Plan Obama pour l'Afghanistan, chronique d'un échec annoncé

Publié le par Moktarama


        Ce qui suit est la traduction d'un article paru sur le blog Free Range International, nom d'une petite compagnie de sécurité tenue par deux mercenaires et travaillant notamment à la protection de petites équipes civiles de reconstruction - ou de développement - en Afghanistan, comme par exemple le FabLab à Jalalabad qui travaille à délivrer un point d'accès de communications à la ville et qui est propulsé par une équipe réduite du MIT.

        L'auteur de l'article est Tim Lynch, ancien Marine, qui décrit sur le blog les stratégies employées par les forces de l'ISAF, et pointe avec une subjectivité assumée ce qui lui semble contraire aux objectifs de son pays. Indubitablement patriote, il juge pourtant très sévèrement les actions militaires de l'ISAF en Afghanistan, et touche au final directement à la politique promue par les États-Unis et leur alliés en observant chaque jour comment la centralisation semble ineffective pour la reconstruction de l'Afghanistan. Lui-même est un fervent partisan d'une vraie décentralisation et de la composition de petites équipes civiles et militaires vivant au sein de la population afghane. Il condamne également régulièrement les dérives engendrées par l'aversion au risque humain - des morts à la guerre, pour sortir de l'allusif - des armées occidentales, notamment au travers de tactiques exclusivement passives - la bunkerisation en bases fortifiées et les convois - ou presque.

        Dans cet article, il décortique le "nouveau" plan Obama pour l'Afghanistan, qui se veut identique dans l'esprit au plan Surge [Soulèvement] en Irak qui est pour le moment un relatif succès - compte tenu des formidables batailles internes irakiennes. Ce faisant, il détaille pourquoi les progrès sont si faibles après huit ans sur le terrain, et nous expose ses doutes quand à la validité du plan de l'administration Obama. Une seconde partie est constituée d'une réponse que l'auteur m'a fait, parlant plus spécifiquement de l'armée française et de sa stratégie actuelle.




Le plan Obama pour l'Afghanistan est-il dans son approche équivalent à « Surge » ou à « la même chose en mieux » ? - 29 mars 2009 - Free Range International



        Quand une bureaucratie aussi grande que le Pentagone doit prendre une importante décision à propos d'un problème aussi complexe que l'Afghanistan, les observateurs expérimentés savent qu'ils verront une approche choisie parmi deux possibles. La première (et de très loin la plus rare) option est un changement radical par rapport aux méthodes opérationnelles actuelles. La manière dont les soldats des forces spéciales gérèrent la bataille de Tora Bora pendant les débuts de la War On Terror - désolé, je crois que c'est maintenant « Overseas Contingency Operations » - est un bon exemple. Faisant face à un champ de bataille complexe, contenant des factions armées à la loyauté et à la motivation douteuses, ils ont improvisé en utilisant de petites unités pour manoeuvrer la puissance de feu au lieu de persister sans assez d'hommes.


        Leurs solutions ou « leçons apprises » selon Dalton Fury, le commandant de l'unité, ne furent pas enregistrées dans le systême de simulation « après l'action » de l'US Army, et elles ont été oubliées probablement parce qu'utiliser une approche réellement décentralisée est complètement étranger aux officiers supérieurs. La seconde approche faite par le Pentagone, de loin la plus commune, est de faire « la même chose mais plus vite et mieux » .C'est ce que les généraux tentèrent de vendre au président Bush quand lui-même promouvait auprès d'eux l'opération « Surge ». Et il apparaît que c'est ce que les généraux, ou plus probablement l'équipe de Sécurité Nationale, ont vendu au président Obama. Cela échouera. Lamentablement.


        Je n'ai vu qu'un seul document ces trois derniers mois qui montre une compréhension claire et cohérente de la situation en Afghanistan. Il a été écrit par le membre du Congrès Dana Rohrabacher et peut être trouvé ici. Dana Rohrabacher dit la vérité au pouvoir [NDT : « speaking truth to power », expression américaine] quand il écrit :

"L'Amérique met ensuite l'emphase dans l'établissement d'un gouvernement central basé à Kaboul en tant qu'autorité dominante en Afghanistant, quelque chose que personne – étranger ou Afghan – n'a été capable de faire depuis des siècles.


