L'Eglise de Scientologie se porte bien, merci !

Publié le par Moktarama


       
L'Église de Scientologie, organisation créée en 1954 par Ron Hubbard aux États-Unis, promeut la dianétique, méthode spirituelle censée permettre un accomplissement spirituel. C'est une "nouvelle religion" , à l'instar des Témoins de Jehovah, et compte plusieurs millions "d'adeptes ou de fidèles" dans le monde. Les mots entre guillemets peuvent être remplacés par "secte" -  rapport parlementaire de 1995 - et "crédules" pour les lecteurs français. En effet, "l'adepte" est amené, pour compléter son cheminement spirituel, à débourser des sommes d'argent de plus en plus importantes, par exemple pour se procurer un  "électropsychomètre" qui n'est en fait qu'un banal électromètre, disponible dans tous les appareils se proposant d'évaluer vos masses musculaires et graisseuse, et qui est censé ici être un outil psychologique puissant.

        Maintenant que vous avez une idée du type de mouvement dont je parle, passons à son succès en France. Selon vigi-sectes, le mouvement compterait environ trois cents membres à temps plein, qui conseillent environ 40 000 presonnes. Toutefois, sur ce dernier chiffre, seuls 1500 doivent pouvoir être considérés comme des membres à part entière. Les chiffres sont rassurants, la scientologie n'arrive clairement pas à percer dans notre pays, la classification et la médiatisation en tant que secte par la commission parlementaire had oc a dû quelque peu y participer.

        Toutefois, si la scientologie ne connaît pas un grand succès, ce n'est pas faute d'essayer depuis fort longtemps, et de montrer des capacités d'adaptation tout à fait remarquables. Je vais tout d'abord vous montrer comment la scientologie s'y prend de manière classique, puis comment ce mouvement vient de montrer qu'il s'adapte parfaitement aux nouveaux développements des approches de communication, ici avec l'internet participatif ou "web 2.0" .



        Tout d'abord, les approches classiques de la scientologie, comme d'ailleurs de la plupart des sectes : le bon vieux tract semi-déguisé, reçu il y a quelques mois de cela dans ma boîte aux lettres. Le recto tout d'abord, où la scientologie avance masquée.


        N'est-ce pas beau ? Au moins une réponse sur deux pourrait être cochée par monsieur tout le monde, mais en plus quelqu'un qui cocherait quasiment toutes les cases à de bonnes chances d'être dépressif, soit deux avantages : non seulement cela concerne une bonne partie de la population française, mais en plus cela leur amène des gens qui sont déjà diminués psychologiquement...du très bon marketing, quoi - avec même la cascade apaisante en bas de page.

        La question posée en haut de page ne manque pas de sel quand on sait que la psychologie et la psychiatrie sont massivement rejetées par le mouvement scientologue, ne restait alors plus que" la pollution et les produits chimiques" à incriminer. On remarquera qu'aucune mention n'est faite de l'émetteur du tract, passons donc au verso :



        Cela débute par des réponses qui sont quasiment les mêmes selon que l'on ait répondu oui à trois questions, entre trois et sept ou même à huit : Notre "taux de toxines accumulées dans le corps" doit agir sur notre "aptitude à se sentir serein et en harmonie avec soi-même" , avec quelques variations à chaque fois.

        Suit l'injonction - en caractères gras - de se débarrasser au plus vite de ces méchantes toxines. Là, j'ai compris : la technique de communication employée pour ce tract est issu de la branche la plus pourrie du marketing américain : la vente de médicaments, avec ces questions où vous répondez presque toujours oui tellement les symptômes sont vagues et englobants, et une réponse toute prête qui vous est fournie avec la même injonction, dans le cas des médicaments la solution sera d'aller "demander à votre médecin" .

