Caricatures de la semaine


Ce billet a été mis à jour le 22 mai 2008, avec de nouveaux dessins de presse sur les thèmes traités, ceux-ci ayant persisté cette semaine et certains étant fort drôles. Chaque mise à jour est faite dans une des quatre parties de ce billet.


        Cette semaine, et j'espère pour le plaisir des lecteurs anglophones, chaque thème abordé contiendra également une vidéo sur le sujet, provenant des deux émissions satiriques - et jumelles - américaines que sont The Daily Show et The Colbert Report. Nous verrons comment fut perçue la visite du pape au Proche-Orient, comment Nancy Pelosi et le parti démocrate américain se débrouillent pour se détacher de la politique d'institutionnalisation de la torture au sein de la CIA, ce que reflète la présence forte et inattendue de Dick Cheney dans la "médiasphère" américaine, et enfin nous pourrons nous satisfaire - fort égoïstement certes - de ce que les français n'aient jamais adhéré à la conception américaine de la "carte de crédit".





Benoit XVI en Israël, un voyage où la géopolitique l'a emporté sur le religieux


[Source : Joep Bertrams - Het Parool - traduction anglaise Cartoon Web]


        L'étape du pape à Jérusalem faisait partie d'un voyage de quelques jours au Proche-Orient, avec une volonté, selon La Croix, de "pèlerinage religieux et politique" . Si le côté religieux du voyage vous intéresse, je vous invite à lire cet article de La Croix - certes quelque peu enthousiaste - intitulé "Le voyage de Benoît XVI au Proche-Orient, le plus riche de son pontificat" , qui détaille les moments "forts" , à l'occasion desquels Benoît XVI a affiché une grande ouverture vis-à-vis des deux autres religions monothéistes. Mais ce n'est pas ce qui motive ces paragraphes, ni la caricature ci-dessus.

        En effet, la facette géopolitique du voyage de Benoît XVI, lors de son passage à Jérusalem, a complètement occulté médiatiquement l'aspect religieux. Le discours du pape au Yad Vashem exprimait pourtant une condamnation explicite du négationnisme ou même de l'oubli de la Shoah :
“Puissent les noms de ces victimes ne jamais périr ! Puisse leur souffrance ne jamais être niée, minorée ou oubliée ! Et puissent toutes les personnes de bonne volonté demeurer vigilantes à déraciner du cœur de l’homme tout ce qui peut conduire à des tragédies comme celle-ci !"

        Il semble que cela n'ait pas suffit à dissiper tout malentendu...certains israëliens lui reprochèrent alors de nombreux méfaits dont certains médias français se firent les porte-voix - bien aidés, il est vrai, par un Vatican complètement dépassé. Le blogueur Koz, habitué maintenant à éclairer la lanterne - avec plus ou moins de pertinence - de ceux qui ne prêtent qu'un oeil distrait aux affaires de la religion catholique, s'est fendu d'un billet fort intéressant sur le sujet : "L'homme en blanc" .

        Il n'est bien sûr pas impossible que la visite de Benoît XVI, à cette occasion, d'un camp de réfugiés palestiniens, donnant au passage de puissantes photos du Mur, mais aussi des déclarations claires en faveur d'une solution pacifique au conflit israëlo-palestinien ; aient contribué à ce jugement négatif dans certaines sphères du pouvoir israëlien. Benoît XVI, pour faire bonne mesure, s'est également "entretenu" dix minutes avec le premier ministre israëlien, et a par ailleurs eu droit à des commentaires élogieux de Shimon Perès. Gardons toutefois en tête que si cette visite fut médiatisée internationalement, les israëliens - et leurs médias - ne lui prêtèrent qu'une attention minime - comme à l'habitude.

        Pour diverses raisons tenant autant de la personne du Pape que de la teneur médiatique des évènements en passant par le fort intérêt américain pour ce qui touche à Israël, cette couverture internationale de l'aspect politique de la visite de Benoît XVI à Jérusalem  toucha également les Etats-Unis...Jon Stewart, démocrate et accessoirement juif ; ne s'est pas privé de se moquer des mécontents dans une émission qui n'a pourtant jamais manqué de ridiculiser les catholiques :






Mise à jour :

Le pape, roulant sur l'arête du mur de séparation :
Côté israëlien : "L"antisémitisme est totalement inacceptable"
Côté palestinien : "Une patrie palestinienne indépendante"
[Source : Arend van Dam]





L'hypocrisie du parti démocrate sur la "torture légalisée" en pleine lumière...
...Nancy Pelosi n'en finit pas de ramer dans les médias américains.