...Un vrai engagement vers la décentralisation du pouvoir et de l'autorité en Afghanistan n'est qu'une partie de la solution, mais une partie critique. C'est quelque chose que les commandants militaires, éduqués dans des chaînes de commandemant et des structures verticales [« top-down »], ont beaucoup de mal à comprendre."


        Les performances de notre corps d'officiers généraux en Irak comme en Afghanistan semblent appuyer notre membre du Congrès. Ils n'appréciaient pas et ont dû être poussés dans les opérations décentralisées qui fonctionnèrent si bien durant « Surge » en Irak. Ils ont été jusqu'ici opposés à l'idée d'opérer de façon décentralisée en Afghanistan, à la notable exception du « U. S. Marine Corps Special Purpose Task Force Afghanistan » . Cette unité a de manière répétée combattu des formations talibanes de deux à trois cents hommes avec juste des patrouilles renforcées, et a remporté ces combats sans coup férir. Ils profitent maintenant d'une totale liberté de mouvement et amènent la sécurité aux endroits reculés des provinces de Farah et du Helmland. Mais il n'y a que les « Marines » - l'US Army, qui continue à favoriser les immenses bases isolées desquelles ils forment des convois armés, n'est clairement pas inclinée à opérer de manière similaire et nos autres alliés n'ont pas les moyens (même ceux qui ont la volonté) de conduire une guerre de contre-insurrection combinant les différentes armes et sur un spectre large.


        Il y a de nombreuses raisons à cet état de fait, mais en attendant que nos alliés [NDT : pays de l'ISAF et US Army] soient séduis par l'idée de jeunes lieutenants et sergents effectuant les appels du champ de bataille, distribuant leurs forces quand et comme ils veulent, contrôlant les positions de délivrance des appuis aériens et au sol, ils ne seront pas capables de répéter le succès des « Marines ». Et cela prend des années d'entraînement dédié et spécialisé pour produire une organisation militaire qui a un biais en faveur de l'action et les capacités d'entraîner à son tour des officiers assez bons pour être de vrais leaders opérationnels. La géométrie du champ de bataille, rester calme quand les choses tournent mal (comme elles le font toujours) , maneuvrer vos hommes pendant que vous demandez un appui aérien et que le danger est proche – ce ne sont pas des journées faciles, et il faut les bons hommes avec le bon entraînement pour pousser avec un élan et une "lumière" suffisants. Plus important, il faut des officiers généraux avec le courage moral et les tripes pour reculer et laisser ceux qui sont sur le terrain se battre. Nous n'avons pas beaucoup d'officiers généraux de ce type. Vraiment pas beaucoup.



Tactiques défensives qui ne se conforment pas aux doctrines contre-insurrectionnelles, sont stupides, peu sûres, et engendrent des dégats. Voici trois voitures de soldats américains en uniforme, conduisant comme des dingues, sur la route de Jalalabad dans Kaboul. Ils seraient bien plus en sûreté s'ils se dispersaient, se fondaient dans le trafic local et roulaient de manière raisonnable comme les gens normaux font. Mais c'est trop amusant pour ces jeunes hommes de rouler si vite en bloquant la circulation, forçant les voitures plus lentes en dehors de la route, étant ainsi un emmerdement majeur aux yeux du public en général. Pas intelligent, pas sûr, pas raisonnable.



