Caricatures de la semaine

Publié le par Moktarama


       
Cette semaine, nous parlerons du Soudan, avec une Cour Pénale Internationale qui a émis un mandat d'arrêt à l'encontre de Omar al-Bachir ; ainsi que du Japon qui s'enfonce dans une crise politique fort malvenue en pleine déroute économique mondiale. Enfin, aux États-Unis, le parti républicain n'en finit plus de se déchirer, étant maintenant moqué par les démocrates et les humoristes de tout poil pour son "allégeance" au fort connu présentateur radio conservateur Rush Limbaugh, après des demi-excuses publiques du président du parti républicain.




Soudan : une décision incompréhensible de la Cour Pénale Internationale


[Source : Hassan Bleibel]



La Cour Pénale Internationale tient un mandat d'arrêt contre le président du Soudan. Ce dernier, sur un tas d'os, répond : "Venez me chercher !" [Source : Tony Auth - The Philadelphia Inquirer]


        Le 4 mars 2009, la Cour Pénale Internationale a émis un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar al-Bachir comme "coauteur indirect ou qu’auteur indirect, d’attaques intentionnellement dirigées contre une importante partie de la population civile du Darfour, de meurtres, d’actes d’extermination, de viol, de torture, ainsi que de transfert forcé d’un grand nombre de civils et de pillage de leurs biens".

       
Cela semble clairement être la décision la plus mauvaise prise par la Cour depuis des années, et va à l'encontre de ce que la plupart des intervenants essayaient de faire concernant le Darfour. En effet, émettre un mandat d'arrêt dont on sait qu'il n'a aucune chance d'être appliqué, et ce alors que la seule voie de sortie pour ce conflit semble la négociation, c'est purement et simplement condamner les populations réfugiées à encore plus de morts. Agiter les bras sans avoir les moyens d'agir face à un autocrate qui "tient" son pays et qu'on ne peut pas déloger est ici plus contreproductif qu'autre chose. La décision d'Omar al-Bachir ne s'est d'ailleurs pas fait attendre bien longtemps : il a expulsé les treize ONG internationales qui s'occupaient des réfugiés du Darfour. Cela représente la perte d'une aide alimentaire qui nourrissait 4.7 millions de Soudanais dont 2.7 millions au Darfour.




Japon : crise politique de crédibilité au plus haut niveau

Gauche : Aso, premier ministre japonais ; sur la branche est écrit "Sondages très défavorables" .
Droite : Ozawa, chef du principal parti d'opposition japonais ; sur la branche est écrit "Scandales" .
[Source : Wonsoo Yi - Seoul Shinmun]


       
Nous observions il y a deux semaines la brutalité avec laquelle la crise économique et financière avait fait irruption au Japon, pays extrêmement exportateur et donc touché de plein fouet par la chute brutale de la demande internationale. Comme dans le reste du monde, la classe politique est profondément mise en cause par la population. Sauf que...les japonais s'apercoivent qu'ils n'ont pas vraiment le choix !

        Après la retraite du premier ministre Koizumi, décrié pour ses habitudes très bling-bling et maintenant considéré comme le fossoyeur des jeunes - qui furent pourtant ses plus fidèles soutiens - , les japonais s'apercoivent que leur classe politique - à l'image de beaucoup de pays - , en sus d'être incompétente, n'offre pas la possibilité aux électeurs d'un renouvellement fort.

       
Le premier ministre actuel Taro Aso, membre du parti libéral démocrate japonais, était déjà fort peu goûté par ses concitoyens lors de sa prise de fonction. Son parti est de plus relativement bloqué depuis un an, en ne possédant la majorité que dans la chambre législative basse du Japon. Malgré une rencontre précoce avec Obama, sur laquelle comptent beaucoup les hommes politiques internationaux - dans l'espoir de grapiller quelques points dans les sondages d'opinion - , sa côte de popularité est en train d'atteindre une profondeur abyssale. Tellement abyssale, à vrai dire, qu'on voit difficilement comment il pourrait se maintenir encore longtemps à la tête du pays : dans les plus récents sondages, 80 % des personnes interrogées ne lui font plus confiance pour diriger le Japon.

        D'un autre côté, le président du parti démocrate du Japon - principal parti d'opposition - , Ichiro Ozawa, qu'on pourrait croire en bonne position pour aller briguer un poste de premier ministre, est en fait totalement englué dans un scandale financier : il est en effet soupçonné d'avoir accepté des "dons" de la part d'une grande entreprise japonaise de BTP. L'opinion publique japonaise est très sévère également à propos d'Ozawa, ainsi un sondage téléphonique révèle que 57 % des japonais voudraient le voir démissionner de son parti, qui apparaissait pourtant avant ce scandale comme ayant une chance de remporter la chambre législative basse et de mettre ainsi fin à des années de domination du parti libéral démocrate.

