Franz-Olivier Giesbert (d'un peu trop près) [Source : rsepulveda -
Flickr]Franz-Olivier Giesbert : Moi, je ne me prononce pas sur cette affaire Coupat. Parce que...ce serait effectivement intéressant de voir comment la justice va traiter cette affaire, vu que pour l'instant on n'en est que dans la phase policière.Tout d'abord, on notera que si l'enquête est effectivement toujours en cours, un juge d'instruction de la section antiterroriste du Parquet de Paris a été saisi...considérer que la justice n'a rien à voir dans l'histoire pour le moment, alors qu'un homme est en détention préventive et quasiment au secret depuis six mois, pourrait sembler, disons, réducteur [9] . FOG, toutefois, compte bien s'intéresser à l'affaire dès lors que la partie judiciaire commencera. En gros, tant que Julien Coupat reste en préventive, il peut être sûr que FOG n'ira pas s'intéresser à la justice - ou l'injustice, c'est selon - de la situation. Il me semblait pourtant qu'il y aurait plus à dire de ces lois antiterroristes, fortement durcies ces dernières décennies [10] , lois d'exceptions qui sont appliquées pour des cas finalement bien différent de ceux pour lesquels on nous avait vendu ces durcissements successifs [11] .
Franz-Olivier Giesbert : En même temps, c'est une information troublante, je ne vois pas pourquoi...Pas mieux que Didier Porte. Je ne vois pas ce que cette information a de troublante, ou en quelconque rapport avec "l'affaire" de la "bande de Tarnac" . Même les articles qui s'attachaient à décrire Julien Coupat, et notamment son apparence indubitable à la petite bourgeoisie, ne se sont pas attachés à décrire avec un tel luxe de détails ce genre de non-information [12] . Quand à la référence à la ville de Manosque et son rapport avec l'innocence, comprenne qui pourra...
Didier Porte [qui l'interrompt] : Troublante ?
Franz-Olivier Giesbert : Oui, troublante, ca mérite quand même interrogation. Vous ne pouvez pas dire aussi que quelqu'un qui vit à Manosque, où j'ai vécu, est forcément innocent de tout, je ne sais pas, et peut-être que...
Franz-Olivier Giesbert : ...vous savez, le travail de la police, pour moi, il ne fait jamais foi, en même temps ce sont des informations tout à fait intéressantes alors Gattegno il a fait son boulot, il ne se fait pas auxiliaire de la police, il prend les informations, il les publie, bon, après on verra la suite.Traduction : je n'ai pas que ça à faire de vérifier si l'information mérite d'être publiée, si j'ai débauché Gattegno ce n'est pas pour brider son talent naturel. En fait, le travail de police "ne fait jamais foi" , mais si Gattegno prend les informations - qui ne font pas foi, donc - et les publie telles quelles [13] , FOG s'en fout, "on verra la suite" .
Franz-Olivier Giesbert : Moi je crois que c'est très important, que c'est très important de toute façon dans tous les cas de figure ...Si Julien Coupat est coupable d'avoir effectivement posé un häkenkralle - fer à béton en U - sur un caténaire, alors cela justifierait une inculpation au motif de terrorisme [14] ?
Didier Porte [qui l'interrompt] : Oui, enfin là ça fait six mois !
Franz-Olivier Giesbert : Oui, bien sûr, mais attendez il est peut-être coupable, c'est déjà arrivé pour d'autres ; je veux dire, moi, ce qui me scandalise et alors à ce moment là, vous verrez la machine du prince se mettre en route [c'est quand ils sont innocents] . Effectivement, de temps en temps, c'est le systême français d'ailleurs, vous avez des innocents qui restent en prison, vous avez eu l'histoire Outreau, et en dehors de cette dernière on sait très bien qu'il y a beaucoup d'innocents, je ne sais pas quoi, des charcutiers-traiteurs, de vagues histoires fiscales, des choses comme ça, qui sont envoyés au prison, au gnouf, et dont à la limite on n'entend plus jamais parler, donc effectivement, à la fin de l'affaire, il faudra se prononcer...