        Les grandes formations militaires ne sont pas seulement un obstacle pour progresser, elles sont complètement inutiles. Elles semblent être une partie d'une nouvelle stratégie, pas encore révélée mais dont on a eu des aperçus, qui consiste à contrôler la population des centres urbains et les routes principales tout en essayant d'apporter de l'aide au développement à la population rurale. Ceci, mes amis, était le plan soviétique – un plan qui a fonctionné assez bien pour amener environ 80 fois l'aide au développement lors des huit premières années si on compare avec nos efforts monstrueux, inefficaces et adverses au risque [humain]. Par ailleurs, c'est ce que j'entends en permanence de la part des Afghans – et je veux dire tout le temps - « Pourquoi le pays le plus puissant du monde ne peut-il pas faire mieux que ces soviétiques sans Dieu ? » . Que répondre ? Je ne sais pas, mais je sais qu'il y a des centaines de milliers de jeunes hommes au chômage dans ce pays, et chacun d'entre eux n'a qu'un unique but dans la vie, qui est de rassembler suffisamment d'argent pour se marier. C'est une motivation puissante dans une société qui bannit strictement tout contact entre hommes et femmes sauf s'ils sont de la famille proche ou mariés. Ces types iront où l'argent se trouve, et pour le moment les différents Groupes Armés d'Opposition du pays payent de nettement meilleurs salaires à celui qui posera un IED [NDT : bombe artisanale] ou tirera quelques coups de feu sur un infidèle.


        Maintenant, voilà quelque chose d'intéressant : à ce qu'on dit, Joe Biden et « le sous-secrétaire d'Etat James B. Steinberg, argumentèrent dans des réunions en faveur d'une stratégie de stabilisation minimale de l'Afghanistan qu'une source a décrit comme l'approche du « plus petit dénominateur commun ». » Dans cet article – de Bill Gerts que j'admire pour les très bons livres qu'il a écrit - , on peut lire que « La faction Holbrooke-Petraeus-Clinton, selon les sources, a prévalu dans les débats. Le résultat attendu est un programme militaire majeur et à long-terme pour réinventer l'Afghanistan depuis l'une des nations les plus arriérées et les moins développées à un état démocratique relativement prospère. »


        Je n'aime pas dire ça mais je suis du côté de Joe Biden dans ce débat. Pour avancer, il faudra utiliser de petites équipes combinant militaires et civils, vivant dans des campements fortifiés et travaillant avec les officiels afghans aux niveaux du district, de la province et de la choura. En utilisant la classique approche de la tache d'encre, nous devrions pouvoir mettre en place des équipes multiples dans les districts où la choura les aura invitées à venir et à aider. Le Pashtunwali [NDT : code d'honneur des pashtounes] fonctionne dans les deux sens et nous pourrions utiliser ce code à notre avantage en respectant notre invitation et en tenant les chefs responsables quand des problèmes se posent dans leurs villages respectifs. Car des problèmes arriveront, et il est important que nous fassions la démonstration de notre résolution et de notre engagement quand ils arriveront. La capacité à opérer, même dans des endroits hostiles, avec de petits groupes, est quelque chose à propos duquel j'ai déjà blogué dans le passé ici, ici ou encore là. Nous l'avons fait en 2001 et cela doit être fait à nouveau, parce que c'est efficace et peu coûteux. Mais, de manière encore plus importante, il y a un impératif documenté dans notre doctrine et encore ignoré par nos officier généraux, qui est : VOUS NE POUVEZ FORMER DE CONVOIS EN SITUATION CONTRE-INSURRECTIONNELLE.


        Cette tactique vous expose à la menace des IED, coûteuse en hommes et en matériel, et pendant ce temps vous ne gagnez rien, ne remportez rien, n'amenez rien aux gens que nous sommes supposés aider, en bref vous versez du sang américain pour aucune raison tangible, et ça mes amis, c'est un crime. Les tactiques passives d'aversion au risque coûtent plus que d'aller vers plus d'agressivité – contentez-vous de regarder les « Marines » dans le sud pour une validation - ; mais nous sommes en train de construire plus de FOB [NDT : Forward Operating Bases, véritables camps fortifiés dans les provinces, complètement coupés de la population] et d'envoyer plus de « patrouilles de présence » dehors pour se faire prendre en embuscade et tirer dessus par des ennemis qu'ils ne peuvent voir ou comprendre, parce qu'ils sont isolés des gens et n'ont aucune idée de quoi que ce soit de la situation hors de leurs FOB respectives.


