Quatre idées pour l'Europe

Publié le par Moktarama


        Une des coutumes de la blogosphère est la chaîne : un blogueur a l'idée géniale de poser une question ou de proposer de faire une liste à propos de tel ou tel sujet. Ensuite, c'est comme les chaînes de mail. Il le propose à quelques blogueurs, qui eux-même le proposent...enfin, vous voyez le principe.


        La plupart du temps, ces chaînes sont relativement inintéressantes, comme « Quels sont tes produits de beauté », je n'avais donc pas particulièrement envisagé de me retrouver « tagué » , c-à-d lié par un autre blogueur ayant lui-même répondu.


        Mais comme tout arrive, le blogueur est Toreador, et le sujet de ladite - et première - chaîne que je me vois proposer est particulièrement intéressant à mon goût : “Quelle Europe voulez-vous en 2020? Quels doivent être les 4 priorités à mettre en oeuvre dès aujourd’hui pour améliorer l’Europe, la rendre plus démocratique, plus compétitive, plus forte à l’international, plus en avant sur le développement durable, etc.”




1/      Tout comme Toreador, je pense que le principal est clairement de redéfinir ce que chaque pays attend de l'Europe :


  • Une confédération - voire une fédération – de pays qui abandonnent une partie certaine de leur souveraineté – qu'elle soit économique, sociale, environnementale, fiscale, de défense – pour former un ensemble politique stable ?

  • Le statut quo, qui en sus de ne satisfaire personne, est en train de nous montrer ses limites de manière admirable en ces temps de crise ?

  • Une simple zone de libre-échange commercial et humain, avec un retour de pans entiers de la politique européenne au sein de chaque pays ?

        Une « Europe des cercles » pourrait convenir à tous les protagonistes : Un premier cercle politique et fédéral – qui incluerait le noyau de l'Eurogroupe – qui se donnerait les moyens d'aller rapidement de l'avant ; et un second cercle plus lâche comprenant les « nouveaux entrants » et les réticents de l'Eurogroupe, avec moins de devoirs mais aussi moins de droits et opportunités.



2/
      Pour ce qui est du futur premier cercle politique, il faudra indiscutablement revoir le fonctionnement de la démocratie européenne. Cela passe par un Parlement Européen avec un vrai pouvoir législatif, et par plus de transparence et de communication – au sens noble du terme, s'il existe – de l'institution et de son action.



3/
      Encore une fois je suis en accord avec Toreador, il ne faut surtout pas essayer de passer par-dessus les populations. Les Irlandais ont dit non, les Français ont dit non, les Hollandais ont dit non, ça suffit, il y a ici un signal fort d'incompréhension entre les dirigeants et les populations.


        Respectons la démocratie, si les peuples vous ont renvoyé à vos études, c'était pour que vous repartiez d'une feuille blanche avec de nouvelles idées et peut-être bien un changement radical d'orientation politique, ce n'était pas pour que vous passiez en douce une resucée de votre précédente production. Et j'étais pour le traité constitutionnel. Mais maintenant, ce n'est pas passé, faut assumer. Ce qui m'amène à la dernière idée...




4/      Les hommes politiques, du moins ceux qui sont actuellement au pouvoir dans les différent pays européens, doivent changer complètement leur mode de pensée. Jusqu'à présent, l'Union Européenne racontée par les hommes politiques des pays européens n'a été qu'une longue litanie de complaintes : Les pêcheurs sont mécontents ? C'est la faute à l'Europe ! Le taux de chômage est élevé ? C'est la faute à l'Europe! La balance du commerce extérieur est négative ? C'est la faute à la Banque Centrale Européenne ! On vote une loi purement nationale dont on sait qu'elle va mécontenter les gens ? C'est pas grave, on dira que c'est la faute à l'Europe !


        Dans leur immense majorité, les hommes politiques sont coupables de désigner comme coupable la grande méchante UE à la moindre occasion. Ils sont également coupables de mépriser les populations ayant refusé le Traité Constitutionnel, qui, si on y réfléchit, se sont pourtant juste contentées de voter en fonction de ce qu'eux-mêmes leur expliquaient pourtant depuis des années : l'Europe c'est mal, les problèmes de notre pays sont en grande partie causés par cette structure technocratique et froide.


