L'Église de Scientologie, organisation créée en 1954 par Ron Hubbard aux États-Unis, promeut la dianétique, méthode spirituelle censée permettre un accomplissement spirituel. C'est une "nouvelle religion" , à l'instar des Témoins de Jehovah, et compte plusieurs millions "d'adeptes ou de fidèles" dans le monde. Les mots entre guillemets peuvent être remplacés par "secte" -  rapport parlementaire de 1995 - et "crédules" pour les lecteurs français. En effet, "l'adepte" est amené, pour compléter son cheminement spirituel, à débourser des sommes d'argent de plus en plus importantes, par exemple pour se procurer un  "électropsychomètre" qui n'est en fait qu'un banal électromètre, disponible dans tous les appareils se proposant d'évaluer vos masses musculaires et graisseuse, et qui est censé ici être un outil psychologique puissant.

        Maintenant que vous avez une idée du type de mouvement dont je parle, passons à son succès en France. Selon vigi-sectes, le mouvement compterait environ trois cents membres à temps plein, qui conseillent environ 40 000 presonnes. Toutefois, sur ce dernier chiffre, seuls 1500 doivent pouvoir être considérés comme des membres à part entière. Les chiffres sont rassurants, la scientologie n'arrive clairement pas à percer dans notre pays, la classification et la médiatisation en tant que secte par la commission parlementaire had oc a dû quelque peu y participer.

        Toutefois, si la scientologie ne connaît pas un grand succès, ce n'est pas faute d'essayer depuis fort longtemps, et de montrer des capacités d'adaptation tout à fait remarquables. Je vais tout d'abord vous montrer comment la scientologie s'y prend de manière classique, puis comment ce mouvement vient de montrer qu'il s'adapte parfaitement aux nouveaux développements des approches de communication, ici avec l'internet participatif ou "web 2.0" .



        Tout d'abord, les approches classiques de la scientologie, comme d'ailleurs de la plupart des sectes : le bon vieux tract semi-déguisé, reçu il y a quelques mois de cela dans ma boîte aux lettres. Le recto tout d'abord, où la scientologie avance masquée.


        N'est-ce pas beau ? Au moins une réponse sur deux pourrait être cochée par monsieur tout le monde, mais en plus quelqu'un qui cocherait quasiment toutes les cases à de bonnes chances d'être dépressif, soit deux avantages : non seulement cela concerne une bonne partie de la population française, mais en plus cela leur amène des gens qui sont déjà diminués psychologiquement...du très bon marketing, quoi - avec même la cascade apaisante en bas de page.

        La question posée en haut de page ne manque pas de sel quand on sait que la psychologie et la psychiatrie sont massivement rejetées par le mouvement scientologue, ne restait alors plus que" la pollution et les produits chimiques" à incriminer. On remarquera qu'aucune mention n'est faite de l'émetteur du tract, passons donc au verso :



        Cela débute par des réponses qui sont quasiment les mêmes selon que l'on ait répondu oui à trois questions, entre trois et sept ou même à huit : Notre "taux de toxines accumulées dans le corps" doit agir sur notre "aptitude à se sentir serein et en harmonie avec soi-même" , avec quelques variations à chaque fois.

        Suit l'injonction - en caractères gras - de se débarrasser au plus vite de ces méchantes toxines. Là, j'ai compris : la technique de communication employée pour ce tract est issu de la branche la plus pourrie du marketing américain : la vente de médicaments, avec ces questions où vous répondez presque toujours oui tellement les symptômes sont vagues et englobants, et une réponse toute prête qui vous est fournie avec la même injonction, dans le cas des médicaments la solution sera d'aller "demander à votre médecin" .

        Ici, c'est tout simplement le "programme de Purification mis au point par Ron Hubbard" , il nous faut découvrir "ce que ce programme peut faire pour vous. " car, bien évidemment, "Votre bien-être en dépend ! " . On nous invite ensuite à renvoyer ce questionnaire à leur adresse, et un conseiller nous "rappellera dans les 48h". Je n'en doute pas, surtout si beaucoup de cases "oui" ont été cochées. Enfin, les petites lettres en bas du tract sont réservées aux mentions légales du fichier - merci la CNIL - et de copyright concernant la scientologie.



        La communication de la scientologie a progressé depuis de nombreuses années, notamment en créant diverses associations satellites, l'une d'entre elles étant l'association loi 1901 "Non à la drogue, oui à la vie" , qui édite et distribue de nombreuses brochures consacrées à ce sujet, mais tourne aussi dans toute la France pour faire des opérations de prévention. Tout d'abord, pour clarifier les choses, cette association fait de la propagande, pas de la prévention. Ainsi, parmi les publications de prévention, entre l'héroïne et le LSD, on trouve des brochures contre les antidouleurs utilisés par la médecine moderne, ou contre la Ritaline prescrite notamment chez les enfants atteint d'hyperactivité.

