Caricatures de la semaine

Publié le par Moktarama


        Après plusieurs mois d'absence, voici le retour des caricatures de la semaine, rubrique que les lecteurs - vous, quoi - semblaient beaucoup apprécier, et qui me permet de faire le tour de l'actualité de la semaine. Cette semaine, après un court passage du côté du Proche-Orient, la sélection abordera presque exclusivement les développements de la crise financière et économique mondiale, qui se taillent la part du lion chez les caricaturistes.




Détérioration des relations entre Israël et la Turquie


Le manche du couteau symbolise la bande de Gaza, les deux protagonistes du dessin étant Erdogan, premier ministre turc, et Peres, président israëlien [Source : Hassan Bleibel]


        La Turquie est le pays du Proche-Orient qui possède les liens diplomatiques les plus forts avec Israël, et qui joue de plus en plus un rôle de médiateur dans la région. Ainsi, c'est par l'intermédiaire de la diplomatie turque que les USA renouent contact avec les Iraniens et négocient discrètement avec les talibans afghans, mais aussi qu'Israël communique avec l'Iran. La Turquie et Israël ont également des liens puissants en matières militaire et de renseignement.

        L'offensive israëlienne "Plomb Durci" dans la bande de Gaza a mis à mal cette relation, notamment en renforçant une opinion publique turque déjà peu amène à l'égard de la politique israëlienne, mais pas seulement. Ainsi, le gouvernement turc a semble-t-il très mal pris le fait qu'Israël ait lancé cette opération sans les prévenir. Cette double déception publique et institutionnelle, qui se reflétait dans la presse turque avec un bel unanimisme, ne pouvait dès lors que pousser le premier ministre turc, Recep Tayip Erdogan, à exploiter politiquement cette colère générale, notamment en vue des élections municipales qui auront lieu dans un mois environ.

        On remarquera également que les dirigeants israëliens n'ont, semble-t-il, absolument pas pris la mesure de ce qu'il est en train de se passer en Turquie. Ainsi, le 29 janvier dernier, Erdogan a quitté le forum de Davos suite à ce qu'il a estimé être une inacceptable inégalité de temps de parole, après s'être vu empêché de finir sa réponse à une intervention de Shimon Peres justifiant l'opération militaire tout juste achevée. Plus récemment - le 20 février - , l'armée israëlienne a exprimé ses "regrets" à la Turquie après une déclaration du général Avi Mizrahi dans le quotidien israëlien Haaretz, qui fort peu diplomatiquement enjoignait la Turquie à se préoccuper d'abord de ses propres problèmes de souveraineté - Chypre - ou d'oppression de populations - les arméniens - avant de donner des leçons sur le sujet à Israël.



29 janvier 2009 : Le clash Peres - Erdogan au forum de Davos (sous-titré en français) [Source : Bakchich.info]




États-Unis : batailles autour du plan de relance de l'administration Obama



L'ouverture bipartite : le jeu de mots fonctionne également en français, le mot "ouverture" jouant sur les tableaux politique comme musical [Source : Stuart Carlson]


        Obama a en effet beaucoup favorisé un rassemblement de l'ensemble du corps politique américain, républicains compris. C'était sans compter sur l'alacrité républicaine, en effet les élus du Grand Old Party, après huit ans d'un pouvoir s'apparentant rétrospectivement à une incroyable politique de la terre brûlée, ne sont absolument pas prêts à faire la moindre concession et refusent toute remise en cause du bien-fondé de leurs exigences. Exigences proches du désert idéologique, ces dernières se composant, pour ce qui est du premier plan de sauvatage de la nouvelle administration, essentiellement des si efficaces baisses d'impôts pour les hauts revenus, selon la rhétorique politique toujours en vigueur chez certains du "ruissellement des richesses" .

        Je me permets de citer ici un article de l'excellente revue géopolitique Dedefensa, intitulé "Une impitoyable bataille intérieure" et traitant de l'échec patent de l'appel de Barack Obama à un rassemblement de l'ensemble des élites du pays :

"Obama a tout misé sur un appel à l’unité nationale, le bipartisanship en termes politiciens. Il s’appuie sur la logique de rassemblement de sa campagne en phase terminale, et sur la logique de sa bataille contre la crise dont il juge qu’elle doit être soutenue par l’ensemble du corps politique. Il a fait des “gestes” à l’égard des républicains, pourtant politiquement très minoritaires, notamment en prenant trois républicains à des postes de direction de son administration. En retour, il n’a rien, les républicains utilisent toutes les ficelles pour contrer son action, sans donner d’argument de fond à cette attitude. Les mésententes sur la forme de l’action anti-crise existent mais elles ne sont pas fondamentales, et d’ailleurs les derniers mois de l’administration Bush ont montré qu’une entente sur ce point était possible."