        Le type d'approche dont je me fais l'avocat pourrait produire un état final acceptable par sa conception même. Allez dans les districts, faites et terminez les travaux d'irrigation, de construction des routes et des écoles, qui ont déjà été identifiés dans les plans des provinces, et retournez à la maison. Continuez votre effort d'entraînement des militaires afghans et utilisez les instructeurs embarqués [embedded] avec leurs unités comme une force de réaction rapide et localisée, et vous avez un plan qui se conforme aux doctrines contre-insurrectionnelles actuelles. Empreinte faible, efficace, coût ridicule au regard de ce que nous dépensons actuellement pour soutenir tous les personnels déployés ici et dont une vaste majorité ne quitte jamais les bases auxquelles ils sont assignés.


        Mais ce n'est pas ce que nous sommes en train de faire. Nous amenons plus de troupes et nous les plaçons dans des FOB. Il y a un « soulèvement » [NDT : référence à Surge] attendu des experts civils, mais les civils opérant avec les règles de sécurité du Departement d'Etat ou des militaires US sont isolés de la population et de peu d'utilité – ils ont tendance à frapper en premier à la porte du DFAC [Defense Finance & Accounting Center , centre de paiement du Pentagone en quelque sorte] , et à également se jeter en hordes sur le travail de bureau, ce qui ne mène à rien. J'ai été bloqué pendant sept jours de suite à Kaboul, sur le front de la bureaucratie et je suis amer. Il semble que que nous soyons en train de faire venir des experts pour aider le gouvernement central à construire les capacités pour l'administration de ces terres fractionnées. C'est un bel objectif, mais c'est surtout plus du même. Soutenir un gouvernement central, qui est clairement au moins autant un problème pour le citoyen afghan moyen que les seigneurs de guerre et les talibans le sont, ne va fonctionner correctement pour personne à part les entreprises qui auront remportées le lucratif contrat consistant à amener des « experts » civils ici. Ce « Soulèvement Civil » [NDT : encore le jeu de mot avec Surge-soulèvement] est supposé inclure des tas d'avocats et de juges. Qu'est ce que des avocats et des juges américains connaissent à propos des pratiques juridiques afghanes ? De ma perspective, celle d'un authentique patriote américain, je peux établir de manière non équivoque que :


  • Les avocats et juges n'auront aucun impact sur le systême juridique afghan.

  • Il n'y aura jamais assez de voitures piégées, d'IED ou de tirs directs des talibans autour de Kaboul pour vaporiser ces sacrés avocats tant qu'ils sont vulnérables et dans une zone de combats. (Je sais que les blagues d'avocats sont faciles, mais il est parfois dur de résister)

  • Donc s'ils font exactement la contribution que leurs pairs ont fait durant les huit dernières années (donc aucune contribution du tout) , et qu'il n'y a aucune chance que suffisamment d'avocats soient tués ici pour réduire leur nombre et leur impact parasitaire sur le peuple américain, pourquoi simplement les envoyer ici ?



Voici un un convoi de l'armée turque se dirigeant dans une FOB derrière un convoi de paras français. Les Turcs ne roulent jamais vite, se mèlent à la circulation et laissent libre le poste de tir en tourelle. Les civils afghans apprécient beaucoup les Turcs et leur laissent le passage pour marquer la différence entre la façon d'opérer des Turcs et celle des forces américaines, anglaises et françaises. A la tête du groupe de la photo se trouvaient deux camions remplis de membres des forces spéciales norvégiennes, qui voyagent comme je le fais, en voiture locale toute simple. Si j'avais réussi à prendre une photo d'eux, je crois que j'aurais été submergé de demandes de jeunes femmes. Ces types ressemblaient à de jeunes Vikings, et ils devraient être dehors à faire des actions efficaces quotidiennement plutôt que d'être obligés de circuler en convois hors de cette grande FOB.