        Mais revenons à la méthode de communication de l'Église de Scientologie© , dont le but semble être de faire du billard à trois bandes. En effet, est paru aujourd'hui sur AgoraVox, le premier média d'aggrégation de contenu généré par l'utilisateur,  un article de Miguele - membre de l'association "Non à la drogue, oui à la vie" - absolument dithyrambique à propos de leur opération menée à Marseille récemment. Intitulé Sauvons nos jeunes de la drogue ! ,je ne résiste pas au plaisir de vous mettre un extrait, la conclusion :

Se basant sur vingt années d’expérience internationale, l’association est convaincue que seule une éducation précoce et informative, simple, mais objective est la solution. Il faut agir et éduquer les jeunes sur les dangers même mortels des drogues, avant qu’ils ne soient approchés par les dealers.


L’association Non à la drogue, Oui à la vie créée en 1991 à Paris est aujourd’hui, avec 3 millions de livrets distribués gratuitement en France, un des plus importants réseaux d’éducation sur les dangers de la drogue. Chaque semaine, elle mène sa campagne d’information dans les grandes villes de France, l’agenda des actions est disponible sur le site www.nonaladrogue.org.

 

        Encore une fois, on notera que la scientologie aime avancer cachée, ainsi on nous renvoie juste ici sur le site de l'association, comme il est d'usage sur AgoraVox par ailleurs. J'ose espérer que l'association n'est pas "l'un des plus importants réseaux d'éducation sur les dangers de la drogue" , vu le discours de celle-ci. On me dira que je me trompe, que l'ONU est même associée aux campagnes menées...je répondrais que la scientologie a trouvé là une arme redoutable de développement.


        Par ailleurs, on remarquera qu'Agoravox montre ici une fois de plus un certain manque de rigueur dans la sélection des articles, après plusieurs éditions d'articles publi-rédactionnels flagrants, on se retrouve ici avec de la - certes un poil plus fine - bonne propagande des familles pour le satellite d'une organisation qui nuit clairement à la société. Mais attention, cette fois-ci c'est de la propagande 2.0, et il faut d'ailleurs passer quelques commentaires avant qu'un des membres du site ne signale ce lien entre l'association et la secte. On peut regretter que cet article soit passé, mais aussi qu'une mise au point ne soit pas encore faite - il est 16 h - malgré la remarque d'un lecteur.



        En tout cas, les sites d'aggrégation de contenu généré par l'utilisateur - et c'est la rançon du succès pour AgoraVox qui devient considéré comme un vrai média - vont devoir trouver les outils adéquats pour se prémunir de ces messages, qu'ils soient publicitaires à buts commercial ou autre. Ce me semble être une étape importante, tout du moins dans l'optique de devenir une référence dans le domaine, et AgoraVox me semble poursuivre ces objecifs-là vu la qualité générale en progression des articles publiés.


        Quand à l'Église de Scientologie© , elle semble donc bien se porter, et tente de recruter sur plusieurs fronts en France. On devrait entendre parler d'eux un de ces jours s'ils s'estiment assez solides, ils tenteront sûrement la voie - déjà pratiquée dans de nombreux pays - du lobbying parlementaire, et ça devrait faire un peu plus de bruit que des tracts ou des articles du web participatif.

 

 

Vendredi 11 juillet 2008
par Moktarama publié dans : En France
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Extrait de la Une du Monde.fr, les articles sélectionnés de leur plateforme de blog et la promotion du Post



       
Le journal Le Monde a lancé l'année dernière - après avoir été un précurseur de l'information en ligne en France - son propre site d'aggrégation de l'information, dénommé "Le Post : le mix de l'info" . Voici les particularités de cette excroissance du groupe Le Monde, qui a même réussi à s'incruster dans la page d'accueil de la version en ligne de l'ex-journal de référence :

  • Le contenu est généré presque exclusivement par l'utilisateur, seul un très faible nombre - cinq, si je ne m'abuse - de journalistes du groupe Le Monde sont là pour superviser, sélectionner les articles qui figureront en Une, et rédiger - ou plutôt en général recopier à la sauce du site des dépêches d'agences de presse - une faible partie des articles générés. À titre de comparaison, on est dans le même esprit de contenu quasi-exclusivement généré par l'utilisateur inscrit, comme les aggrégateurs de blogs du type Blogasty, Diggons, PaperBlog ou CoZop...avec la différence toutefois de la présence de journalistes pour sélectionner et mettre en valeur les articles contre une sélection purement faite par l'utilisateur dans les deux premiers cas, et par "notre équipe rédactionnelle" puis "de manière purement automatique selon vos précédentes visites" dans les deux derniers cas.