Le fil : "On ne nous avait pas dit que le waterboarding ou les autres techniques améliorées d'interrogatoire étaient en usage" [Source : Lisa Benson]


        Le président Obama, en prenant la décision de déclassifier un grand nombre de documents relatifs à la politique de torture sous l'administration Bush, ne se doutait peut-être pas que ces derniers allaient lui exploser à la figure lors de leur divulgation en avril de cette année. On y trouvait notamment les compte-rendus de toutes les réunions entre CIA et Congrès à propos de l'utilisation des enhanced interrogation techniques. On apprenait alors que la présidente démocrate de la chambre législative basse - un poste fort puissant dans la vie politique américaine - depuis 2006, Nancy Pelosi, était au courant de ces pratiques depuis une réunion du 4 septembre 2002...inutile de dire que cela a déclenché des polémiques, chez les républicains bien sûr - qui voient ici l'occasion d'impliquer des élus démocrates il est vrai très hypocrites quand à leur attitude passée à propos de la torture - mais aussi chez les démocrates les plus progressistes.

        Nancy Pelosi s'engagea alors dans une véritable bataille médiatique contre les républicains et la CIA, tout d'abord en admettant que ces techniques lui avaient été présentées mais qu'on lui avait également affirmé qu'elles n'étaient pas en usage, et sur un second front en attaquant la CIA qui aurait induit les élus du Congrès en erreur quand à l'utilisation de la torture :





        Seulement, le 11 mai, on apprenait qu'un des membres de son cabinet avait assisté à une de ces réunions en 2003, où l'on avait discuté de ces techniques de torture sans ambiguité quand à leur utilisation effective. Certains élus républicains, dans le même temps, n'hésitèrent pas à demander une commission d'enquête en se servant des déclarations d'Obama du mois précédent - celui-ci avait laissé planer le doute quand à d'éventuelles poursuites envers les responsables de l'institutionnalisation de la torture - ; et un des responsables de la CIA se fendait d'un courrier niant tout mensonge envers les élus du Congrès.

        L'ultime développement de cette affaire est la déclaration de Pelosi pour créer une commission afin d'analyser les erreurs de la Great War on Terror , ou comme elle le dit des "war on error" tactics...enfin pas tout à fait, car cela renforce d'autant plus la dernière - et désastreuse - décision d'Obama : il est revenu sur la fermeture rapide des juridictions d'exceptions pour les terroristes, ce qui soulève une déception à la hauteur des interrogations qu'il provoquait quand à la nature de sa volonté. La proximité de ces deux informations - certes de nature différente - me semble symbolique d'un certain "tournant du désenchantement" concernant le sujet si sensible des droits de l'homme, autant chez les électeurs démocrates que d'un point de vue plus international.



Mise à jour :


Rapport déclassifié de la CIA à propos des réunions sur la torture et la présence de membres du Congrès américain : page de présentation sur WikiLeaks ; et le document lui-même .



Nancy Pelosi [qui tient des "arguments pour le débat sur la torture" ] : "Euh...j'étais là...euh, je ne sais rien. Euh, la CIA m'a menti...euh."
Démocrates : "Arrêtez-là !" [Sur le mur : Dick Cheney était là]
[Source : Marshall Ramsey - Clarionledger.com]





Dick Cheney, vice-président méprisé, jette aux orties le "devoir de réserve"


Le dessin figure les deux filles du président Obama : "Papa, est-tu sûr que Mr Cheney ne travaille plus ici ? On a l'impression qu'il ne part pas !" "Oui, ce portrait commence à m'être très désagréable...ses yeux me suivent le long du couloir !"
[Source : John Darkow - Columbia Daily Tribune]




"Cheney est encore une fois de retour à la télévision pour convaincre les gens d'admettre qu'il avait raison."
 "D'accord ! D'accord ! Je dirais tout ce qu'il veut ! Contente-toi de le faire s'arrêter !"
En signature, Dick Cheney : "Ça fonctionne au bout de 183 fois."
[Source : Tom Toles - The Washington Post]


        Dick Cheney, vice-président sous l'administration Bush, âme damnée de la politique présidentielle, comparé par Hillary Clinton au Dark Vador de Star Wars et profondément haï par l'électorat démocrate, était jusque-là un homme relativement avare de sa présence médiatique. Seulement, on ne l'a jamais autant vu défendre sa politique dans les médias américains que depuis qu'Obama et les démocrates sont au pouvoir, avec de plus en plus de force ces dernières semaines.