        Ce sont des tartuffes, et ils ont récolté en 2006 les graines qu'ils avaient semées sans discontinuer depuis 15 ans. L'idée Européenne semble s'être perdue au sein des mondes politiques nationaux, et regagner la confiance des électeurs prendra un certain temps. Maintenant serait un bon moment pour inverser la tendance : il faut dire aux peuples que l'Euro est un bouclier qui fonctionne, que sans lui nos monnaies auraient déjà été complètement balayées ; il faut dire aux populations que si les pêcheurs ont des quotas, c'est parce que notre environnement est déjà très dégradé et que pour l'instant seule l'UE est arrivée à adopter ces contraintes certes douloureuses mais ô combien indispensables ; bref il faut que la communication concernant l'UE soit aussi faite par les hommes politiques nationaux.


        Chers hommes politiques, vous voulez que les populations aient confiance en la construction européenne ? Prenez vos responsabilités, écoutez ces populations, et arrêtez de considérer cette Union Européenne comme un moyen pratique pour vous défausser de votre responsabilité politique en présence de citoyens mécontents.





        Voilà, nous sommes à la fin de ces quatre idées - ou pistes de réflexion du moins - pour l'Europe. Je refile maintenant le bébé à Dominique, à Narvic, à Aliocha et à Jean Quatremer. Voyons ce que les journalistes-blogueurs ont à proposer ! Pas sûr que tous répondent, mais comme ça ne coûte rien d'essayer...

 

 

Mise à jour du 28 octobre : Dominique, tenant un blog n'abordant la politique "que par des biais" , a écrit ses quatre réflexions dans les commentaires de ce billet. Merci à lui.