       
Les japonais sont donc sans véritable alternative politique pour le moment, et certains se demandent si Koizumi ne pourrait pas revenir malgré ses résultats peu convainquants ; ce qui dénote l'état avancé de décrépitude de la classe politique japonaise, qui se trouve sans idées, sans alternative à proposer, et toujours aussi mêlée aux scandales qu'il y a dix ou vingt ans.




États-Unis : Rush Limbaugh, ou la démonstration des déchirements républicains

Le plus grand "Non !" sur Terre / Diseur-de-non-en-chef
Limbaugh : "Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non !"
Le parti (républicain) sur le podium où est inscrit "Offert par Oxycontine et d'autres bons sponsors" : "Oh, non..."
En bas à gauche figurent ceux qui écoutent le numéro, représentés par un clown (le dessinateur est démocrate)
[Source : Steve Benson - The Arizona Republic]



Rush Limbaugh, représenté en roi, et portant un badge "J'espère q'il échouera" (en référence à un propos tenu à propos de l'administration Obama) , se fait baiser les pieds par Michael Steele : "S'il vous plaît, excusez moi votre Rush-tesse, je ne voulais pas dire que nous républicains sommes en train de nous mettre à genoux devant un animateur radio démagogue qui ne dirige pas notre parti, je ne sais pas ce qui m'est passé par la tête, j'étais stupide et je ferai n'importe quoi pour réparer cela..."[Source : Jim Morin - The Miami Herald]



Le titre est un jeu de mot entre le film Le Parrain (The Godfather en anglais) et le parti républicain surnommé GOP
Michael Steele, directeur de la convention nationale républicaine : "Je ne voulais pas vous manquer de respect, Don Limbaugh. Je viens pour vous supplier de me pardonner et pour embrasser votre...anneau."
[Source : Mike Thompson - Detroit Free Press]


       
Comme chaque semaine depuis l'accession au pouvoir d'Obama, on constate la déréliction du parti républicain, dont plus personne n'arrive à fédérer les différents courants, à part sur une opposition farouche et purement politique à l'administration Obama. Pourquoi purement politique ? Parce que les premiers plans de relance, effectués par l'encore en place administration Bush, avaient montré qu'il était possible de trouver des solutions bipartites, ce qui devrait encore plus être le cas aujourd'hui vu la presque-majorité des démocrates à la chambre haute fédérale. La seule chose qui tient encore les républicains en un groupe (très) relativement cohérent se trouve être dans l'expression du pouvoir de nuisance qui leur reste, arrivant à l'exploit d'amputer la politique d'Obama à un des moments les plus critiques de l'histoire des États-Unis.

        Au CPAC, une conférence républicaine annuelle, était invité cette année le célèbre animateur radio - il a sa propre émission depuis 1988 - et républicain Rush Limbaugh. Ce dernier a fait un véritable tabac auprès d'une audience ultra-conservatrice, tenant un discours extrêmement dur à l'égard du président Obama et de son administration, avec notamment une phrase qui a fait le tour des médias américains : "I hope he fails" , soit "J'espère qu'il échouera" .

        Le même soir, le président du parti républicain, Michael Steele, tenait des propos forts critiques envers l'émission de Rush Limbaugh lors d'une interview à l'antenne de CNN : "Rush Limbaugh est un animateur [an entertainer] . Rush Limbaugh, tout son truc c'est l'amusement. C'est un incendaire - et, oui, c'est moche [ugly] " . Contre toute attente, deux jours plus tard et après un tir de barrage massif dudit Rush dans sa propre émission, le même Michael Steele présentait des demi-excuses publiques, en revenant totalement sur sa déclaration précédente à propos de l'animateur : " [...] J'ai énormément de respect pour Rush Limbaugh [...] il n'y avait aucune tentative de ma part de diminuer son influence ou son leadership." et "C'est [Rush Limbaugh] une voix très importante pour le parti républicain."

        Malgré les tentatives de Michael Steele, puis de Rush Limbaugh lui-même, de désamorcer la chose, les démocrates suivis de près par les humoristes se sont emparés du sujet, avec pour certains une vraie délectation, tant les déchirements internes du parti républicain éclatent chaque semaine un peu plus au grand jour ; ayant même providentiellement fait oublier les affaires de corruption du parti démocrate à Chicago - la partie émergée étant représentée par "l'affaire Blagojevich-Burris" .


"A party in Limbaugh" dans The Daily Show - 3 mars 2009

        De nombreux médias ont ainsi désigné Rush Limbaugh comme étant le "nouveau patron du parti républicain" ou même le "nouveau parrain" . Jon Stewart, présentateur de l'émission satirique The Daily Show, moque l'ensemble de l'histoire, et en fournit un excellent résumé, l'embarras de Michael Steele apparaissant clairement dans ses propos. Malheureusement pour les républicains, ce n'est pas cela qui va redorer une image dévastée par les années Bush et la puissance de la Crise, sans même parler des divisions à propos du plan de relance ou de l'inanité persistante de leurs propositions politiques.


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