        Par exemple, dans une interview du 10 mai à l'émission Face the Nation sur la chaîne de télévision CBS - et abondamment commentée outre-Atlantique - , il défend pied à pied nombre de reproches qui sont faits à l'administration Bush. Il n'a ainsi "aucun regret" et est "toujours persuadé" que la politique menée vis-à-vis du terrorisme était la meilleure possible ; il a défendu le waterboarding parce que "sinon qui le fera ?" ; il s'exprime "parce qu'il l'estime absolument nécessaire" ; et il fait passer Bush pour un demeuré, qui aurait au minimum "signé des papiers à propos de la torture" mais sans pour autant que Cheney n'émette de conclusion sur sa connaissance ou non des pratiques :




[Transcription écrite en anglais de l'interview de Dick Cheney à Face The Nation le 10 mai 2008]

        La croisade médiatique de Dick Cheney a obtenu dernièrement la bénédiction des pontes du parti républicain, et est finalement tellement emblématique de ce dernier et de sa situation présente qu'il continue de séduire l'électorat républicain. Obama, de son côté, a fini par lui répondre par interview interposée ce dimanche, tant la voix de Dick Cheney se fait entendre, avec entre autres cette sentence - qui pourrait fort bien lui exploser à la figure vu son rétropédalage actuel à propos des lois d'exception - : "Je pense que ce qui est intéressant, c'est que d'une certaine manière, Dick Cheney a lui-même discrédité ce point de vue de l'intérieur de l'administration Bush" .

        Pour finir, je citerai l'article "Le joli mois de mai" de Dedefensa, qui expose fort bien ce que la présence médiatique actuelle de Cheney a d'incongru dans nos démocraties :
"Les attaques de plus en plus violentes de l’ancien vice-président Cheney contre l’administration Obama [seraient des signes d'une grande nervosité] . Il s’agit effectivement, comme le dit le commentaire, d’un comportement sans précédent pour un des deux élus suprêmes de l’administration précédente, qui respectent en général vis-à-vis de leur successeur un “devoir de réserve”, – ou une Omerta du milieu, si l’on veut une autre expression, plus exotique mais pas vraiment déplacée."


Mise à jour :


L'ex vice-président Cheney honore d'une visite la scribe de l'histoire :
"Écoutez - tout ce que vous avez écrit est un paquet de merde. Laissez-moi modifier ça pour vous"
Petit personnage à gauche : "Éloignez vos pattes maladroites de là, Monsieur." [Source : Pat Oliphant]





La credit card debt, ou le possible prochain écueil de la finance aux États-Unis



- "Vous êtes en retard pour le paiement de votre carte de crédit parce que ?"
- "Mais nous vous avons informés par télépathie de l'augmentation de 30 % des intérêts perçus à la dernière équinoxe..."
- "Ne nous accusez pas alors que les conditions du contrat étaient clairement énoncées dans [une police de caractère totalement illisible et minuscule] à la page 37, addendum A-4/92"
- "Vous appellerez votre député !!?? D'accord, vous pourrez lui parler après qu'il aura fini de rendre étincelantes les semelles de mes chaussures avec sa langue !!"
- "Ça ne s'est pas bien passé..."
[Source : Pat Bagley - The Salt Lake Tribune]


        Après les emprunts immobiliers dits toxiques qui firent chuter les banques américaine, voilà que se profile, et de plus en plus sérieusement avec l'avancée du pan économique de la Crise, la possibilité de vagues massives de défauts sur les dettes - souvent de l'ordre de plusieurs milliers de dollars par tête - des cartes de crédit. La panique commence à gagner des organismes de crédit qui étaient déjà fort connus aux États-Unis pour leurs pratiques détestables, ressemblant souvent plus à de l'extorsion de fonds qu'à une activité de crédit "normale".

        Or, il est intéressant de constater que ces pratiques se sont accentuées ces derniers mois, dans le but très évident - et de la même manière que les banques, qui d'ailleurs possèdent ou sont liées avec un grand nombre des organismes de cartes de crédit - de tenter de se renflouer en tondant à court-terme leurs clients. Cela se voit d'autant plus que nombre d'américains connaissent des problèmes économiques, et malgré les petits couinements de l'industrie, les élus du Congrès se sont "emparés" du sujet.

        Pour être plus précis à propos de la situation, la banque centrale américaine a décidé à la fin de l'année dernière de poser quelques contraintes minimales pour encadrer les pratiques des organismes gérant les dettes des cartes de crédit, et le mois dernier une loi reprenant ces principes a été votée par la Chambre des Représentants, loi qui va passer au Sénat et sera peut-être un peu "durcie" lors de ce second vote. On reste toutefois très loin des bases qui seraient nécessaire à une régulation stricte, cette fort puissante industrie ayant pour le moment - cela pouvant changer si la situation se dégrade - la possibilité de faire encore passer leur lobbying.