  • Les utilisateurs doivent être enregistrés sur le site du Post pour devenir des "posteurs" , il est d'ailleurs à noter que les aggrégateurs cités ci-dessus permettent tous - comme Wikio - d'accéder à l'article original et de le commenter librement, sauf bien sur si son auteur ne le veut pas. De ce point de vue-là, on se rapproche plus de médias en ligne comme Rue89 ou RTL, qui demandent également une inscription préalable pour commenter.

  • L'information est un fil unique continu, sans catégories spécifiques couvrant un large panel et clairement visibles ; avec dans ce fil continu d'actualités de très nombreux rappels et résumés - ainsi que des résumés de résumés - autour du fil d'articles ainsi qu'au sein de celui-ci.


        Maintenant que le mode de fonctionnement est établi, parlons de ce qui fâche. La ligne éditoriale mais aussi d'autres pratiques, lisons ce que Benoît Raphaël, rédacteur en chef de LePost.fr, a écrit en commentaire à ce billet du Champignacien qui exprime fort bien ce que j'en pense :

Le Post est un site grand public, qui traite de tous les sujets, qui ouvre des conversations autour de l’actualité. Et, oui, nous y traitons des faits-divers, nous y parlons aussi politique, nous détectons et décryptons les buzz sur Internet. Nous abordons l’info sous son angle local, sous l’angle du témoignage. Et, oui, nous n’avons pas de problème avec le fait d’évoquer des sujets plus légers, parce qu’ils font partie de nos thèmes de conversation de tous les jours. La légèreté n’a rien à voir avec la bêtise et la médiocrité. Ce sont les oeillères et les idées reçues qui sont la marque d’une intelligence limitée.



Pour vous donner une idée des sujets traités par LePost, voici un résumé de la page de Une de ce jour, le 9 juillet 2008 à 15 h 50 :

  • L'actu sélectionnée par la rédaction : Fight club - Le Match de l'été, Kung-fu Panda vs Hancock ; Hou l'intello - 20,32 de moyenne au bac, c'est Possible ! ; En danseuse - L'antisèche Tour de France du mercredi 9 juillet ; Mathématiques - Profs non remplacés : "On bat le record de suppression de postes en 2008" ; Happy mix - Le happy mix du mercredi 9 juillet ; Souriez, vous êtes filmés - La peur de la caméra pour assainir les surfaces de L1 ; L'antisèche actu du mercredi 9 juillet ; Inquiétude - Que s'est-il passé à la centrale du Tricastin ? ; L'antisèche foot du mercredi 9 juillet ; Enfer domestique - Femme battue : "L'autre nuit, il m'a aggripée par la tignasse. Il a levé le poing et m'a frappée" ; etc..le reste du fil principal d'articles est du même acabit.

  • Encart L'essentiel : Ségolène Royal a-t-elle pété un cable ? ; Jeune juif agressé à Paris : "Rudy ne se souvient toujours de rien" , Double meurtre de Londres : le suspect s'accuse ; +292 % pour le budget com' du gouvernement ?

  • En ce moment sur le post : trois catégories de fils d'articles que sont Buzz - peoples et petites phrases des politiques - ; Politique - reprises de dépêches AFP par la rédaction ou extraits télévisés - ; et Faits-divers - tout est dit. Ces trois catégories sont en fait la seule méta-catégorisation des articles présente sur LePost.


        Donc, LePost est un site qui "traite de tous les sujets" . Il les traite. Il ne les explique pas. Ni ne les remet dans leur contexte. Et, beaucoup plus grave à mes yeux, il n'incite surtout pas les "posteurs" à le faire dans le contenu qu'ils génèrent, il suffit de cliquer sur les articles en Une pour le constater, ce n'est clairement pas inclus dans la sélection éditoriale effectuée par les journalistes ; à l'inverse par exemple d'un AgoraVox qui avec tous ses défauts arrive pourtant relativement bien à tirer la qualité vers le haut pour du contenu généré uniquement par l'utilisateur.

        Le Post "ouvre des conversations autour de l'actualité" . C'est tout simplement faux, il suffit de regarder les commentaires du billet concernant les réductions de postes dans l'Education Nationale. Aucune réflexion, un ou deux commentaires sortant certes du lot mais pas plus, de toute manière pas mis en valeur, aucune sélection éditoriale n'est faite sur les commentaires ou pour les mettre en avant à la manière d'un Rue89 qui sélectionne certains commentaires jugés pertinents depuis quelque temps, par exemple. Par ailleurs, il semble que cela fasse partie de la volonté éditoriale, en ce sens qu'on ne peut écrire de longs commentaires - plus de 2000 signes - , or ceux qui lisent ce blog comprennent bien que la conversation puis la réflexion ne viennent pas en trois diatribes ponctuées d'un lol.

