Caricatures de la semaine

Publié le par Moktarama


        Les caricatures de cette semaine sont encore une fois portées essentiellement sur les États-Unis, avec tout d'abord les réactions du parti républicain dans l'application du plan de relance, puis l'interminable chute des médias et en particulier de la grande presse. Enfin, nous feront un petit passage en France, avec Plantu qui nous rappelle l'état toujours aussi déplorable - nonobstant les effets de manches du gouvernement - des prisons de la république.



Les sénateurs républicains divisés à propos du plan de relance d'Obama

L'éléphant est l'emblême du parti républicain, et GOP est l'acronyme de Grand Old Party [Source : John Deering]

        Je l'évoquais la semaine dernière, les réactions des sénateurs républicains au plan de relance de l'administration Obama sont toujours aussi différentes, allant de l'acceptation au refus pur et simple en passant par l'essai d'une adoption "à la carte". En effet, le plan de relance ayant pour but d'envoyer rapidement de l'argent dans le systême, des secteurs tels que l'assurance-chômage, la prévention des risques naturels et de nombreux autres services publics - souvent réduits à peau de chagrin après 25 ans de Reaganomics - sont concernés. Les républicains, après avoir pinaillé et réduit au niveau fédéral l'étendue du plan de relance - pourtant déjà insuffisant - , font pour partie la même chose au niveau local. On remarquera que ceux qui sont les plus opposés au plan de relance sont les gouverneurs dont on sait qu'ils ont des objectifs politiques électifs, avec 2012 en vue. Comme je l'écrivais il y a une semaine, on observe en direct un parti dont l'idéologie est en train d'être balayée violemment par les évènements. Ne restent plus alors que les ambitions individuelles.


Gouverneurs républicains : "Certains d'entre nous ne vont pas accepter de recevoir l'argent du plan de relance..."
Chômeurs : "Merci beaucoup."  [Source : Gary Markstein - Milwaukee Journal Sentinel]



Sur l'affiche : Cuisine pour la "soupe" [populaire] de relance
Rick Perry, gouverneur du Texas, traîne les services publics de son état : "Allez, maintenant...si vous en mangez, vous en voudrez toujours plus..." [Source : Ben Sargent - Austin American-Statesman]

        Le gouverneur du Texas Rick Perry, voulant appliquer le plan de relance "comme il l'entend" dans son état, a argué dans une lettre à Barack Obama du fait qu'augmenter maintenant les dépenses dévolues aux services publics sociaux aurait pour conséquence qu'il ne pourrait plus les réduire plus tard, et que cela pèserait donc sur le budget de son état de manière inacceptable une fois les aides taries.

        Les gouverneurs de Louisiane, du Mississipi et de Géorgie ont refusé l'argent du stimulus au prétexte qu'une partie des fonds doit être employé à revaloriser les assurances-chômage, ce qui selon eux serait extrêmement mauvais pour inciter les gens à se remettre au boulot. C'est encore une fois refuser d'accepter une réalité qui dépasse largement la crise d'optimisme et trouve ses racines dans des problèmes profonds comme la répartition des richesse ou le crédit comme mode de vie.


        Bien évidemment, les humoristes américains s'en donnent à coeur joie, comme Jon Stewart dans le Daily Show, qui ici pointe le ridicule de la situation pour certains gouverneurs républicains, à l'image du gouverneur de la Louisiane Bobby Jindal, qui a accepté depuis 2005 plus de deux milliards de dollars de fonds fédéraux et refuse maintenant des fonds dont son état a cruellement besoin...pourtant, comme dit Jon Stewart, "l'argent d'origine démocrate permet aussi d'acheter des biens et des services" :



        Celui qui se démarque le plus du ton de son parti, comme souvent ces dernières années, est le gouverneur californien Schwarzenegger, qui a déjà annoncé qu'il accepterait l'intégralité du plan, mais aussi que ce dernier était "terrific" [fantastique] , qu'il était normal que ce plan ne puisse pas correspondre totalement aux attentes républicaines, et qu'enfin il prendrait volontiers les fonds délaissés par d'autres sénateurs de son parti. Il est vrai que la Californie est dans une position économique effroyable. Voici cette fort intéressante interview :