Mise à jour :

"Mauvaises nouvelles...Obama et le Congrès n'approuvent pas notre approche agressive avec les détenteurs de cartes de crédit..." [Source : Gary Markstein - Milwaukee Journal Sentinel]



"Je ne pense pas qu'il soit en train de nous lire nos droits !" [Source : R.J. Matson]


Dimanche 17 mai 2009
- Par Moktarama
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        Un seul thème sera abordé cette semaine : le débordement de l'illusion et du virtualisme de la communication moderne par la réalité d'une Crise qui submerge inexorablement tous les artifices, qu'ils soient d'ordres politique ou économique. En effet, on a beau nous répéter sur tous les tons que le G20 fut un immense succès, que dis-je, une refondation profonde du capitalisme - "embellie" des marchés à l'appui - , ça ne prend pas. Ou plutôt : ça ne prend plus.

        Quel rapport avec cette rubrique ? Nous allons voir que les caricaturistes internationaux, et les américains en tête, reflètent parfaitement avec leur production actuelle cet état d'esprit, en forme de sensation d'émerger d'un long brouillard pour se rendre compte que nous marchons dans le vide...et de s'apercevoir que pour s'en sortir, on nous propose de jeter de la terre dans ce vide insondable, le problème, à ce qu'on nous en dit, n'étant pas ce vide mais notre manque de confiance en notre capacité à voler - toute ressemblance avec le dilemne crise de liquidité-crise de solvabilité n'est pas fortuite.

        Les américains ont profondément cru en la validité éternelle du capitalisme comme doctrine économique, notamment avec l'oubli des causes de la Grande Dépression, qui est pourtant profondément ancrée dans la psychologie américaine comme le seul moment - jusqu'à aujourd'hui - où l'Amérique ne croyait plus en son fameux american dream. Ils sont aujourd'hui les premiers - parmi les pays du G20 - à en ressentir les conséquences, en particulier les conséquences psychologiques : le retournement de la population est assez spectaculaire. Rien de tel que de se faire expulser, de perdre son travail ou de voir ses économies volatilisées pour discréditer l'idée que le capitalisme fonctionne intrinsèquement et dans toutes les situations. Les américains ont cru que leur manière d'appliquer le capitalisme était ce qui protégeait un niveau de vie si élevé, il s'avère que cette perception de la situation est en train d'être balayée...encore une fois, la perception d'une chute plus violente que jamais s'avère nettement plus convaincante que tous les artifices de la communication. Mais je vais arrêter de me répéter, et plutôt montrer concrètement ce que j'exprime ici.




La Crise du capitalisme, tentaculaire, devient un prisme absolu


Les pirates, la Somalie et Wall Street



Wall Street : "Pourquoi nous n'avons pas pensé à prendre des otages ?"
[Source : Ben Sargent - Austin American-Statesman]



Wall Street : "Ces somaliens nous font à tous une mauvaise réputation" [Source : Stuart Carlson]


        La situation au large de la Somalie, bien connue maintenant en France, vient de faire son coming-out dans la médiasphère américaine, après un assaut de l' U.S. Navy sur des pirates somaliens. Dans un premier temps, les réactions furent unanimes : les somaliens n'ont aucune excuse, il faut les traquer sans pitié. Il semble que les caricaturistes n'ont pu s'empêcher de faire le lien avec le traitement et la perception de l'attitude de Wall Street.

        De la même manière que les "Wall Street guys" se sont vus comparer dans leur ensemble, y compris au niveau de leurs actions, au maintenant célèbre Bernie Madoff et à son schéma de Ponzi, le secteur financier se voit aujourd'hui comparer avec la piraterie...on peut s'attendre à ce que ces comparaisons entre banquiers et escrocs du moment s'étendent et se reproduisent de plus en plus, reflétant en cela l'extension d'une Crise qui devient prédominante dans tous les esprits.

        Les dessinateurs ci-dessus sont des démocrates, certes, même si les attaques de ces derniers contre le capitalisme n'ont jamais atteint une telle ampleur. Mais le dessin ci-dessous est d'un dessinateur républicain, et lui aussi rapporte une analogie - et il n'est pas le seul de ce côté politique - , cette fois-ci avec le Congrès U.S. en pirates mettant en danger une politique économique libérale - "de libre marché" pour ceux qui y adhèrent - américaine vue comme indestructible. Les tensions politiques sont de plus en plus fortes Outre-Atlantique, l'écart de plus en plus large entre ces deux visions, et en tout cas on observe nettement la prédominance de l'économie - de sa chute à grande vitesse plutôt - sur toute autre information.




Le chien de la Maison Blanche


Obama : "Celui-ci n'est pas réparé..." [Source : Gary Markstein - Milwaukee Journal Sentinel]


        La famille Obama a choisi la semaine dernière le nouveau chien de la Maison-Blanche. Un gentil petit chien, qui aura mobilisé les médias pendant deux bonnes journées complètes. Il était trop dur pour les caricaturistes de ne pas tenter une analogie de la même eau que celle des pirates...celle-ci me semble figurer parmi les plus amusantes - dans le dessin notamment.





