Caricatures de la semaine [Mises à jour]

Publié le par Moktarama


Ce billet a été mis à jour le 22 mai 2008, avec de nouveaux dessins de presse sur les thèmes traités, ceux-ci ayant persisté cette semaine et certains étant fort drôles. Chaque mise à jour est faite dans une des quatre parties de ce billet.


        Cette semaine, et j'espère pour le plaisir des lecteurs anglophones, chaque thème abordé contiendra également une vidéo sur le sujet, provenant des deux émissions satiriques - et jumelles - américaines que sont The Daily Show et The Colbert Report. Nous verrons comment fut perçue la visite du pape au Proche-Orient, comment Nancy Pelosi et le parti démocrate américain se débrouillent pour se détacher de la politique d'institutionnalisation de la torture au sein de la CIA, ce que reflète la présence forte et inattendue de Dick Cheney dans la "médiasphère" américaine, et enfin nous pourrons nous satisfaire - fort égoïstement certes - de ce que les français n'aient jamais adhéré à la conception américaine de la "carte de crédit".





Benoit XVI en Israël, un voyage où la géopolitique l'a emporté sur le religieux


[Source : Joep Bertrams - Het Parool - traduction anglaise Cartoon Web]


        L'étape du pape à Jérusalem faisait partie d'un voyage de quelques jours au Proche-Orient, avec une volonté, selon La Croix, de "pèlerinage religieux et politique" . Si le côté religieux du voyage vous intéresse, je vous invite à lire cet article de La Croix - certes quelque peu enthousiaste - intitulé "Le voyage de Benoît XVI au Proche-Orient, le plus riche de son pontificat" , qui détaille les moments "forts" , à l'occasion desquels Benoît XVI a affiché une grande ouverture vis-à-vis des deux autres religions monothéistes. Mais ce n'est pas ce qui motive ces paragraphes, ni la caricature ci-dessus.

        En effet, la facette géopolitique du voyage de Benoît XVI, lors de son passage à Jérusalem, a complètement occulté médiatiquement l'aspect religieux. Le discours du pape au Yad Vashem exprimait pourtant une condamnation explicite du négationnisme ou même de l'oubli de la Shoah :
“Puissent les noms de ces victimes ne jamais périr ! Puisse leur souffrance ne jamais être niée, minorée ou oubliée ! Et puissent toutes les personnes de bonne volonté demeurer vigilantes à déraciner du cœur de l’homme tout ce qui peut conduire à des tragédies comme celle-ci !"

        Il semble que cela n'ait pas suffit à dissiper tout malentendu...certains israëliens lui reprochèrent alors de nombreux méfaits dont certains médias français se firent les porte-voix - bien aidés, il est vrai, par un Vatican complètement dépassé. Le blogueur Koz, habitué maintenant à éclairer la lanterne - avec plus ou moins de pertinence - de ceux qui ne prêtent qu'un oeil distrait aux affaires de la religion catholique, s'est fendu d'un billet fort intéressant sur le sujet : "L'homme en blanc" .

        Il n'est bien sûr pas impossible que la visite de Benoît XVI, à cette occasion, d'un camp de réfugiés palestiniens, donnant au passage de puissantes photos du Mur, mais aussi des déclarations claires en faveur d'une solution pacifique au conflit israëlo-palestinien ; aient contribué à ce jugement négatif dans certaines sphères du pouvoir israëlien. Benoît XVI, pour faire bonne mesure, s'est également "entretenu" dix minutes avec le premier ministre israëlien, et a par ailleurs eu droit à des commentaires élogieux de Shimon Perès. Gardons toutefois en tête que si cette visite fut médiatisée internationalement, les israëliens - et leurs médias - ne lui prêtèrent qu'une attention minime - comme à l'habitude.

        Pour diverses raisons tenant autant de la personne du Pape que de la teneur médiatique des évènements en passant par le fort intérêt américain pour ce qui touche à Israël, cette couverture internationale de l'aspect politique de la visite de Benoît XVI à Jérusalem  toucha également les Etats-Unis...Jon Stewart, démocrate et accessoirement juif ; ne s'est pas privé de se moquer des mécontents dans une émission qui n'a pourtant jamais manqué de ridiculiser les catholiques :






Mise à jour :

Le pape, roulant sur l'arête du mur de séparation :
Côté israëlien : "L"antisémitisme est totalement inacceptable"
Côté palestinien : "Une patrie palestinienne indépendante"
[Source : Arend van Dam]





L'hypocrisie du parti démocrate sur la "torture légalisée" en pleine lumière...
...Nancy Pelosi n'en finit pas de ramer dans les médias américains.