Publié dans En Europe

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Dominique 27/10/2008 14:02

Voyons... l'Europe des cercles existe déjà. Elle est à l'oeuvre dans Schengen, le corps d'armée européen  ou dans l'Eurogroupe. D'autre part, les Etats fixent eux-mêmes les recommandations de la Commission qu'ils seront chargés ensuite de mettre en application et ils peuvent obtenir des clauses dérogatoires sur tel ou tel pan de la politique culturelle, éducative (la France n'a toujours pas ratifié la charte des langues minortaires), judiciaire (le Royaume-Uni refuse toujours la charte des droits fondamentaux), économique et soclal (c'est pour ça que l'Irlande a une croissance forte). La fiction d'une Europé à visées fédéralistes ne tient pas la route, c'est juste une excuse commode pour les gouvernements. Ce que l'on voit, c'est que le processus d'harmonisation est de plus en plus souvent en panné du fait du nombre croissant d'Etat présents et de certaines dérogations qui étaient conçues comme transitoires, mais qui sont prises comme des droits acquis (la position de la France au sujet de la PAC me semble toujours absurde et elle deviendra de plus en plus intenable). On est bien dans l''Europe des cercles, reste à savoir comment les organiser. 1) La présidence tournante de l'Union est obsolète. Mais un pays président de l'Union devrait appartenir forcément à l'Eurogroupe et à l'Europe de la défense. Or ce n'est pas forcément le cas actuellement. L'élection d'un président soit par le Parlement, soit par les citoyens, soit par un corps de grands électeurs est impossible, parce que l'Union a été conçue pour ne pas donner à une personne une légitimité démocratique qui dépasserait le cadre d'un des Etats. C'est une précaution contre les dictatures possibles, chaque démocratie garantissant les autres, mais c'est une impasse.2) Le processus de désignation de la Commission exécutive me paraît tout à fait anti-démocratique. On est dans la cooptation d'hommes politiques qui choisissent d'aller à Bruxelles quand cela les arrange ou de revenir quand cela arrange leur gouvernement (les cas de Barnier-Barrot sont édifiants et ils ne sont pas uniques). Certes, la Commission est responsable devant le Parlement, elle doit demander son investiture collective (alors que les choix sont faits Etat par Etat), certes on a vu la commission Santer démissionner collectivement à la suite de la lamentable affaire Cresson, mais il est impossible au Parlement d'avoir un contrôle budgétaire sur les subventions ou sur la politique fiscale de l'Union - et sans cet instrument, c'est un fusil à tirer dans les coins. Bien plus ! il n'y a aucun contrôle en matière de politique étrangère ou de défense, qui restent le domaine régalien de chaque Etat, ce qui fait que cela se règle en conseil des chefs de gouvernement avec les divergences que l'on connaît (membres de l'Otan ou non, membres de telle coalition ou non).3) Le problème de la répartition des rôles au sein de la commission repose sur l'un des pires systèmes possibles : la politique des dépouilles. Comme dans une coalition gouvernementale belge ou italienne. Si les membres de la commission étaient élus par le Parlement en fonction de leurs compétences, ils seraient un peu responsables et ils ne seraient pas les représentants d'une activité de lobbying national ou ne se distingueraient pas par leur niveau d'anglais fort faible et donc leur incapacité à travailler aussi efficacement que d'autres.4) Les gros points faibles sont les domaines régaliens : finances, défense, diplomatie. Jusqu'à présent, l'Union a été une communauté de projets dans des domaines ciblés. Cela peut fonctionner pour Pisa et la réforme LMD, mais on se heurte à un enchevêtrement d'accords particuliers ou de statuts particuliers pour tout le reste. Les Etats n'ont pas mis dans le pot commun certains de leurs territoires (le Royaume-Uni garde sous le coude son très grand stock de paradis fiscaux comme Man et les îles anglo-normandes qui sont en fait des possessions de la Couronne), ils ont développé leurs traités chacun de leur côté (la France conserve l'OIF de plus en plus absurde, y ajoute l'Union pour la Méditerranée qui n'a plus rien à voir avec le territoire concerné, et on en passe). Une politique fiscale et financière cohérente est impossible en dehors des grandes déclarations de vertu outragée. Une politique de défense commune aussi, du fait du rôle de la Françafrique toujours à l'oeuvre. Nos Etats sont déjà des constructions baroques par excellence, il suffit de penser que la séparation des Eglises et de l'Etat n'existe pas en Guyane, que le droit peut être appliqué par un juge religieux à Mayotte, que l'Etat reconnaît la monarchie à Wallis-et-Futuna (hors UE en plus et hors zone euro). Je ne plaide pas pour un alignement de tous sur un seul modèle, mais à force de multiplier les exceptions, y compris sur les territoires métropolitains, on voit que l'Europe est aussi victime d'une sorte de mouvement excentrique, du fait même de ses parties. La nomination d'un super-ministre des Affaires étrangères de l'Union ne serait que de la poudre aux yeux, les décisions seraient prises par les chefs de gouvernement et il ne serait que leur porte-parole, hors de tout contrôle au niveau du Parlement.Bon... Je ne m'attendais pas à devoir écrire sur ce sujet puisque je ne traite en général de politique que par des biais et que j'évite de faire des billets sur des sujets aussi lourds et complexes, que je ne les commente que rarement ailleurs tellement il faudrait argumenter. En tout cas, je suis ravi de me voir en bonne compagnie pour cette chaîne que je ne répercuterai pas chez moi (je ne fais pas un blogue politique comme Jean Quatremer ou Toréador, mais un blogue avec parfois des morceaux de politique sur d'autres sujets). Et je m'aperçois qu'en fait je ne propose que des solutions impossibles.

Moktarama 28/10/2008 16:14


Pour ce qui est de l'Europe des cercles, cela ne me semble pas être le cas actuellement. C'est plutôt du self-service, particulièrement néfaste au fonctionnement efficace de l'Union.

Je suis plutôt d'accord avec le reste, et l'évocation de nos propres exceptions montre bien à quel point ce processus d'uniformisation des lois est difficile, nécessitant une très forte volonté
politique des dirigeants des pays y compris au niveau national pour former éventuellement une Union réellement politique, quitte à laisser en dehors ou du moins à se séparer partiellement - je ne
lache pas mon idée d'un second cercle - de pays peu disposés à se séparer de parties importantes de souveraineté - bien plus qu'actuellement.


Toreador 26/10/2008 15:17

Nous sommes donc d'accord :-). C'est l'un de mes collègues de Kiwis, Pierre Catalan, qui a lancé la chaine. D'ailleurs si Kiwis t'intéresse n'hésite pas à me contacter.

narvic 25/10/2008 16:36

Je répondrai quand tu auras publié le billet que tu m'as annoncé, et que tu laisses en plan pour répondre à une chaîne de blogueur. :-)

Moktarama 25/10/2008 16:41



Ca arrive :-)