        J'ai une idée originale. Pas si originale que ça, à vrai dire, je l'ai eue par Old Blue. De nombreuses autres nations sont ici sous le drapeau de l'ISAF. Ces alliés incluent des formations militaires en provenance de pays musulmans tels la Turquie [NDT : pays laïc toutefois] et les Emirats Arabes Unis. Pourquoi ne pas les amener au niveau provincial, que nos alliés musulmans puissent fournir un guidage juridique et administratif ? Oubliez l'idée d'avocats, de juges ou de responsables carcéraux américains qui ne connaissent pas la moindre chose à propos de ce pays et de ses habitants. Laissont certains de nos alliés musulmans prendre cette place et faire le travail. Mais le département d'Etat a déjà des programmes pour fournir des entraînements de police, de justice et de surveillants de prisons avec des nations étrangères comme mentors. Ils ne requièrent aucune réflexion originale ou de volonté de faire du sur-mesure, et peuvent être intégrés avec un effort et une supervision minimes par les bureaucrates surchargés du département d'Etat. Que ces programmes n'aient pas produit un iota de changement positif depuis qu'ils ont été mis en place il y a plusieurs années est sans intérêt (apparemment) pour notre gouvernement.


        Un autre point important : ces équipes mêlant civils et militaires devraient inclure des femmes. La raison est que les femmes, en Afghanistan, possèdent un pouvoir important au sein des murs familiaux. Elles ne pourront peut-être pas aller au marché sans être accompagnées d'un homme de la famille, mais dans leurs maisons c'est une autre histoire. Elles réprimanderont les hommes en un clin d'oeil si elles pensent que ceux-ci font des choses stupides. Maintenant imaginez ça : vous êtes un homme assis dans votre maison et vous dites à votre femme « Mohammad et moi allons sortir ce soir et mettre en place un IED pour de l'argent. » Combien d'entre vous pourriez dire ça et juste partir avec vos compères pour la nuit ? Vous pensez que les choses sont différentes ici ? Pensez à nouveau, les gars – les épouses sont les épouses et l'Afghan moyen devra faire ça à ses propres périls. Parce que les épouses aurons leur revanche – de manière effectivement indirecte. L'été dernier, quand Amy Sun [NDT : responsable du FabLab] et son équipe du MIT étaient là, j'ai pour la première fois réalisé combien le pouvoir des femmes est important dans la société afghane. Maintenant, le programme « San Diego Sister Sites » a ramené une autre jeune femme qui n'avait jamais été dans une zone d'après-conflits, et dont vous pouvez trouver le blog ici. Je ne la connais pas bien, et n'ai aucune idée de ce qu'elle expérimentera et fera durant sa visite, mais je connais l'Afghanistan et elle devrait apprécier – lisez son blog et faites-vous votre idée. Souvenez-vous qu'elle est en train de démontrer comment la liberté d'action et la capacité à interagir avec les populations locales sans aucune restriction peut amener une amélioration rapide des relations et de la compréhension de cette population. Nous avons une doctrine qui met en valeur ce point, mais nous n'avons pas de commandants désireux ou capables d'exécuter cette même doctrine.


Voici un extrait d'un récent rapport à propos de notre nouvelle stratégie en Afghanistan :

"La plupart des renforts américains sont déployés dans le sud du pays, un bastion taliban qui est l'une des régions productrices d'opium dans le monde. Les officiels US et de l'OTAN croient que le trafic de drogue procure aux talibans des milliards de dollars chaque année.


L'administration Obama espère couper l'herbe sous le pied des talibans en lançant une nouvelle offensive anti-drogues dans la vallée de l'Helmland et d'autres parties du sud de l'Afghanistan. La mission sera la priorité des renforts de troupes US.


Dans une des facettes du plan, les troupes US ou afghanes offriront aux fermiers afghans des semences de blé gratuitement pour remplacer les pieds de pavots produisant l'opium. Si les fermiers refusent, les personnels américains ou afghans brûleront leur champ, puis offriront à nouveau des graines de remplacements. Un officier supérieur américain a décrit cette approche comme l'effort du « carotte, bâton, carotte » ."