        Au Post, "Nous y traitons des faits-divers" , je dirais même que c'est leur fond de commerce tant ceux-ci sont omniprésents, composant même une méta-catégorie à part entière sur le site, sur trois au total, et en dehors des indispensables tags qui sont autant de micro-catégories. "nous y parlons politique", certes, si on peut appeler politique la reprise de toutes les petites phrases, buzz politiques divers et variés et une absence totale de profondeur dans le propos. "nous détectons et décryptons le buzz sur internet" , ce qui est ô combien vrai concernant la détection et l'amplification du buzz - celui-ci y a certainement eu son heure de gloire qui rend le Post indispensable, par contre, pour ce qui est du décryptage, je dirais qu'il y a déjà infiniment mieux à l'oeuvre que Guy Birenbaum, sa Sarkobsession et ses théories du complot blogosphérique.

        "Nous abordons l'info sous son angle local, sous l'angle du témoignage" . Certes. C'est totalement vrai, là on se rapproche de l'approche qu'aurait un Pernaut pour son journal de 13 h, les témoignages.

        Les phrases suivantes sont claires. Elles rapprochent Le Post des journaux "people-actualité", tels Entrevue - dont LePost est d'ailleurs une des sources pour la version en ligne - , Paris Match, Voici et de nombreux autres, bien qu'avec une orientation certes plus poussée vers le témoignage et le fait-divers.



Maintenant qu'on en est là, je vais dire ce qui me gêne dans cette ligne éditoriale et la mise en oeuvre du projet :

  • Que Le Post prétende fournir de l'information. Ça n'en est tout simplement pas, du moins selon des critères vaguement journalistiques. C'est de l'actualité et du buzz - les deux étant complémentaires par ailleurs. Je n'ai rien contre en soi, je ne vois juste pas très bien les synergies éventuelles que le groupe Le Monde pourrait en tirer. A l'inverse, LePost me semblerait avoir une place bien intégrée dans un média comme TF1, pouvant être le pendant "Actualités" du portail d'over-blog par exemple et remplissant bien sa part du rôle de course à l'audience sans critères qualitatifs que s'est donné le groupe depuis sa création.

  • Mais aussi que le journaliste estime que ce qu'il édite soit du "contenu grand public" , cela renvoie pour moi au débat de la responsabilité des journalistes dans la dégradation sensible du niveau de leurs productions, dégradation imputée un peu trop facilement au fameux "grand public" , ou pour le dire autrement à l'adage du "arrête, les lecteurs veulent du people, du sport, des petites phrases et se détendre, tu vas pas les faire chier avec ton énorme papier sur la situation politique passée et présente en Mongolie". Et ça, c'est purement du ressort du responsable éditorial.

  • Des lacunes qui me semblent assez grosses, et similaires aux autres médias "grand public" malgré les dires de Benoît Raphaël, concernant les usages d'internet : tous les liens donnant vers des sites extérieurs au Post, par choix éditorial, sont en nofollow, c'est à dire qu'ils ne donnent pas de "crédit" vis-à-vis des moteurs de recherches au site en question...ce qui est sacrément osé de la part d'un site dont une bonne partie du contenu est directement extrait - pardon, "par l'utilisateur", donc indirectement - de sites de presse et de blogs. Ou encore la limitation de la longueur des commentaires et l'obligation de s'inscrire. 

  • Que le groupe Le Monde, qui dispose d'une bonne plateforme de blog via LeMonde.fr et arrive plutôt bien à mettre en valeur la sélection faite et les auteurs intéressants, se soit dit que plutôt que d'agrandir - notamment par la gratuité - ce qui existait déjà et fonctionnait plutôt bien pour en faire un journal en ligne au contenu généré par l'utilisateur et fermement modéré par les équipes du Monde ; ils allaient lancer un petit truc pas cher et sans contraintes journalistiques dans ce far west que semble être pour eux l'internet, ce qui inévitablement a mené à ce qu'est maintenant Le Post.



        Pour finir, et peut-être pour élargir le débat au journalisme de manière générale, je suis tombé sur ce billet de blog du rédacteur en chef Benoît Raphaël, assez intéressant au demeurant, qui décrit comment il été impressionné lors de la visite du siège du groupe Agora, leader en Pologne et éditeur notamment du quotidien polonais Gazeta Wyborcza.

