Caricatures de la semaine

Publié le par Moktarama


        Les dessins de cette semaine sont bien évidemment dictés par l'actualité de la Crise, qui pèse tellement maintenant sur la marche du monde qu'il en devient difficile de traiter un sujet qui n'y soit pas lié. Ainsi, l'Union Européenne continue de montrer son cruel et évident manque de vision et d'efficacité dans des décisions qui s'apparentent quasi-systématiquement à des demi-mesures consensuelles ; et ce à un moment pourtant crucial de son existence. Les États-Unis, quand à eux, voient la situation se durcir socialement, notamment au travers de la prise de conscience de nombreux citoyens de la middle class de la gravité de la(leur) situation, dans un contexte d'effondrement d'un systême économique quasiment conssubstantiel à l'américanisme.




Union Européenne : frilosité de l'aide aux pays de l'Est

À deux vitesses [Source : Joep Bertrams - Het Parool - traduction anglaise Cartoon Web]


        Ce dessin traduit parfaitement l'impression qui domine en Europe. Les pays de l'ex-bloc de l'Est, qu'ils soient membres ou non de l'UE, sont pour une majorité en chute libre, et ce à tous les niveaux qu'ils soient économique, financier et maintenant de plus en plus politique. L'Union Européenne, après avoir tergiversé durant plusieurs semaines, a finalement décidé - pour changer me direz-vous - d'opter pour la demi-mesure. Les dirigeants des gros pays de l'eurozone ont ainsi déclaré que les problèmes étant différents dans chaque pays, le plus approprié serait une aide au cas par cas, sans plan de grande ampleur mis en oeuvre à l'échelle du continent.

        Pour le moment, cette (non)décision semble n'avoir même pas ralenti la chute des économies - ni des devises pour les pays non inclus dans l'Euro - , tandis que les inquiétudes se font de plus en plus grandes concernant les centaines de milliards de prêts effectués par les banques européennes dans les pays de l'Est. Il semble que la mesure n'ait pas encore été prise de la violence du choc : ce dernier pouvant abattre les plus grandes banques continentales - aussi bien en Suisse qu'en Italie, Allemagne ou France - , dans l'optique d'un non-changement de systême économique, mieux vaut aider massivement les économies des pays de l'Est que de devoir nationaliser en catastrophe une grande partie du systême bancaire européen. Ce n'est pas l'option choisie pour le moment, ce qui nous fait revenir au dessin ci-dessus...et à un commentaire de Paul Krugman [traduit par Contre-Info] sur le sujet : "En Europe, les dirigeants ont rejeté les demandes appelant à la mise en place d’un plan de sauvetage des économies de l’Europe de l’Est en difficulté. Ils se sont seulement engagés à fournir un soutien au « cas par cas ». Cela se traduira par une lente hémorragie de fonds, et n’aura aucune chance d’inverser la spirale descendante."




La popularité d'Obama ne se dément pas

Reaganesque : Sondages d'opinion en hausse[Source : Steve Benson - The Arizona Republic]


        La réalité est ici nettement plus nuancée, mais j'aimais beaucoup cette caricature de Steve Benson - dont on aura compris qu'il est un dessinateur démocrate. En effet, si Obama a joui jusqu'à présent de bons sondages d'opinion, en hausse presque constante depuis un mois, ceux-ci sont en train de relativement se tasser, compte tenu notamment de la polarisation engendrée par l'échec évident de la volonté politique bipartite - une forme d'Union sacrée contre la Crise - de l'administration Obama. Ses prises de position contraires au systême depuis son intronisation se font de plus en plus voyantes, et cela fait déjà quelques semaines que des accusations de leftism ou de socialism sont lancées de toutes parts. On observe ainsi l'augmentation des mécontents, malgré une stabilité des "satisfaits" , ces derniers restant supérieurs à ce qu'il en était à la même période pour les deux précédents présidents des États-Unis. A titre presqu'anecdotique, on notera que l'extrême faiblesse actuelle du parti républicain ne peut qu'être favorable à l'administration Obama vu leur complet et brutal refus de coopérer.




Incompréhensions et lutte des classes aux États-Unis

"C'est incroyable ! Ils[les classes moyennes] commencent à répondre..." [On notera l'éléphant emblême des républicains, en bas à droite] [Source : Tony Auth - The Philadelphia Inquirer]


        La Crise met soudainement en valeur, en les rendant brutalement évidentes, ce que tout le monde avait sous le nez depuis une décennie : aux États-Unis, les plus riches citoyens - les Top 1% qu'évoque le dessinateur - ont mené ces dernières années une féroce guerre de classes, qui fut parachevée par Bush-fils et ses huit ans de réductions d'impôts pour les plus riches. La richesse n'a toutefois pas vraiment - voire pas du tout - ruisselé, et la répartition des richesses produites fut de plus en plus inégale ces dernières décennies, ce qu'on pourra constater de manière très concrète dans cet article de Contre-Info qui relate les conclusions d'un rapport fédéral américain de leur Cour des Comptes.

        Seulement, la mise en valeur de cette réalité, et tant les mesures prises par l'administration Obama que la colère montante des citoyens des classes moyennes et pauvres ont déclenché l'ire des plus riches du pays, estomaqués par tant d'impudence. Quoi, on ne viendrait pas les quérir pour chercher les solutions, alors qu'ils en ont qui permettraient de relancer la machine pour quelques années ? Chose inimaginable il y a encore quelques mois, on voit l'association démocrate ACORN - avec le Home Defender Program - soutenir des comités de propriétaires expulsés pour faire de la résistance passive et active aux forces de l'ordre. Les médias se penchent sur ces millions de vies dont l'énorme crédit seul permettait de maintenir un niveau de vie considéré comme usuel, et dont on voit aujourd'hui qu'il est insoutenable pour une part croissante de la population américaine. Avec le capitalisme actuel, c'est un peu de l'american dream qui s'envole pour les citoyens américains.

        Il me semble que nous sommes ici en face d'un phénomène général aux pays développés, certes sous des formes très différentes, d'une profonde colère d'une partie de la population - qui pourrait devenir majorité - qui ne croit plus aux rêves déçus qu'on lui a fait miroiter. Les faux-semblants éclatent sous la pression des évènements, personne ne peut plus prétendre qu'un modèle est le seul valide - si même un modèle valide peut être trouvé - , les idées reçues et répétées pour certaines en boucle jusqu'à la nausée apparaissent pour ce qu'elles sont : des incantations qui ne se vérifient que dans des situations très particulières et qui négligent ce facteur cruciel qu'est la nature humaine. Il n'est que de voir les aplatissements contrits de nos grands éditorialistes et chroniqueurs, qui semblent tout étonnés que des hommes aient eu le culot de faire passer leur intérêt personnel avant l'intérêt général : il semble pourtant que cette attirance particulière pour le bénéfice personnel soit une constante chez l'Homme. Et par conséquent, que tout faire pour éviter que cette attraction naturelle ne déstabilise le service de l'intérêt général devrait être l'objectif premier de tout systême économique et social - nonobstant les indices économiques de "richesse moyenne par habitant" ou "d'objectifs de croissance" qui seuls prévalaient ces dernières années.


Commenter cet article