La communication incapable d'endiguer la réalité, ou l'échec du virtualisme


Signes encourageants de reprise !
  • L'indice de confiance des consommateurs est fort dans des secteurs-clés (alcools) ...
  • Certains biens non périssables se vendent mieux (tentes) ...
  • Les banques relâchent le crédit ("...nous voulons seulement votre second enfant !") ...
  • Croissance dans l'immobilier (vente aux enchères de maisons : "Vendu ! Pour un dollar !!!") ...
[Source : Jack Ohman - The Oregonian]



"Nous avons touché le fond." - Economistes de la Maison Blanche
Question : N'avons-nous rien appris des dessins animés de Bip-bip et le Coyote ??
[Source : Steve Sack - Minneapolis Star Tribune]


        Notre époque est définitivement celle de la communication, son avatar le plus puissant étant le virtualisme - qui tend à non plus modifier mais carrément renverser une perception donnée de la réalité. Seulement, la communication est une arme pouvant produire de brusques retours de flamme, et elle est à utiliser avec précaution, en particulier quand le message est très différent de la perception par les "cibles" de la réalité. Et quel que soit le message, son utilisation permanente et outrancière finit, après un certain temps, par anesthésier les hommes qui y sont soumis ; et in fine par rendre le message inopérant - voire à le retourner contre l'émetteur.

En ce moment, le contexte est extrêmement défavorable à la communication des élites mondiales [1] :

  • Celles-ci, au niveau national, ne font plus de distinction dans l'utilisation de la communication depuis des années, l'utilisant à pleine puissance pour les sujets et polémiques les plus futiles aussi bien que pour les enjeux internationaux. Le résultat était prévisible : si cette arme permet encore de se tirer d'enjeux faibles, elle n'a plus assez de puissance pour appuyer les enjeux forts. La communication d'Etat est une guerre assymétrique menée contre les citoyens, et l'utilisation déraisonnable de la force psychologique ne peut que mener à réduire sa puissance intrinsèque en endurcissant les receveurs du message.

  • Mais surtout, la communication, si elle peut vous faire passer des vessies pour des lanternes, doit tout de même être suffisamment proche - ou pas trop éloignée - de la perception de la réalité qu'en ont les "cibles" visées, or cette perception est actuellement bien plus proche de la réalité effective du systême dans lequel nous vivons - attention, point de vue totalement subjectif, je conçois que d'autres estiment que c'est l'inverse et que c'est le pessimisme vis-à-vis du Joli Marché qui cause cette perception éloignée d'une réalité qui fonctionne en fait très bien - qu'il y a encore quelques mois ou années. Qui aurait cru en 2002 que Jean-Marie Messier écrirait un livre pour dénoncer les abus du systême économique mondial actuel ? Que Jacques Attali, magré ou grâce à son indécrottable optimisme, publierait Paul Jorion puis passerait des mois à faire amende honorable dans les médias ?


        Pour le (re)dire en quatre mots : ça-ne-marche-plus. Et les armées de communicants ne comprennent pas. Ils continuent d'utiliser l'artillerie lourde, pleine puissance, parce que ça doit marcher, le message doit pénétrer nos têtes de mal-comprenants, on connaît notre métier bordel : "Le-G20-s'est-très-bien-passé-on-a-refondé-le-capitalisme-qui-est-le-seul-systême-économique-possible-d'ailleurs-la-confirmation-c'est-que-le-marché-remonte-c'est-donc-la-reprise-on-repart-comme-avant-arrêtez-de-vous-méfier". Se sont-ils même aperçus que la Crise engendrait un doute si terrible et des changements de perception si grands que les doxas [2] et figures d'autorité établies reposent sur des pieds d'argile ?

        On le voit dans les dessins ci-dessus, cette situation passagère d'inefficacité de la communication [3] des élites politiques et économiques semble flagrante, à la fois brisée dans son message par éloignement de la perception des cibles et dans les armes utilisées les plus fréquemment aujourd'hui, comme l'appel à des figures d'autorité reconnues ou aux doxas en vigueur. On le voit ici, avec des dessins de presse plus ironiques et durs que jamais - et on remarque le même phénomène chez les humoristes politiques.