        Il nous parle alors du personnel nombreux, de la grande présence sur internet de ce groupe qui possède un portail et plusieurs sites spécialisés. Il nous parle également des convergences éventuelles entre radio et production internet et de la nécessité d'aller pas-à-pas, tout en ayant le courage de lancer des projets peu coûteux en personnels - exemple à l'appui - sans hésiter à les abandonner si ces projets ne rencontraient pas une audience immédiate. L'article est bon, et fort intéressant sur le management et la recherche d'audience rapide par une grande flexibilité.

        Je n'ai tiqué qu'à la fin : à moins de lire le polonais et de pouvoir se faire son idée avec les liens du billet, Benoît ne nous parle pas de journalisme. On ne sait absolument pas quel est le contenu, uniquement que le portail connaît un fort succès et que le site politique - fait par un journaliste et trois pigistes -  est visité par un million de visiteurs uniques chaque mois. Est-ce un bon média, c'est à dire un média de qualité ? Nous n'en saurons rien. Quelle est son audience et ses méthodes pour y parvenir ? Ça, on le sait, c'est tout simplement le sujet de l'article.


        Dans les réponses à ces deux questions, il me semble se voir définie une ligne claire de fracture entre différents types de médias, et je me demande si l'un peut encore prétendre à effectuer un travail d'information journalistique :

  • Soit l'éditeur s'intéresse et à l'audience - notamment qualitativement - et à la qualité de ce qu'il édite, et à ce moment là il est parfaitement légitime dans ce qu'il fait, à savoir de l'information et du journalisme.

  • Soit l'éditeur cherche prioritairement l'audience sans critères qualitatifs et alors il lui devient ardu de se prétendre journaliste ainsi que de prétendre fournir de l'information, car non seulement il induit les lecteurs en erreur, mais en plus il participe alors grandement à la décrédibilisation - déjà bien avancée, il est vrai - de cette profession dont il prétend pourtant faire partie. Il ne lui rend là pas un grand service.





Mise à jour du vendredi 11 juillet 2008 :
Le commentaire ci-dessous, de
Dominique, complète parfaitement le billet.


Je vais reprendre le commentaire au fil de la lecture, mais sans citer.

1) A propos de la rédaction, il y a quand même un point étrange : le rôle du Coach (ils sont deux en fait, comme je l'ai appris dans une réponse). C'est à la fois celui qui fabrique les titres (noter la différence hénaurme parfois entre les titres et les URL), qui promeut les billets, qui conseille les nouveaux, qui supprime des commentaires ou des billets, mais aussi qui rédige de nouveaux résumés de résumés ou qui relance un sujet déjà bien glauque ou bien sanglant. Aide technique, secrétariat de rédaction, rédaction personnelle ou en fait rédaction en chef ? Le rôle n'est pas clair. Il y a une face présentable (Raphaël qui répond et s'explique ailleurs) et puis une face qui n'a de compte à rendre à personne (Le Coach). Est-ce que ce Coach est un faux-nez de la rédaction ou est-ce une sorte de doublon du rédacteur en chef afin de sapper le pouvoir journalistique lui-même ? Fort étrangement, les textes les plus sordides ou les rappels les plus crapuleux viennent du Coach.
  
2) Il y a lieu de s'interroger sur le mode de vote : on vote sur un texte dans AgoraVox (site sur lequel j'ai beaucoup médit avant sa réforme) ou Rue89 - ces systèmes ont des défauts eux aussi mais moins graves. On vote pour un intervenant que l'on encourage sur Le Post. Cela donne-t-il une meilleure crédibilité à ce propos en particulier alors qu'il s'agit juste d'une personne publiant régulièrement sur ce média même si elle n'apporte rien dans ses textes. Il pourrait y avoir sélection des meilleurs commentaires en tête de fil (comme dans Rue89 ou @si même si c'est détourné), or en fait c'est la promotion de l'individu qui est privilégiée.

3) Laurent (Gloaguen, auteur du
blog Embruns, NDLR) a justement reproché dès le début la stratégie de liens nofollow, mais cela va plus loin, car Le Post ne renvoie pas seulement à ses seuls mots clés (comme un portail du type Yahoo actualités), il renvoie aussi le plus souvent à la page d'accueil du média qu'il prétend citer. C'est particulièrement visible dans les billets de la rédaction qui se refusent à indiquer leurs sources exactes en donnant l'adresse exacte de l'article qu'elle cite. J'ai commis une note sur le sujet. On est dans le système du portail, il ne faut pas que le lecteur s'échappe de cet univers. Bien sûr, il y a des exceptions, mais elles ne viennent pas de la rédaction.   

4) Les catégories. On entre dans le grand comique. En fait, on trouve très souvent un même article dans deux ou trois catégories lorsque l'actu a un coup de mou et c'est fait à grand coup de portnawak, le buzz permettant de tout caser n'importe comment. C'est la plus belle invention du Post après le Coach hypothétique. S'il y avait encore des catégories sport ou musique ou cinéma ou télé, je pourrais un peu comprendre et savoir quoi éviter, mais tout est buzz. En fait, on pourrait supprimer les faits divers et la politique, largement, mais il faut quand même donner l'impression d'une diversité de sujets.