Le fil : "On ne nous avait pas dit que le waterboarding ou les autres techniques améliorées d'interrogatoire étaient en usage" [Source : Lisa Benson]


        Le président Obama, en prenant la décision de déclassifier un grand nombre de documents relatifs à la politique de torture sous l'administration Bush, ne se doutait peut-être pas que ces derniers allaient lui exploser à la figure lors de leur divulgation en avril de cette année. On y trouvait notamment les compte-rendus de toutes les réunions entre CIA et Congrès à propos de l'utilisation des enhanced interrogation techniques. On apprenait alors que la présidente démocrate de la chambre législative basse - un poste fort puissant dans la vie politique américaine - depuis 2006, Nancy Pelosi, était au courant de ces pratiques depuis une réunion du 4 septembre 2002...inutile de dire que cela a déclenché des polémiques, chez les républicains bien sûr - qui voient ici l'occasion d'impliquer des élus démocrates il est vrai très hypocrites quand à leur attitude passée à propos de la torture - mais aussi chez les démocrates les plus progressistes.

        Nancy Pelosi s'engagea alors dans une véritable bataille médiatique contre les républicains et la CIA, tout d'abord en admettant que ces techniques lui avaient été présentées mais qu'on lui avait également affirmé qu'elles n'étaient pas en usage, et sur un second front en attaquant la CIA qui aurait induit les élus du Congrès en erreur quand à l'utilisation de la torture :





        Seulement, le 11 mai, on apprenait qu'un des membres de son cabinet avait assisté à une de ces réunions en 2003, où l'on avait discuté de ces techniques de torture sans ambiguité quand à leur utilisation effective. Certains élus républicains, dans le même temps, n'hésitèrent pas à demander une commission d'enquête en se servant des déclarations d'Obama du mois précédent - celui-ci avait laissé planer le doute quand à d'éventuelles poursuites envers les responsables de l'institutionnalisation de la torture - ; et un des responsables de la CIA se fendait d'un courrier niant tout mensonge envers les élus du Congrès.

        L'ultime développement de cette affaire est la déclaration de Pelosi pour créer une commission afin d'analyser les erreurs de la Great War on Terror , ou comme elle le dit des "war on error" tactics...enfin pas tout à fait, car cela renforce d'autant plus la dernière - et désastreuse - décision d'Obama : il est revenu sur la fermeture rapide des juridictions d'exceptions pour les terroristes, ce qui soulève une déception à la hauteur des interrogations qu'il provoquait quand à la nature de sa volonté. La proximité de ces deux informations - certes de nature différente - me semble symbolique d'un certain "tournant du désenchantement" concernant le sujet si sensible des droits de l'homme, autant chez les électeurs démocrates que d'un point de vue plus international.



Mise à jour :


Rapport déclassifié de la CIA à propos des réunions sur la torture et la présence de membres du Congrès américain : page de présentation sur WikiLeaks ; et le document lui-même .



Nancy Pelosi [qui tient des "arguments pour le débat sur la torture" ] : "Euh...j'étais là...euh, je ne sais rien. Euh, la CIA m'a menti...euh."
Démocrates : "Arrêtez-là !" [Sur le mur : Dick Cheney était là]
[Source : Marshall Ramsey - Clarionledger.com]





Dick Cheney, vice-président méprisé, jette aux orties le "devoir de réserve"


Le dessin figure les deux filles du président Obama : "Papa, est-tu sûr que Mr Cheney ne travaille plus ici ? On a l'impression qu'il ne part pas !" "Oui, ce portrait commence à m'être très désagréable...ses yeux me suivent le long du couloir !"
[Source : John Darkow - Columbia Daily Tribune]




"Cheney est encore une fois de retour à la télévision pour convaincre les gens d'admettre qu'il avait raison."
 "D'accord ! D'accord ! Je dirais tout ce qu'il veut ! Contente-toi de le faire s'arrêter !"
En signature, Dick Cheney : "Ça fonctionne au bout de 183 fois."
[Source : Tom Toles - The Washington Post]


        Dick Cheney, vice-président sous l'administration Bush, âme damnée de la politique présidentielle, comparé par Hillary Clinton au Dark Vador de Star Wars et profondément haï par l'électorat démocrate, était jusque-là un homme relativement avare de sa présence médiatique. Seulement, on ne l'a jamais autant vu défendre sa politique dans les médias américains que depuis qu'Obama et les démocrates sont au pouvoir, avec de plus en plus de force ces dernières semaines.