Le G8 G20 [aux 172 autres pays] : "Eh ! Nous pouvons vous aider à surmonter vos tourments"
[Source : Gado - traduction espagnole Cartoon Web]


        Le dessinateur kenyan Gado nous montre, lui, comment cette inefficacité passagère de la communication des élites concerne également le message international des pays "forts" aux pays "faibles" . Les populations de ces pays "faibles" se sont - de leur point de vue bien sûr - fait rouler dans la fine farine de la communication entre états, en particulier en ce qui concerne la réussite permanente et inarrêtable d'un capitalisme qui devait les amener à la richesse. Cinquante ans et la Crise plus tard, il n'est plus possible de le leur faire croire malgré tous nos efforts. De la même manière que sur la scène intérieure des pays riches, l'utilisation de la communication par les "élites" a été outrancière depuis trop longtemps, et est en ce moment trop déconnectée de la perception majoritaire. Les prochaines années vont être celles du flou des doxas dans beaucoup de domaines, et les communicants font une lourde erreur en prenant comme point d'appui majeur de leurs prestations des doxas pas encore disparues mais qui sont en train de dangereusement vaciller sur leurs bases.





Un pessimisme devenu réalisme, et confirmé dans sa justesse semaine après semaine


Obama : "Nous ne devrions pas bâtir cette économie sur un tas de sable" [cette parabole du sable, reprise d'après des paroles tenues par Obama, est moquée dans ce dessin, le sable représentant la dette publique]
[Source : Michael Ramirez - Investor's Business Daily]

Oncle Sam à la Statue de la Liberté : "As-tu conservé le reçu du moment où nous avons vendu notre âme à Wall Street ?"
[Source : Joel Pett - via Cartoon Web]


  • Vignette 1 : "J'espère avoir un niveau de vie correct quand je serai grande." "Réfléchis encore. Ma génération vous a affecté d'une énorme dette."
  • Vignette 2 : "Donc je ferai mieux de faire des études supérieures pour avoir un bon travail." "Réfléchis encore. Ma génération a fait exploser le prix de l'éducation supérieure."
  • Vignette 3 : "Alors je trouverai un travail industriel bien payé" "Réfléchis encore. Ma génération a délocalisé ces emplois."
  • Vignette 4 : "Alors je créerai mon entreprise." "Réfléchis encore. Ma génération vous a rendu dépendant de créditeurs étrangers."
  • Vignette 5 : "Mais trouve du travail, comme ça vous pourrez payer les avantages sociaux de ma génération quand nous partirons à la retraite."
  • Vignette 6 : "Réfléchis encore."


        Nous sommes donc dans l'air du flou : la seule chose qui semble certaine, bien que beaucoup ne le voient pas encore, c'est que la doxa économique actuelle est hors-jeu - et donc, mais je me répète, toute communication s'appuyant dessus. Ces dessins, en dehors du premier - Michael Ramirez est mon dessinateur républicain préféré, je le confesse - , reflètent cette situation. Le désarroi est total, et si on peut en retenir une chose, c'est que les américains sont perdus.

 
        Le dernier dessin reflète cela à la perfection : on reste dans une logique de systême économique actuel, et il apparaît que rester dans cette logique revient à courir vers le mur. Une autre voie est encore loin de se dégager - en dehors d'un communisme qui en profite pour se faire bien voir de ceux qui ne l'ont pas connu - ; mais la certitude que le capitalisme n'est plus un systême viable est assez avancée maintenant pour que la psychologie des populations ne réagisse plus positivement aux vieilles recettes de communication d'une élite mondiale qui a probablement cru à la fable de la "la fin de l'Histoire" sous la férule du systême qu'elle promouvait - de la même manière que rien n'a fait plus mal à la communication des partis communistes internationaux que la chute du systême soviétique.





Quelques précisions de langage


[1] Elites mondiales, élites internationales, etc.

        Ces mots ne relèvent en rien d'une éventuelle théorie du complot. Ils reflètent la simple mise en oeuvre de la nature humaine, qui pousse justement à ce qu'un corps "d'élite" se constitue dans toute société humaine. Les intérêts communs et les ententes tacites expliquent mieux ce fait que n'importe quel complot.

        En France, un Cercle Interallié, par exemple, aboutit dans une démocratie à former des "groupes d'élites" et donc des doxas au sein de ces groupes, qui iront - presque toujours - dans l'intérêt même de ceux-ci. De la même manière que les doxas syndicales sont presque toujours favorables à la structure même qui régit ces syndicats.

        On peut en déduire que nos systêmes politiques fondés sur la démocratie sont imparfaits car pas assez - voire très insuffisamment - "intégratifs" de la nature humaine, pas que les "élites mondiales" fomentent forcément un complot permanent. Si l'aveuglement, la bêtise et le déni étaient le seul apanage de ceux qui ne sont pas en position de pouvoir, ça se saurait...


[2] Doxa

        Dans chaque domaine, dans chaque spécialisation, elle facilite la communication - au sens de transmission d'informations - entre êtres humains, en partant de présupposés théoriquement admis par tout le monde plutôt que de "refaire le monde" à chaque fois - les fameuses doxas.