Cela ne répond toujours pas à la question "où va le journalisme ?", mais je ne désespère pas d'y apporter ma pierre demain après avoir dégrossi le sujet.

Mercredi 9 juillet 2008
par Moktarama publié dans : En France
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        Nicolas Sarkozy est passé sur France 3 lundi 30 juin, pour s'y faire interviewer à propos de l'Europe, et un peu aussi pour parler du drame de Carcassonne. Le soir même, une vidéo filmée avant l'interview a été publiée par Rue89. Elle dure 6 minutes et on y voit, pour les rares qui reviennent de vacances, le président s'énerver quelque peu contre un technicien de France 3 qui ne lui aurait pas répondu "bonjour" quand lui-même l'a salué. Mais aussi rebondir avec un "c'est le service public, on n'est pas chez les manifestants, ça va changer tout ça" , puis faire tous les petits gestes qu'on lui connaît - montrer sa Patek Philippe, avoir des tics et tutoyer les journalistes.

        Rue89 a publié cette vidéo dans un article quasiment vide de texte, en dehors d'un chapô décrivant une "ambiance glaciale" . Le reste de l' "article" étant consacré à décrire le contenu de la vidéo sans aucune information supplémentaire, je ne le considère pas comme tel. Une partie des blogueurs politiques a alors réagi par le mépris, estimant que la valeur informative de cette vidéo était nulle.

        La rédaction de Rue89 a alors publié un second article, expliquant pourquoi ils estimaient que cette vidéo, à elle seule, avait valeur d'information, montrant une fois de plus la nature des rapports que le président entretient avec la presse. Une vidéo très importante selon eux. Un troisième article est même apparu ce matin, où la rédaction s'indigne que France 3, producteur des images, leur demande de cesser cette diffusion sous peine de procès.

        Et là, on voit bien que Rue89 - que j'apprécie par ailleurs, même si je suis de plus en plus déçu par certains articles - se fout totalement de notre gueule. En effet, comment peut-on considérer que la seule diffusion de cette vidéo puisse constituer un travail journalistique ? A ce moment là, Dailymotion, Youtube et Wat.tv pourraient se considérer également comme des journaux, de par le nombre phénoménal de vidéos de ce type diffusées sur ces supports et qui se sont répandues comme des trainées de poudre - la vidéo de Royal et des enseignants, la vidéo du "casse-toi pauv'con" et autres perles du même acabit.

        Comme l'a rappelé si bien l'auteur du blog novovision - que je mets de suite dans mes liens et vous recommande - dans divers commentaires et billets, le travail du journaliste consiste avant tout à réorganiser les informations brutes, à les remettre dans leur contexte, et - rêvons un peu - à tenter d'induire une réflexion pertinente chez le lecteur.

        Qu'a fait Rue89 ? Diffuser, sans aucune explication, ni du contexte - ah si, l'heure et la date - , ni de rien du tout d'ailleurs à part cette fameuse "ambiance glaciale" , une vidéo dont ils savaient, vu la virulence du mouvement anti-Sarkozy - et parfois son aveuglement - , qu'elle allait se diffuser comme une trainée de poudre sur le web...si ce n'est pas ce qu'on appelle faire du buzz, il va falloir que je revois mes idées sur ce qu'est le journalisme.

        La comparaison avec cet article de Libération sur le sujet fait très mal : on y apprend que Sarkozy fut accueilli devant France 3 par une foule de manifestants employés de la chaîne, et que le technicien contre lequel il s'emporte ne serait même pas celui que l'on voit sur la vidéo - ce qui, au seul visionnage de cette dernière, est très loin d'être évident. Mais aussi qu'Audrey Pulvar, assez pugnace intervieweuse, réfute totalement l'assertion d'une ambiance glaciale et parle plutôt de concentration avant un direct. Mais de toute manière, on comprend qu'un homme, fut-il Sarkozy, ait quelques mots après s'être ouvertement fait chahuter, et ce quelques minutes avant un direct capital de son point de vue. Bref, oui notre président est un nerveux avec une grande gueule, et oui il n'a pas apprécié cette mini-manifestation, et oui il veut changer cet esprit-là. Rien de nouveau sous le soleil.