        Je suppose que ce morceau de sagesse stratégique a été béni par le nouvel ambassadeur - notre premier général d'active à devenir ambassadeur – qui était le responsable en Afghanistan il y a quelques années. A l'époque où le général Eikenberry prit le commandementt, nous pouvions rouler vers Kandahar sans problème. Quand il partit, les tirs étaient garantis sauf si vous étiez embarqué dans un convoi militaire – et beaucoup de ceux-ci se faisaient également attaquer. Il est impossible de générer « du changement en lequel vous pouvez croire » [NDT : le fameux « change you can believe in » du candidat Obama] en utilisant les mêmes personnes qui ont encore à montrer une pensée originale à propos de ce problème complexe. Carotte, bâton, carotte mon cul. C'est bâton, bâton et encore du bâton à la fin de laquelle le pauvre fermier vend sa fille de neuf ans pour 500 dollars, pour donner une chance au reste de la famille de passer l'hiver. Des graines de blé...mais qui pense à ce type de conneries ?


        Voici un autre petit conseil pour les militaires qui auront à mettre en place ce nouveau plan « plus mieux » . Un fermier afghan avec une culture de pavot en terre a contracté des dettes considérables pour faire démarrer cette culture. Détruire ses champs le laissera sans rien. Il sera forcé de vendre ses enfants pour régler sa dette envers les « seigneurs de la drogue ». Les champs appartenant aux gens riches et de pouvoir n'ont encore jamais été touchés par les équipes d'éradication des plants de pavot, et ne le seront pas avec la nouvelle stratégie parce que le gouvernement central afghan ne permettra pas qu'on y touche. Je sais que les médias disent que les drogues nourrissent l'insurrection et elles y contribuent certainement, mais les vrais gagnants dans le trafic de drogue sont les grands propriétaires qui louent les parcelles, les graînes et le fertilisant à des cultivateurs-loueurs. Ces grands propriétaires terriens peuvent être trouvés à Kaboul, Dubaï, comme à Quetta ou Peshawar. Notre gouvernement le sait, les médias grand public sont en train de le comprendre également. La grande majorité des talibans font leur argent avec le transport et la sécurité de certaines portions du flux de drogues, ce qui représente de la petite monnaie par rapport aux tombereaux que gagnent les propriétaires terriens.


        Donc, à mesure que le nouveau Surge se déroule, les mandarins de Kaboul se trouvent fort aises – il vont gagner des millions en procurant (ou en s'appuyant sur ceux qui le feront) des immenses et sécurisées FOB. Ils seront capables d'intercepter des millions en provenance des programmes de « tutorat » en matière de police et de justice, complètement ridicules et inutiles, qui ont déjà vu le déploiement de milliers d'officiers de police américains et européens à Kaboul où ils travaillent quotidiennement dans un batiment sécurisé en remplissant de la paperasse et en n'ayant absolument aucun impact sur la capacité de la police afghane à faire son travail. Il vont se faire de l'argent, sachant très bien que ces programmes si coûteux ne produiront rien d'utile pour l'afghan moyen, ce qui leur permettra de rester en place. Du changement en lequel vous pouvez croire ? Mais bien sûr...







À propos de l'engagement français


        Vous noterez que je publie régulièrement des images des forces françaises sur la route entre Kaboul et Jalalabad, je suis sur cette route régulièrement. L'armée française se déplace avec nettement plus de confiance : ils ne pointent que rarement (maintenant) leurs armes sur les véhicules civils et ne réagissent plus avec surprise quand des véhicules civils viennent vers eux rapidement dans les virages et tournants de la route n°1 .


        Je vais vous dire quelque chose : la manière dont ils se déplacent sur cette route n'est pas maligne et ils risquent une autre embuscade du type « Groupe Mobile 100 » ; je pense qu'ils seraient mieux utilisés en restant sur le terrain, coupant les convois vers la vallée d'Uzbin [NDT : lieu de l'attaque sur les troupes françaises l'été dernier] , et lorsqu'ils conduisent qu'ils le fassent de manière dispersée, en imitant les armées turques et afghanes.