        La communication - au sens de propagande - comme la dialectique - au sens de pur instrument d'argumentation - s'appuient en permanence sur ces doxas diverses et variées, plus ou moins en fonction des interlocuteurs, toujours plus quand le nombre de spectateurs - dans un débat - ou de cibles - dans une campagne de com' - augmente.

        Hors, pour la résolution de problèmes qui n'ont pas de solution absolue, l'utilisation des doxas perturbe le jugement plus qu'elle ne l'éclaire dès qu'il n'y a pas une égalité relative d'intelligence et de savoir entre les interlocuteurs - et donc que l'utilisation de ces doxas est reconnue comme telle et non dissimulée sous le "bon sens près de chez nous" ou "l'évidence" . C'est bien pourquoi on les utilise abondamment dans la propagande.


[3] Communication

        Le sens premier de communication, c'est la transmission d'informations entre individus. Je ne l'utilise pas ici, sauf dans la précédente précision de langage. J'écris communication dans ce billet - et la plupart des autres - comme il y a soixante-dix ans j'aurais écrit propagande, ce dernier mot n'étant alors au sein de la doxa ;-) européenne du moment pas encore entaché par les péripéties du nazisme.

        On remarquera avec un grand intérêt, d'ailleurs, que le mot "communication" ou "com'" est en train d'être définitivement connoté négativement. L'utilisation du mot propagande comme avatar négatif de la com' fait de moins en moins sens, la perception de ces deux mots par les hommes étant maintenant quasiment similaire.

        Ceci tendrait à confirmer l'impossibilité de pérenniser durablement une oeuvre de communication quand celle-ci transmet un message trop éloigné de la perception qu'en ont les "cibles" à ce moment-là - comme les clandestins en voie d'expusion nommés "retenus" - , ou quand cette perception se modifie profondément comme quand la com' apparaît pour ce qu'elle est à cause de l'utilisation maladroite et déséquilibrée - assymétrique pourrait-on dire - qu'en font nos sociétés.



Mercredi 22 avril 2009
- Par Moktarama
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        Les dessins de cette semaine sont bien évidemment dictés par l'actualité de la Crise, qui pèse tellement maintenant sur la marche du monde qu'il en devient difficile de traiter un sujet qui n'y soit pas lié. Ainsi, l'Union Européenne continue de montrer son cruel et évident manque de vision et d'efficacité dans des décisions qui s'apparentent quasi-systématiquement à des demi-mesures consensuelles ; et ce à un moment pourtant crucial de son existence. Les États-Unis, quand à eux, voient la situation se durcir socialement, notamment au travers de la prise de conscience de nombreux citoyens de la middle class de la gravité de la(leur) situation, dans un contexte d'effondrement d'un systême économique quasiment conssubstantiel à l'américanisme.




Union Européenne : frilosité de l'aide aux pays de l'Est

À deux vitesses [Source : Joep Bertrams - Het Parool - traduction anglaise Cartoon Web]


        Ce dessin traduit parfaitement l'impression qui domine en Europe. Les pays de l'ex-bloc de l'Est, qu'ils soient membres ou non de l'UE, sont pour une majorité en chute libre, et ce à tous les niveaux qu'ils soient économique, financier et maintenant de plus en plus politique. L'Union Européenne, après avoir tergiversé durant plusieurs semaines, a finalement décidé - pour changer me direz-vous - d'opter pour la demi-mesure. Les dirigeants des gros pays de l'eurozone ont ainsi déclaré que les problèmes étant différents dans chaque pays, le plus approprié serait une aide au cas par cas, sans plan de grande ampleur mis en oeuvre à l'échelle du continent.

        Pour le moment, cette (non)décision semble n'avoir même pas ralenti la chute des économies - ni des devises pour les pays non inclus dans l'Euro - , tandis que les inquiétudes se font de plus en plus grandes concernant les centaines de milliards de prêts effectués par les banques européennes dans les pays de l'Est. Il semble que la mesure n'ait pas encore été prise de la violence du choc : ce dernier pouvant abattre les plus grandes banques continentales - aussi bien en Suisse qu'en Italie, Allemagne ou France - , dans l'optique d'un non-changement de systême économique, mieux vaut aider massivement les économies des pays de l'Est que de devoir nationaliser en catastrophe une grande partie du systême bancaire européen. Ce n'est pas l'option choisie pour le moment, ce qui nous fait revenir au dessin ci-dessus...et à un commentaire de Paul Krugman [traduit par Contre-Info] sur le sujet : "En Europe, les dirigeants ont rejeté les demandes appelant à la mise en place d’un plan de sauvetage des économies de l’Europe de l’Est en difficulté. Ils se sont seulement engagés à fournir un soutien au « cas par cas ». Cela se traduira par une lente hémorragie de fonds, et n’aura aucune chance d’inverser la spirale descendante."