        Ce qui est sensiblement étonnant, par contre, c'est qu'un "pure player " web du journalisme, et même celui qui a la plus grosse audience, tombe dans exactement les mêmes pièges de la non-information et de la recherche du buzz que les médias classiques venant au web, à la manière d'un Parisien avec la vidéo du "pauv'con" ou d'un Nouvel Obs avec le faux SMS. Et quand en plus c'est un média papier qui reprend la vidéo pour faire dessus un vrai travail journalistique, on se retrouve un peu perdu car c'est une sacré inversion par rapport aux débuts - en 2007 - des médias en ligne. D'autant plus quand ce média en ligne semble méconnaître un usage du web élémentaire, à savoir admettre ses erreurs, surtout quand elles sont aussi flagrantes, plutôt que de se justifier et de se poser en victime comme avait pu le faire un Monde lors de la sortie du livre de Péan & Cohen.

        On peut également se poser la question de la qualité de l'audience retenue, et de la fréquentation. En effet, si cette vidéo avait été publiée dans un article explicatif, on peut douter qu'elle aurait eu le même retentissement médiatique - le fameux buzz. Certes, Rue89 aurait eu - beaucoup - moins de visiteurs pour cet "article" . Mais n'est-ce pas un pari à très court terme ? Une audience est également qualitative, or devenir une référence du journalisme en ligne est un travail de longue haleine, qui se définit avant tout par ses lecteurs. Le Monde est jadis devenu une référence car tout le monde estimait que le travail fourni valait son pesant de cacahuètes, y compris ceux qui ne le lisaient pas.

        Rue89, avec cette diffusion, gagne des milliers de lecteurs temporaires, qui sont intéressés par ce genre de vidéos, mais dans le même temps, le site ne perd-il pas une partie de sa crédibilité et de ses lecteurs les plus critiques, peut-être les plus à même, justement, de faire devenir ce journal une référence ? De la même manière, Libération va peut-être se faire incendier par ses lecteurs les plus partisans pour avoir démonté ce buzz, mais n'y gagne-t-il pas ici une certaine crédibilité en tant que journal "de référence" ? J'ignore volontairement les cinq pages de publi-rédactionnel pour le disque de Carla Bruni, le but n'étant pas de donner une note à Libé mais de constater les divers impacts des articles.

        Pour finir, je constate que les "pure players" ne sont pas les blanches colombes qu'ils prétendent être, et que les médias papiers ont encore de sacrées ressources. La réflexion semble donc devoir se porter directement vers les pratiques journalistiques et la reconscienciation de l'importance du captage des lecteurs les plus difficiles, ceux qui sont psychorigides du sourçage, de l'explication, de la contextualisation, d'une approche réflexive plutôt qu'uniquement factuelle, et de la bonne écriture du français. Embaucher un médiateur et un correcteur me semble à ce titre assez indispensable vu le manque fatal de recul de la plupart des journalistes, et malgré la bonne connaissance pour certains des usages du web.



PS : On remarquera avec intérêt que
le travail journalistique du Monde sur cette affaire fut quasiment nul, se contentant de la même recette que Rue89 : vidéo accompagnée pour boucher les trous d'une description de cette dernière, fort bien écrite au demeurant. Bakchich, quand à lui, et c'est bien dommage car j'apprécie nettement plus ce site, met uniquement la vidéo, tombant encore plus bas sur ce coup que son confrère "pure player" du web.


PPS : la reconscienciation se définit comme "le retour d'une prise de conscience" , je fais ici une petite expérience linguistique avec Google
à la manière de Jean Véronis, ne me tapez pas dessus pour ma lamentable expression française et mon incohérence :-)


PPPS : Pour illustrer les dommages faits par ce buzz,
on remarquera que cet extrait, lui tout à fait "on" , est passé complètement inaperçu, alors qu'il aurait mérité une certaine médiatisation. On voit bien ici que même le président est embarrassé quand Audrey Pulvar lui demande avec une louable insistance combien d'arrestations - et donc de moyens mobilisés - seront nécessaires pour que Brice Hortefeux arrive à remplir l'objectif fixé de 25 000 sans-papiers expulsés cette année.
Mercredi 2 juillet 2008
par Moktarama publié dans : En France
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Le 19/20 de France 3 en date du 25 juin relève, dans un de ses reportages, que depuis quelques jours est affichée dans les commissariats de cinq arrondissements de l'Ouest parisien - 2000 fonctionnaires environ - une note de service confidentielle demandant expressément de contrôler en priorité les personnes "ressemblant à des ressortissants roumains, bosniaques et d'autres pays de l'Est" .

        Le contrôle au faciès est totalement illégal en France. Plus précisément, ne sont pas considérés comme des éléments d’extranéité recevables ceux fondés sur l’apparence physique de la personne (couleur de la peau, morphologie etc…) . Accessoirement, on peut se demander comment un policier reconnaît un ressortissant des pays de l'Est à sa tête, la mondialisation étant passée par là.