Vignette 1 : Le plan de relance vu par les démocrates ! Représentés par des ânes - symbole de leur parti - , ces derniers sont des pompiers qui vont éteindre le feu touchant l'économie US.
Vignette 2 : Le plan de relance vu par les républicains ! Les démocrates sont ici éleveurs de porcs et producteurs de saucisses, ils ignorent le feu qui fait rage. Cette vignette fait référence aux pork barrels, qui désignent à l'origine des dépenses publiques faites pour un nombre très restreint d'individus, et dans les imaginaires républicain et libertarien toute forme de dépense publique. [Source : Chuck Asay]


        A voir ce dessin - fait par un républicain - , on constate l'étendue des dégats, particulièrement en ce que les deux visions semblent particulièrement irréconciliables. Cela permet en partie d'expliquer pourquoi les républicains, dont la validité de l'idéologie vient d'être balayée avec une extrême violence, ne peuvent envisager de changer de cheval en cours de route. La plupart d'entre eux, opposés depuis des dizaines d'années à toute dépense publique et assimilant tout impôt à une diminution de leur liberté, se trouvent dans une terrible impasse, et le parti craque de toutes parts devant le poids de cette terrible réalité.

        Par ailleurs, le terrain politique démesuré que les républicains occupent malgré leur non-majorité est essentiellement dû à l'accélération temporelle imposée par la crise, en ce sens que tout retard du plan de relance - et de toute décision économique actuellement - diminue d'autant son efficacité. Cela a poussé l'administration présidentielle à tenter d'éviter à tout pris un quelconque délai du plan de relance, et le résultat en fut un triple échec : non seulement l'ouverture bipartite échoua lamentablement, mais en plus le plan de relance est bien entaché de retards, et celui-ci a dû être réduit et modifié dans ses dimensions économiques au point que son efficacité est très loin d'être assurée.



L'éléphant est l'emblême du parti républicain, l'acronyme GOP signifiant Grand Old Party.
Gouverneurs républicains : "En faveur du plan de relance" / Républicains au Congrès fédéral : "Socialiste."
[Source : Mike Luckovich - The Atlanta Journal-Constitution]



        La dichotomie au sein de l'establishment républicain est parfaitement illustrée par le dessin ci-dessus. En effet, si les républicains au niveau fédéral sont massivement opposés au plan de relance de l'administration Obama, la situation est nettement différente au niveau des états. Cela fait maintenant trois semaines que les gouverneurs républicains se déchirent sur le sujet : de nombreux gouverneurs - détenteurs du pouvoir exécutif - ont directement réclamé à leurs confrères du Congrès fédéral le vote du plan de relance, dont par exemple la candidate de Mc Cain à la vice-présidence, Sarah Palin. D'un autre côté, on observe des gouverneurs républicains qui, eux, ont décidé de ne pas utiliser l'argent du plan de relance dans leurs états, et qui tiennent à le faire savoir publiquement.

        Dans les deux cas, on constate assez tristement que c'est le point de vue politique qui l'emporte, que cela concerne les républicains qui acceptent le plan de relance en tant que "free money" et ne l'auraient pas voté s'ils avaient été en position de le faire ; ou que cela concerne les républicains qui refusent son application pour ne pas se mettre à dos un électorat qui les a élus sur leurs prétentions à moins d'état fédéral et de finances publiques. Cette dichotomie est un signe fort : si seul le facteur politique - au sens le plus restrictif du terme - influe sur les décisions, cela confirme l'observation d'une idéologie totalement dévastée.



"Les gens se sont fourrés dans ce désordre économique en s'endettant massivement. Et le gouvernement tente de réparer les choses en..." "S'endettant massivement" [Source : Dana Summers - Orlando Sentinel]


        On peut en effet se demander pourquoi l'endettement des entreprises et des particuliers est combattu par l'endettement des états. Une observation est importante à ce niveau : en fait, nous sommes actuellement en train de naviguer entre Charybde et Scylla, la première étant le spectre de la déflation, la seconde étant le spectre de la crise systémique et du défaut des états sur leurs créances qui entraîneraient une hyperinflation. Ces deux écueils auraient des conséquences monstrueuses, et pour l'instant les pays développés sont plus préoccupés par la déflation que par la crise systémique dont la probabilité actuelle est bien moindre - même si existante. Ils agissent donc logiquement pour contrer la première, en faisant fonctionner la planche à billet et l'émission d'obligations d'états pour injecter des liquidités directement dans le systême - via les divers plans de relance nationaux. Toutefois, l'effet produit est absolument désastreux socialement, et le particulier français risque d'avoir du mal à comprendre pourquoi des milliers de milliards sont débloqués instantanément quand tout projet social se retrouve avec des clopinettes. Le particulier américain, lui, est encore plus surpris, notamment s'il est républicain - comme l'auteur du dessin ci-dessus.