La popularité d'Obama ne se dément pas

Reaganesque : Sondages d'opinion en hausse[Source : Steve Benson - The Arizona Republic]


        La réalité est ici nettement plus nuancée, mais j'aimais beaucoup cette caricature de Steve Benson - dont on aura compris qu'il est un dessinateur démocrate. En effet, si Obama a joui jusqu'à présent de bons sondages d'opinion, en hausse presque constante depuis un mois, ceux-ci sont en train de relativement se tasser, compte tenu notamment de la polarisation engendrée par l'échec évident de la volonté politique bipartite - une forme d'Union sacrée contre la Crise - de l'administration Obama. Ses prises de position contraires au systême depuis son intronisation se font de plus en plus voyantes, et cela fait déjà quelques semaines que des accusations de leftism ou de socialism sont lancées de toutes parts. On observe ainsi l'augmentation des mécontents, malgré une stabilité des "satisfaits" , ces derniers restant supérieurs à ce qu'il en était à la même période pour les deux précédents présidents des États-Unis. A titre presqu'anecdotique, on notera que l'extrême faiblesse actuelle du parti républicain ne peut qu'être favorable à l'administration Obama vu leur complet et brutal refus de coopérer.




Incompréhensions et lutte des classes aux États-Unis

"C'est incroyable ! Ils[les classes moyennes] commencent à répondre..." [On notera l'éléphant emblême des républicains, en bas à droite] [Source : Tony Auth - The Philadelphia Inquirer]


        La Crise met soudainement en valeur, en les rendant brutalement évidentes, ce que tout le monde avait sous le nez depuis une décennie : aux États-Unis, les plus riches citoyens - les Top 1% qu'évoque le dessinateur - ont mené ces dernières années une féroce guerre de classes, qui fut parachevée par Bush-fils et ses huit ans de réductions d'impôts pour les plus riches. La richesse n'a toutefois pas vraiment - voire pas du tout - ruisselé, et la répartition des richesses produites fut de plus en plus inégale ces dernières décennies, ce qu'on pourra constater de manière très concrète dans cet article de Contre-Info qui relate les conclusions d'un rapport fédéral américain de leur Cour des Comptes.

        Seulement, la mise en valeur de cette réalité, et tant les mesures prises par l'administration Obama que la colère montante des citoyens des classes moyennes et pauvres ont déclenché l'ire des plus riches du pays, estomaqués par tant d'impudence. Quoi, on ne viendrait pas les quérir pour chercher les solutions, alors qu'ils en ont qui permettraient de relancer la machine pour quelques années ? Chose inimaginable il y a encore quelques mois, on voit l'association démocrate ACORN - avec le Home Defender Program - soutenir des comités de propriétaires expulsés pour faire de la résistance passive et active aux forces de l'ordre. Les médias se penchent sur ces millions de vies dont l'énorme crédit seul permettait de maintenir un niveau de vie considéré comme usuel, et dont on voit aujourd'hui qu'il est insoutenable pour une part croissante de la population américaine. Avec le capitalisme actuel, c'est un peu de l'american dream qui s'envole pour les citoyens américains.

        Il me semble que nous sommes ici en face d'un phénomène général aux pays développés, certes sous des formes très différentes, d'une profonde colère d'une partie de la population - qui pourrait devenir majorité - qui ne croit plus aux rêves déçus qu'on lui a fait miroiter. Les faux-semblants éclatent sous la pression des évènements, personne ne peut plus prétendre qu'un modèle est le seul valide - si même un modèle valide peut être trouvé - , les idées reçues et répétées pour certaines en boucle jusqu'à la nausée apparaissent pour ce qu'elles sont : des incantations qui ne se vérifient que dans des situations très particulières et qui négligent ce facteur cruciel qu'est la nature humaine. Il n'est que de voir les aplatissements contrits de nos grands éditorialistes et chroniqueurs, qui semblent tout étonnés que des hommes aient eu le culot de faire passer leur intérêt personnel avant l'intérêt général : il semble pourtant que cette attirance particulière pour le bénéfice personnel soit une constante chez l'Homme. Et par conséquent, que tout faire pour éviter que cette attraction naturelle ne déstabilise le service de l'intérêt général devrait être l'objectif premier de tout systême économique et social - nonobstant les indices économiques de "richesse moyenne par habitant" ou "d'objectifs de croissance" qui seuls prévalaient ces dernières années.


Mardi 17 mars 2009
- Par Moktarama
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