        Mais ce n'est pas tout : cette note interne révèle l'existence d'un fichier spécifique à ces catégories de populations contrôlées, ce qui une fois de plus est totalement illégal, entre l'absence d'autorisation de la CNIL, et tout simplement le principe d'égalité autrefois cher à notre pays.

Une vidéo parlant plus que des mots, voici le sujet en question :






        On y voit notamment un policier expliquer que ce genre de consignes, bien que totalement illégales, sont relativement courantes dans la police, et se transmettent toutefois d'habitude uniquement par oral. Mais aussi le vice-président de la Ligue des Droits de l'Homme, complètement stupéfait lorsque les journalistes le mettent au courant, notamment vis-à-vis du fichier spécifique.

        Il est dommage que cette information n'ait pas eu plus de visibilité, on peut supposer que les journalistes du service public étaient trop occupés à communiquer sur la réforme de l'audiovisuel public. Dommage.

        On remarquera aussi que l'inimitié qui lie le président aux rédactions de France 3 est probablement en partie responsable du fait que c'est justement cette chaîne qui sort, à intervalle réguliers, des reportages sévères envers le gouvernement et le président - on pourra se souvenir du reportage pré-présidentielles sur l'énorme cafouillage que fut la délégation au privé de la fabrication des passeports électroniques. Tant mieux pour la diversité de l'information, dommage - encore une fois - que ces sujets ne soient repris nulle part ailleurs.


[via
Les mots ont un sens]
Mardi 1 juillet 2008
par Moktarama publié dans : En France
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Paris, plus belle ville du monde - avec Rome, ne soyons pas chiches - risque de ne plus l'être pendant quelque temps. En effet, tous les syndicats - CGT-FO-CFTC-UNSA - se sont mis d'accord pour déclencher une grêve illimitée contre la privatisation du ramassage des ordures dans quatre arrondissements supplémentaires de la capitale, les IIIème, IXème, XVIème et XIXème arrondissements plus précisément, et ce pour une application en juillet 2009. En effet, François Dagnaud, premier adjoint - PS - à la propreté, veut porter le sujet au prochain Conseil de Paris, les 7 et 9 juillet prochains.

        En effet, depuis 1990 - sous Chirac - , la collecte des ordures est publique dans neuf arrondissements - V, VI, VII, IX, XII, XIV, XVI, XVII, XX - ; privée dans huit - I, IV, VII, X, XI, XIII, XV, XVIII - ; et mixte - les éboueurs sont fonctionnaires, les chauffeurs et autres sont salariés du privé - dans les II, III et XIXème aroondissements.

        J'aimerais comprendre quelque chose à la logique de Delanoë. En effet, s'il est bien un service qui doit être public, car indispensable, c'est le ramassage des ordures. De plus, il me semble également indispensable de garantir de bonnes conditions de travail et de rémunération à ces employés qui ramassent nos déchets, ce que le public fait toujours mieux que le privé. Et je ne vois pas en quoi la privatisation de ce service amènera, comme il le prétend, une meilleure propreté vu que les entreprises privées pratiquent, comme les éboueurs de Marseille, le fini-parti - quand le ramassage est fait, on peut partir, ce qui induit une précipitation et surtout un manque d'application assez incompatibles avec le ramassage des ordures ménagères.

        Que les futurs éboueurs - les actuels seront réaffectés - se rassurent, ils ne seront certes plus fonctionnaires, mais pourront apprécier leurs nouvelles tenues en coton équitable...

Naples après deux semaines de grêve des éboueurs...

        Sur un plan purement sanitaire, il est fortement à espérer que notre cher maire arrivera à trouver un accord au plus vite - faire machine arrière serait, je pense, assez raisonnable au vu des risques - , car entre la production journalière d'ordures par les parisiens et la température élevée, notre belle ville risque de se transformer assez vite en une fournaise puante et malsaine - les germes de toutes sortes vont s'en donner à coeur-joie - , sans même parler des rats qui, n'en doutons pas, se jetteront à l'assaut de cette manne.

        En gros, si vous pouvez partir, faites-le, si vous êtes touriste, désolé, si vous êtes parisien et bloqué comme moi, espérons que ça ne durera pas trop longtemps, parce que je ne sais pas vous, mais moi, les images de Naples envahie par les ordures ne me font pas plus envie que cela.



PS : par ailleurs, faut vraiment ne pas être très futé pour engager ce genre de débats en plein mois de juin, Delanoë montre ici qu'il manque parfois cruellement de vision...c'est à mettre en rapport avec les vélibs privés et le systême d'exploitation propriétaire de JC Decaud, interdisant tout élargissement aux communes limitrophes.
Jeudi 26 juin 2008
par Moktarama publié dans : En France
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