        Comprenez que je ne sais pas tout : je n'ai aucune information de l'ISAF à propos de ce qu'ils font, et de ce que je sais, chaque convoi français se voit affecter un drône pour veiller en cas d'embuscade éventuelle, embuscades qui sont censées être réduites en pièces par un appui aérien suivi d'un assaut direct des forces françaises qui auront attendu en dehors de la zone dangereuse.


        C'est certes possible, mais à mon avis peu probable : aucune force militaire ici n'a démontré ce type d'élan dans leur formation tactique du champ de bataille. De plus, il serait impossible d'avoir assez de ressources aériennes en attente pour couvrir les nombreux différents convois qui circulent quotidiennement de Camp Warehouse à la vallée d'Uzbin et dans le district de Surobi.



Publié dans Dans le monde

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Corti 05/04/2009 02:00

En tout cas, tout ça me donne envie de me pencher sur la manière dont les soviétiques ont fait leur "travail"; Vais aller chercher des articles sur le sujet pour la peine, mais ça doit pas courir des masses.

Corti 03/04/2009 21:42

Wouah !Un article comme je les aime. Parce qu'à priori, pour cause de valeurs complètement opposées (à vue de nez, je n'ai pas checké à tout va son blog, je suis une quiche en anglais), je n'aurai jamais été capable d'envisager que nous pouvions arriver à un accord, autant au final, je suis satisfait de voir qu'on a un peu la même vision des choses. Mode ego : Ca me rappelle une discussion avec ma belle-mère qui disait que de toute façon, si un racisme/membre du FN proposait une idée, il fallait purement et simplement l'ignorer parce que ses valeurs de base étaient complètement antinomiques aux siennes. Chose que je désapprouvais vivement. Je peux satisfaire mon ego en me disant que j'ai là une belle preuve que j'ai raison. En tout cas, merci d'avoir rmonté cet article si intéressant et qui pose un point de vue différent de la norme (au fait, ton job dans la vraiei vie, c'est journaliste d'investigation, c'est ça ? :p ). Et surtout qui éclaire sur énormément sur la situation en afghanistan. Que du bonheur en barre ce genre d'article. J'aurai apprécié que cet homme puisse développer son avis sur les frenchies, mais vu qu'il n'a pas d'information, on ne puit guère lui en vouloir. En tout cas, continue comme ça, c'est un vrai régal pour mes petits yeux :)

Moktarama 04/04/2009 16:50


Je confirme qu'il serait plutôt bien à droite sur un spectre politique "français" . Ce qui est intéressant est surtout le fait qu'il soit "hors-systême" dans le systême politique et décisionnel en
Afghanistan tout en étant en permanence sur le terrain et mêlé à la population civile afghane, ce qui fait qu'il n'a aucun réticence à parler de ce qui se passe et à émettre des propositions qui
seraient jugés délirantes par le systême qui règne là-bas. Un envoyé spécial ne pourra tout simplement pas comprendre des aspects de la société afghane tels que ceux qu'il décrit ici, pas
le temps nécessaire (ce n'est pas un reproche). Ni identifier avec autant d'acuité en quoi la non-application de nos propres doctrines militaires (ainsi que la volonté idéaliste de vouloir
prétendre instaurer un gouvernement central stable et démocratique) s'avère dévastatrice auprès d'une population afghane qui nous était acquise il y a encore six ou sept ans. On est bien loin de
"restaurer la démocratie" . Les Afghans n'ont pas tort de juger négativement une occupation de huit ans qui ne leur a que peu apporté en termes de développement comparativement (surtout) aux sommes
engloutie par les américains. Rien à voir avec les soviétiques, qui, pour incroyable que cela paraisse, sont plutôt appréciés des Afghans, justement par la manière dont ils ont réussi à créer des
centaines d'infrastructures viables et durables dans le pays.

Pour ce qui est de la France, il constate que nous continuons à rouler en convois (on aura compris ce qu'il en pense) , et que nous (l'ISAF) n'avons pas assez de forces aériennes sur le terrain
pour pouvoir couvrir en permanence une embuscade détectée par les drônes d'observation censés être affectés à chaque convoi.

Merci pour les compliments.