Franz-Olivier Giesbert : ...mais en même temps, je ne vois pas pourquoi il y aurait des informations qu'on ne pourrait pas publier, si vous voyez ce que je veux dire. Moi, j'ai toujours cette théorie, et ça c'est la ligne du Point, d'ailleurs, c'est qu'on publie toutes les informations quand elles sont vérifiées, même si c'est en contradiction avec ce que j'appelle la ligne éditoriale. Je trouve qu'il est très important pour un journal de publier des informations qui l'emmerdent, et ça on y tient, au Point on le fait toujours.J'ai du mal à saisir le propos : Le Point a une "ligne éditoriale" , ainsi qu'une "ligne" qui veut qu'on publie également ce qui est contraire à la "ligne éditoriale" ? Cette "ligne" pousse donc, en dehors de la "ligne éditoriale" , à publier toute information vérifiée ?
Franz-Olivier Giesbert : Dans le cas de Coupat, je vous assure que ce ne sont pas des informations qui nous font plaisir ou qui nous emmerdent : elles sont là, on les prend, et si on a une information contradictoire demain, on la publiera. On fera d'abord du journalisme contradictoire.Je vous laisse mesurer l'état de la profession de journaliste aujourd'hui. C'est ce genre de choses qui permet de mettre au même niveau un rapport de plusieurs dizaines de pages avec quatre phrases à l'emporte-pièce d'un porte-parole quelconque. C'est le journalisme contradictoire - qui prétend donner la même place aux informations contradictoires - ; qu'on met en opposition au journalisme engagé - qui ne pourrait pas délivrer une information "objective et neutre", contrairement au journalisme contradictoire. C'est le journalisme "objectif et neutre", qui prétend distribuer de l'information contextualisée sans exprimer de point de vue, et étouffe toutes les autres formes en les réduisant à un journalisme "engagé" qui ne pourrait ontologiquement être digne de confiance.
Stéphane Bern : on fera le rapport avec le prix de l'immobilier dans les prochains numéros sur le prix de l'immobilier.Didier Porte se montre particulièrement maladroit dans son interruption, en permettant à FOG de dérouler des évidences telles que la diversité des sources journalistiques. De reste, pour FOG, Hervé Gattegno travaille, Hervé Gattegno "check" , Hervé Gattegno est un journaliste qui vérifie, Hervé Gattegno est sûr de son fait. Il est vrai qu'Hervé Gattegno vilipende internet parce que "Si dans la presse, un journaliste publie une fausse information, la profession va s’en émouvoir, et il en découlera une rectification, voire une sanction" alors que "sur Internet, il n’y a pas de manquements car il n’y a pas de règles, c’est la jungle" car lui, Hervé Gattegno, ne publie effectivement jamais de fausses informations, et en tant que rédacteur en chef, n'en laisse pas passer. On avait compris que c'était en effet la "ligne" suprême du Point.
Franz-Olivier Giesbert : Qu'il est méchant celui-là, c'est devenu une teigne depuis qu'il est à France Inter...
Didier Porte : Ca sentait un peu l'info balancée par les flics, voilà, c'est tout.
Franz-Olivier Giesbert : Oui mais voilà, attendez, on fait des journaux avec des informations qui sont balancées par des flics, par des avocats, par des truands, on vérifie, Hervé Gattegno est un journaliste qui vérifie, qui "check" , enfin je veux dire que c'est quelqu'un qui travaille, donc, euh...vous dites vous-même que c'est un très bon journaliste [18] , il est sûr de son fait quoi.
Franz-Olivier Giesbert : Et après, si il y a une information qui contredit tout ça, vous pouvez me faire confiance, Le Point la publiera, parce que nous on publie les démentis, contrairement à beaucoup d'autres journaux, et je trouve c'est une mauvaise époque, ça, dans la presse.Nous faisons également confiance à FOG pour publier la réponse de Julien Coupat au Point : "Julien Coupat raconte ses déboires immobiliers" , ça devrait d'ailleurs parfaitement s'insérer dans la rubrique "Conseils pratiques" du prochain numéro du Point sur l'immobilier - qui va remonter, n'en doutons pas.
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