        Pour faire court, je citerai l'économiste américain Paul Krugman, qui résume fort bien la situation dans cette transcription d'un billet de blog par Contre-Info :

Oui, les effets de la politique budgétaire sont incertains, oui, l’accroissement massif de l’endettement est risqué, mais ne rien faire serait encore plus risqué, car il y a une forte probabilité que si nous n’agissons pas fortement la déflation va s’installer dans l’économie. Nous pourrions être damnés si nous la faisons, mais nous serions à coup sur damnés si nous ne la faisons pas.




Des finances publiques en déroute

Corps législatif californien : "Que voulez-vous dire par "Nous n'avons plus d'argent" ?" [Source : Michael Ramirez - Investor's Business Daily]


        La Californie, état terreau de l'american dream, est en quasi-cessation de paiement, à la limite de la faillite. La situation politique qui règne est complètement délirante, avec un gouverneur Schwarzenegger qui s'appuie sur ses opposants démocrates dans les structures législatives, et qui est conspué par son propre parti, les législateurs républicains refusant de voter quoi que ce soit. La dette californienne a explosé ces dernières années, elle qui était déjà de 68 milliards de dollars en 2006.

        Plusieurs raisons peuvent expliquer cette chute libre, toutefois deux d'entre elles se détachent, et préfigurent peut-être le futur de la situation dans les pays développés et notamment aux Etats-Unis : il est impossible de vivre indéfiniment à crédit, plus particulièrement quand cette dette est essentiellement contractée pour des dépenses de fonctionnement. La seconde raison est qu'une attitude politique et économique qui a besoin d'une conjoncture très particulière pour être valide n'a pas d'avenir sur le long-terme. Ainsi, la Californie fut l'état qui encouragea le plus les prêts hypothécaires, sans jamais se préoccuper du moment ou cette bulle éclaterait - par exemple en créant des fonds "amortisseurs" d'un retournement de conjoncture - et dont les revenus s'appuyaient pourtant largement sur cette croissance artificielle.

Dépenses de l'état californien entre 1990 et 2008, n'inclut pas les fonds fédéraux
[Source : Reason Fundation - California spending by the numbers]



        On observe très nettement ici l'explosion des dépenses californiennes, sans que les impôts ne permettent d'en couvrir la totalité, alors que l'état était historiquement endetté et avait en particulier eu beaucoup de mal à se remettre de l'explosion de la bulle internet au début des années 2000. Pour la fondation libertarienne Reason Foundation comme pour le dessinateur républicain Michael Ramirez, c'est essentiellement un problème de dépenses publiques, ce qui n'est que peu surprenant au regard de la légendaire aversion républicaine pour toute dépense publique. Toutefois, ils marquent un point en ce sens qu'aucune croissance durable des dépenses publiques ne peut se satisfaire d'un comblement du budget par l'intermédiaire d'un accroissement déraisonnable de la dette, qui plus est lorsqu'une bonne partie des revenus dépendent d'une croissance "artificielle" de certains secteurs - ici l'immobilier.



[Source : Heng Kim-Song - Lianhe Zaobao - traduction anglaise Cartoon Web]


        Foin d'explications pour ce dessin, je vous propose une compilation de différents graphes concernant la situation économique japonaise, tous extraits de l'article "Japan's "unimaginable" contraction" qui est paru sur le blog européen et anglophone A fistful of Euros. Ces graphiques sont édifiants, et sont par ailleurs relativement similaires dans tous les pays développés :


Croissance du PIB japonais par trimestre, les pourcentages de changements étant de trimestre à trimestre [ex : Q4-2008 se mesure par rapport à Q3-2008]


Croissance du PIB japonais par trimestre, les pourcentages de changements étant d'année en année [ex : Q4-2008 s'établit par rapport à Q4-2007]


Croissance des exportations japonaises, par trimestre, les pourcentages de changements étant d'année en année


Indice de confiance des ménages japonais [au moins deux personnes]


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