Interview du gouverneur Schwarzenegger sur ABCNews - 22 février 2009
[Relatée et partiellement transcrite dans un article sur le sujet du correspondant en chef de la chaîne à Washington]





L'administration Obama durcit le ton

Candidat Obama / Président Obama [Source : Chuck Asay]

        Le discours de Barack Obama a en effet bien changé. Il y a encore quelques mois, celui-ci prônait un retour aux lendemains qui chantent et une "union sacrée" entre démocrates et républicains pour le bien du pays. La réalité, encore elle, est passée par là. La stratégie de l'ouverture bipartite a fait long feu et le plan de relance est quelque peu amputé, ce qui signifie qu'il devra presque certainement y en avoir d'autres. Quand à la situation, plus personne aux États-Unis n'ose avancer de date pour voir la fin du tunnel, et les hommes politiques ont une marge de mensonge de plus en plus étroite.

        Obama a brusquement changé d'image pour les républicains : leurs craintes de voir un leftist [gauchiste] au pouvoir se réalisent, et le mot socialism est sur toutes les lèvres. Obama, lui, tente de court-circuiter le Grand Old Party en faisant directement appel au soutien populaire lors de séances de questions/réponses dans les hôtels de ville [les town hall meetings] à travers l'Amérique, et en réagissant publiquement et durement aux tentatives républicaines d'appliquer le plan de relance chacun à leur façon. Obama a également nettement infléchi son discours vers plus de réalité, suscitant de fortes réactions de certaines élites - notamment financières - qui voudraient qu'il continue de "disperser de l'espoir sur l'économie" , ces dernières montrant là leur profession de foi en un pessimisme passager et anormal des marchés.

        Cela ne risque pas d'arriver : non seulement Obama a besoin de mettre une forte pression populaire s'il veut que les républicains cessent de se croire encore au pouvoir, mais en plus, il est nettement préférable du point de vue politique - et en tant que démocrate - d'accompagner une situation aussi grave que celle-ci dans le discours plutôt que de risquer le décalage social avec une grande partie de la population en minimisant les dégâts.




Le chemin de croix de la presse américaine.

"Tout est tellement plus sympathique sans journaux d'information !"
Les trois distributeurs de journaux, envisagés ici comme étant uniquement de la communication des élus (ignorant la communication des divers groupes d'influence) , contiennent des journaux aux titres dithyrambiques.
[Source : Signe Wilkinson - Philadelphia Daily News]


        La presse américaine continue de s'enfoncer, et la crise, comme partout ailleurs, a brusquement accéléré le déroulement des évènements. Les premiers journaux américains de grande taille sont en faillite, les licenciements se multiplient et s'amplifient, aucun modèle économique viable ne se dégage pour le moment, et la qualité du journalisme pratiqué est en chute libre, ce qui tend à amorcer une spirale dont on voit mal comment se dégager.

        L'inquiétude est donc énorme chez les journalistes américains. Toutefois, une exception subsiste pour le moment, le New York Times, qui se refuse pour le moment à supprimer des postes ou à infléchir sa politique d'innovation et de qualité. Les articles d'investigation restent des références mondiales, et ses équipes techniques font saliver les infographistes et autres webdesigners.




Fermeture de Guantanamo et prisons françaises

[Source : Plantu]

        Le président américain a, dans les tous premiers jours de son mandat, mis en oeuvre la fermeture à moyenne échéance de la prison militaire de Guantanamo, et le retour du respect des droits de l'homme dans le parcours des individus incarcérés.

        Plantu se sert de cette actualité pour mettre en valeur une autre information, qui semble ne jamais atteindre les politiques : les prisons françaises sont parmi les plus dégradées d'Europe, ce qui est régulièrement mis en exergue, que ce soit au travers d'un taux de suicide alarmant chez les jeunes prisonniers, ou des rapports tous extrêmement critiques et aussi bien parlementaires qu'émanant du Conseil de l'Europe ou d'associations nationales et internationales.

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