        Par exemple, dans une interview du 10 mai à l'émission Face the Nation sur la chaîne de télévision CBS - et abondamment commentée outre-Atlantique - , il défend pied à pied nombre de reproches qui sont faits à l'administration Bush. Il n'a ainsi "aucun regret" et est "toujours persuadé" que la politique menée vis-à-vis du terrorisme était la meilleure possible ; il a défendu le waterboarding parce que "sinon qui le fera ?" ; il s'exprime "parce qu'il l'estime absolument nécessaire" ; et il fait passer Bush pour un demeuré, qui aurait au minimum "signé des papiers à propos de la torture" mais sans pour autant que Cheney n'émette de conclusion sur sa connaissance ou non des pratiques :




[Transcription écrite en anglais de l'interview de Dick Cheney à Face The Nation le 10 mai 2008]

        La croisade médiatique de Dick Cheney a obtenu dernièrement la bénédiction des pontes du parti républicain, et est finalement tellement emblématique de ce dernier et de sa situation présente qu'il continue de séduire l'électorat républicain. Obama, de son côté, a fini par lui répondre par interview interposée ce dimanche, tant la voix de Dick Cheney se fait entendre, avec entre autres cette sentence - qui pourrait fort bien lui exploser à la figure vu son rétropédalage actuel à propos des lois d'exception - : "Je pense que ce qui est intéressant, c'est que d'une certaine manière, Dick Cheney a lui-même discrédité ce point de vue de l'intérieur de l'administration Bush" .

        Pour finir, je citerai l'article "Le joli mois de mai" de Dedefensa, qui expose fort bien ce que la présence médiatique actuelle de Cheney a d'incongru dans nos démocraties :
"Les attaques de plus en plus violentes de l’ancien vice-président Cheney contre l’administration Obama [seraient des signes d'une grande nervosité] . Il s’agit effectivement, comme le dit le commentaire, d’un comportement sans précédent pour un des deux élus suprêmes de l’administration précédente, qui respectent en général vis-à-vis de leur successeur un “devoir de réserve”, – ou une Omerta du milieu, si l’on veut une autre expression, plus exotique mais pas vraiment déplacée."


Mise à jour :


L'ex vice-président Cheney honore d'une visite la scribe de l'histoire :
"Écoutez - tout ce que vous avez écrit est un paquet de merde. Laissez-moi modifier ça pour vous"
Petit personnage à gauche : "Éloignez vos pattes maladroites de là, Monsieur." [Source : Pat Oliphant]





La credit card debt, ou le possible prochain écueil de la finance aux États-Unis



- "Vous êtes en retard pour le paiement de votre carte de crédit parce que ?"
- "Mais nous vous avons informés par télépathie de l'augmentation de 30 % des intérêts perçus à la dernière équinoxe..."
- "Ne nous accusez pas alors que les conditions du contrat étaient clairement énoncées dans [une police de caractère totalement illisible et minuscule] à la page 37, addendum A-4/92"
- "Vous appellerez votre député !!?? D'accord, vous pourrez lui parler après qu'il aura fini de rendre étincelantes les semelles de mes chaussures avec sa langue !!"
- "Ça ne s'est pas bien passé..."
[Source : Pat Bagley - The Salt Lake Tribune]


        Après les emprunts immobiliers dits toxiques qui firent chuter les banques américaine, voilà que se profile, et de plus en plus sérieusement avec l'avancée du pan économique de la Crise, la possibilité de vagues massives de défauts sur les dettes - souvent de l'ordre de plusieurs milliers de dollars par tête - des cartes de crédit. La panique commence à gagner des organismes de crédit qui étaient déjà fort connus aux États-Unis pour leurs pratiques détestables, ressemblant souvent plus à de l'extorsion de fonds qu'à une activité de crédit "normale".

        Or, il est intéressant de constater que ces pratiques se sont accentuées ces derniers mois, dans le but très évident - et de la même manière que les banques, qui d'ailleurs possèdent ou sont liées avec un grand nombre des organismes de cartes de crédit - de tenter de se renflouer en tondant à court-terme leurs clients. Cela se voit d'autant plus que nombre d'américains connaissent des problèmes économiques, et malgré les petits couinements de l'industrie, les élus du Congrès se sont "emparés" du sujet.

        Pour être plus précis à propos de la situation, la banque centrale américaine a décidé à la fin de l'année dernière de poser quelques contraintes minimales pour encadrer les pratiques des organismes gérant les dettes des cartes de crédit, et le mois dernier une loi reprenant ces principes a été votée par la Chambre des Représentants, loi qui va passer au Sénat et sera peut-être un peu "durcie" lors de ce second vote. On reste toutefois très loin des bases qui seraient nécessaire à une régulation stricte, cette fort puissante industrie ayant pour le moment - cela pouvant changer si la situation se dégrade - la possibilité de faire encore passer leur lobbying.






Mise à jour :

"Mauvaises nouvelles...Obama et le Congrès n'approuvent pas notre approche agressive avec les détenteurs de cartes de crédit..." [Source : Gary Markstein - Milwaukee Journal Sentinel]



"Je ne pense pas qu'il soit en train de nous lire nos droits !" [Source : R.J. Matson]


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