        Ici, c'est tout simplement le "programme de Purification mis au point par Ron Hubbard" , il nous faut découvrir "ce que ce programme peut faire pour vous. " car, bien évidemment, "Votre bien-être en dépend ! " . On nous invite ensuite à renvoyer ce questionnaire à leur adresse, et un conseiller nous "rappellera dans les 48h". Je n'en doute pas, surtout si beaucoup de cases "oui" ont été cochées. Enfin, les petites lettres en bas du tract sont réservées aux mentions légales du fichier - merci la CNIL - et de copyright concernant la scientologie.



        La communication de la scientologie a progressé depuis de nombreuses années, notamment en créant diverses associations satellites, l'une d'entre elles étant l'association loi 1901 "Non à la drogue, oui à la vie" , qui édite et distribue de nombreuses brochures consacrées à ce sujet, mais tourne aussi dans toute la France pour faire des opérations de prévention. Tout d'abord, pour clarifier les choses, cette association fait de la propagande, pas de la prévention. Ainsi, parmi les publications de prévention, entre l'héroïne et le LSD, on trouve des brochures contre les antidouleurs utilisés par la médecine moderne, ou contre la Ritaline prescrite notamment chez les enfants atteint d'hyperactivité.

        Mais revenons à la méthode de communication de l'Église de Scientologie© , dont le but semble être de faire du billard à trois bandes. En effet, est paru aujourd'hui sur AgoraVox, le premier média d'aggrégation de contenu généré par l'utilisateur,  un article de Miguele - membre de l'association "Non à la drogue, oui à la vie" - absolument dithyrambique à propos de leur opération menée à Marseille récemment. Intitulé Sauvons nos jeunes de la drogue ! ,je ne résiste pas au plaisir de vous mettre un extrait, la conclusion :

Se basant sur vingt années d’expérience internationale, l’association est convaincue que seule une éducation précoce et informative, simple, mais objective est la solution. Il faut agir et éduquer les jeunes sur les dangers même mortels des drogues, avant qu’ils ne soient approchés par les dealers.


L’association Non à la drogue, Oui à la vie créée en 1991 à Paris est aujourd’hui, avec 3 millions de livrets distribués gratuitement en France, un des plus importants réseaux d’éducation sur les dangers de la drogue. Chaque semaine, elle mène sa campagne d’information dans les grandes villes de France, l’agenda des actions est disponible sur le site www.nonaladrogue.org.

 

        Encore une fois, on notera que la scientologie aime avancer cachée, ainsi on nous renvoie juste ici sur le site de l'association, comme il est d'usage sur AgoraVox par ailleurs. J'ose espérer que l'association n'est pas "l'un des plus importants réseaux d'éducation sur les dangers de la drogue" , vu le discours de celle-ci. On me dira que je me trompe, que l'ONU est même associée aux campagnes menées...je répondrais que la scientologie a trouvé là une arme redoutable de développement.


        Par ailleurs, on remarquera qu'Agoravox montre ici une fois de plus un certain manque de rigueur dans la sélection des articles, après plusieurs éditions d'articles publi-rédactionnels flagrants, on se retrouve ici avec de la - certes un poil plus fine - bonne propagande des familles pour le satellite d'une organisation qui nuit clairement à la société. Mais attention, cette fois-ci c'est de la propagande 2.0, et il faut d'ailleurs passer quelques commentaires avant qu'un des membres du site ne signale ce lien entre l'association et la secte. On peut regretter que cet article soit passé, mais aussi qu'une mise au point ne soit pas encore faite - il est 16 h - malgré la remarque d'un lecteur.



        En tout cas, les sites d'aggrégation de contenu généré par l'utilisateur - et c'est la rançon du succès pour AgoraVox qui devient considéré comme un vrai média - vont devoir trouver les outils adéquats pour se prémunir de ces messages, qu'ils soient publicitaires à buts commercial ou autre. Ce me semble être une étape importante, tout du moins dans l'optique de devenir une référence dans le domaine, et AgoraVox me semble poursuivre ces objecifs-là vu la qualité générale en progression des articles publiés.


