamais eu qu'un effet déplorable au Moyen-Orient, surtout si on pense que le Likoud risque de gagner les prochaines élections israëliennes.
Quelques petites réflexions médiatiques en passant :
- J'ai regardé CNN et NBC. Il n'y a pas photo à mon avis, CNN est un cran au-dessus, j'ai d'ailleurs fini par ne plus regarder que cette chaîne. Résultats moins agressifs et énoncés de manière plus claire, ainsi qu'une diffusion mieux conçue - notamment grâce à un titre écrit pour chaque "séquence" du direct électoral. D'un point de vue américain, j'aurais peut-être préféré son concurrent qui réservait un coin de l'écran pour annoncer en permanence les résultats dans tout le pays.
- Les médias télévisuels américains sont clairement nettement en avance sur leurs équivalents français quand à l'attitude à adopter face aux nouveaux médias : ils se jettent dedans, interrogent les blogueurs comme des journalistes, les payent comme correspondants, et parlent en permanence de l'influence des nouveaux médias. Ils recommendent également instamment au téléspectateur de se rendre sur leurs sites internet, sachant que ces derniers apportent un réel supplément d'intérêt concernant l'information car utilisant les possibilités de ce canal de diffusion. On est ici loin de la circonspection et du mépris des médias télévisuels français pour tout ce qui vient d'internet ou s'y produit.
- Merci aux blogueurs français qui ont commenté en direct l'arrivée des résultats électoraux, à eux tous ils donnent une bonne idée du déroulement de la chose vu des médias d'outre-atlantique : Rue89 avec un intéressant fil de commentaires de blogueurs ou journalistes et de cartes de résultats, Versac - pour un retour inattendu - , Jules de Diner's Room, Emmanuel de Ceteris Paribus, Marc Cornier d'En Amerique et le capitaine d'Embruns.
[ Précision utile : Barack Obama ne prendra de toute manière les rênes de l'administration présidentielle qu'à la mi-janvier 2009, ainsi cette élection ouvre une inquiétante vacance du pouvoir exécutif US en pleine crise financière et économique mondiale. ]
[ Je me rends compte que ce billet semble quelque peu rabat-joie pour les non-américains, je préfère faire parler Jules pour exprimer une certaine admiration mieux que je ne le ferais : "Malgré toutes les réserves que l'on peut émettre sur le projet de Barack Obama et l'agacement qui peut naître devant l'unanimisme national, on doit convenir que les États-Unis savent donner des leçons au monde." ]
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