        Quand à l'Église de Scientologie© , elle semble donc bien se porter, et tente de recruter sur plusieurs fronts en France. On devrait entendre parler d'eux un de ces jours s'ils s'estiment assez solides, ils tenteront sûrement la voie - déjà pratiquée dans de nombreux pays - du lobbying parlementaire, et ça devrait faire un peu plus de bruit que des tracts ou des articles du web participatif.

 

 

Publié dans En France

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Dominique 12/07/2008 21:50

Lee prétentions d'AgoraVox sont en effet plus élevées que celle du Post, mais il y manque quelque chose au départ : le journalisme. Cela s'eet contruit autour d'un discours anti-journaliste très dur et violent où les agoristes déliraient sur leur journalisme citoyen dans des textes qui se regardaient beaucoup le nombril et se félicitaient quotidiennement de tuer les médias traditionnels. Il n'y a donc jamais eu de vraie ligne éditoriale cohérente (les trois quarts des billets ne correspondent pas aux consignes d'écriture) et pire... ce n'est pris que comme une plateforme de republication du même texte qui est soumis à je ne sais combien d'agrégateurs. Ce dernier problème n'existait pas il y a deux ans, il y avait moins de plateformes participatives. Si Yahoo! coupe la reprise de certains des billets d'AgoraVox, je ne donne pas cher de la suite. J'attends le rachat par Bolloré pour une bouchée de pain. Parce que la pub et donc l'argent manqueront. Le modèle économique n'est pas viable, mais il a permis à un certain discours participatif de se construire. Maintenant, le paysage est plus qu'encombré et il y aura des morts...

Dominique 12/07/2008 16:31

Cela fait un moment que je ne lis plus régulièrement AgoraVox, donc ce que je vais dire sera un peu daté. On passe sur les paraphrases de dépêches d'agence par lesquelles on s'improvise journaliste-citoyen, l'un des autres grands genres de la maison c'est l'éditorial à la Speaker's Corner (même si dans les consignes de publication, il ne faut surtout pas éditorialiser). Le problème de ce genre de support, c'est de trouver de la matière qui fasse un peu sérieux et qui ne soit pas trop chère. Comme ce n'est pas une plateforme militante (même si on sent une vague tendresse pour le MoDem) à la différence de Betapolitique ou de Bellaciao, ou semi-professionnelle comme MediaPart et Rue69, il faut accepter un peu tous les contenus qui se proposent. C'est nettement moins trash que Le Post, mais le lobbyisme est bien un des écueils d'AgoraVox : je l'ai vu à l'oeuvre pour les langues (avec une sympathique association pour une langue artificielle et internationale dont le nom commence par e*** et dont les membres gouglent toutes les occurrences récentes du nom) ou pour des thèmes écologiques comme le groupe de pression des biocarburants. L'exemple de la scientologie est un point culminant : il n'y a pas de travail journalistique ou militant à la base, c'est-à-dire de tri. Daniel Schneidermann avait fait ce constat dans son BBB (l'article saignant peut sans doute être retrouvé dans WebArchives puisque le BBB n'existe plus) et il parlait alors du robot qui est aux commandes d'AgoraVox (j'avais eu aussi chez moi des mots très durs pour la prétendue correctrice de ce site qui a disparu très vite). Le problème, c'est qu'il faut générer du flux pour faire du flouze afin de survivre, et l'espace du journalisme dit participatif ou prétendument citoyen est en grosse situation de concurrence vu la multiplication des différents agrégateurs de divers ordres. AgoraVox se maintient encore un peu du fait de ses accords avec Yahoo!, mais comme il n'y a jamais eu d'investissement dans une rédaction ce sera sans doute le premier site à fermer boutique : de toute manière les blogueurs qui y écrivent reproduisent les mêmes billets dans dix lieux différents et concurrents.    

Moktarama 12/07/2008 19:12


AgoraVox produit effectivement pas mal d'articles sans valeur, toutefois comparé à des plateformes comme Paperblog ou LePost, la qualité est nettement supérieure à mon goût, et il m'arrive assez
régulièrement de trouver des papier intéressants. Pour autant, il semble en effet qu'ils aient raté quelques marches pour un développement de la crédibilité ou du sérieux.