Les salariés d'EDFfont partie de la frange très supérieure du fonctionnariat.
De celle qui n'est jamais - ou presque - concernée par les turpitudes du fonctionnaire de base. Elles ont droit à 5 ans d'abattement pour leur retraite pour chaqueenfant, par exemple. Ainsi qu'à de l'électricité à une fraction de son coût pour les non-salariés de l'entreprise. Ainsi qu'à un alignement des
retraites sur le régime généralplus que
rempli de mansuétude. Mais aussi auCE le plus riche de France, qui
prélève 1% de toutes nos factures d'électricité, et permet ainsi de redistribuer des milliers d'euros aux fonctionnaires- et à la CGT, ce qui est déjà nettement moins glorieux -ou à leurs enfants.
Là, vous vous dites, ça sent le discours de droite, même libéral- économiquement, faudrait pas froisser Delanoë -pourrait-on dire. Ben rien du tout ! Je pose cette situation pour que vous compreniez bien à quel point les fonctionnaires d'EDF ont été de grands
gagnants du service public, qui leur a permis à coup de régulations d'avoir d'excellentes conditions de travail dans une entreprise d'Etat fort rentable malgré tout, comme quoi on peut faire
des bénéfices très acceptables tout en choyant - très - fort ses salariés.Personnellement, je ne vois pas de mal à ça, j'ajouterais
que ce qui est décevant là-dedans est plutôt le fait que l'Etat n'arrive pas à la même excellence des rapports sociaux dans tous les autres secteurs où sont employés des fonctionnaires - on
pourrait penser à l'Education Nationale où les rémunérations et conditions de travail sont nettement plus difficiles.
Je vais en rajouter une
couche, je suis actionnaire d'EDF. Parce qu'il était hors de question que je laisse échapper mes - les vôtres aussi - impôts être redistribués pour rien du tout à ceux qui voudront d'une action
dont la valeur allait forcément exploser, sur le modèle de la privatisation des autoroutes. Mais également parce que je préférais garder ce capital - celui d'EDF - en France, et que j'espérais un
jour pouvoir le rendre à l'Etat dans le cadre d'une renationalisation.Quel grand fou ! Car comme l'a dit le commentateurde mon précédent billet sur EDF, " est-ce que l'état peut ouvrir le capital d'une entreprise en prenant soin de rester
majoritaire, et donc sans se préoccuper des actionnaires qui pourront s'égosiller tant qu'il veulent si l'action venait à plonger ? "Question à laquelle je répondais que cela me paraissait assez peu probable. Je me disais donc en conséquence, plus de personnes responsables - et
françaises - ont une participation dans le capital, moins l'entreprise sera sujette aux desiderata de l'actionnariat classique, les français comprenant bien que réclamer des dividendes ou une
montée des cours n'aboutira qu'à payer leur énergie électrique de plus en plus cher. C'est ici qu'intervient le TARTAM, ou Tarif Réglementé Transitoire d'Ajustementdu Marché -voir le 6. de la section II. Voté tout d'abord en fin
de second mandat sous Chirac, puis dans le "pack de l'été" concocté par Sarkozy, ce dispositif est un aveu d'échec de la libéralisation du marché de l'électricité pour les entreprises en France. En
effet, il permet aux industriels et entreprises ayant changé de fournisseur de revenir à un semblant de réglementation des tarifs - ils payent le tarif réglementé plus 20 % à leur compagnie
d'électricité - sur simple demande, et ce jusqu'en 2010.Permettant ainsi de freiner la hausse vertigineuse des prix du marché de
l'électricité.On se dit que ce dispositif montre bien l'inefficacité de la libéralisation totale du marché de l'énergie, mais là
n'est pas le propos de ce billet.
En effet, il est prévu de rallonger le dispositif TARTAM jusqu'en 2012.Et là, c'est
la levée de boucliers du côté de l'ADAM, association d'actionnaires minoritaires, car cela met selon eux clairement en danger
la rentabilité d'EDF ainsi que son cours en Bourse. Bon, je ne peux pas dire que je sois étonné. Certais en veulent toujours plus, l'action a quasiment pris 100% depuis son introduction, ils en
veulent plus, c'est leur droit.C'est extrêmement stupide à mon avis, mais la démocratie étant ce qu'elle est, ils peuvent le
faire. Ce qui me choque infiniment par contre, c'est que les fonctionnaires-salariés-actionnaires d'EDF, qui ont acquis ces mêmes actions à un
tarif très préférentielet qui furent et sont doublement les premiers bénéficiaires du service public de l'électricité, s'expriment
sur le sujet dans le même sens que l'ADAM et étant même les instigateurs de ces protestations.Ainsi, ils ont déjà fait un bénéfice
bien plus important que les actionnaires non salariés, sont parmi les rares fonctionnaires à avoir des conditions de travail et de revenus extrêmement avantageuses, et réclament la même chose que
l'ADAM, à savoir la suppression - ou au moins la non prolongation - d'un semblant de réglementation des tarifs de l'électricité au titre que cela mettrait en danger la capacité d'investissement
d'EDF, les rémunérations des actionnaires et le cours de Bourse de leur employeur. On croit rêver, surtout quand cela vient d'une population qui a bénéficié bien plus que les autres de ces diverses
réglementations de service public. Pour en revenir au titre, l'association EDF Actionnariat Salariéa envoyé une
lettre au gouvernement et aux députés pourfaire valoir ses
arguments, cités ci-dessus. Ils - les membres de l'association, tous salariés d'EDF - sont donc radins, vu qu'il
leur semble qu'un bénéfice de 150 % en deux ans risquerait de ne pas devenir 200 % dans un an - le second chiffre est fantaisiste, juste histoire d'illustrer le niveau de pingrerie de ces chers
fonctionnaires-salariés-actionnaires d'EDF qui ont déjà fait d'énormes bénéfices - , mais également incohérents vu les immenses bénéfices qu'ils ont toujours tirés en tant que salariés et
citoyens d'une réglementation étatique très stricte du commerce de l'énergie électrique dans notre pays.
[viaAgoraVox.fr]
PS : L'association EDF Actionnariat Salariéne semble pas
représentative de la totalité des salariés d'EDF, bien que suffisamment présente pour que je l'amalgame avec ces derniers. La
fameuse majorité silencieuse, tout ça... Pour dissiper d'éventuels doutes, j'ai envoyé un courriel à l'association, nous verrons bien ce qu'elle me répondra concernant sa propre
représentativité.
PPS : Parce que ces sous virtuels, vous comprenez, EDF en a absolument besoin, ne serait-ce quepour renflouer les comptes de l'Etat anglais, ou pour racheter tout ce qui ressemble à une entreprise de fourniture d'électricité dans le monde...encore une fois, la notion de service public
semble avoir totalement disparu de la gestion et de la mentalité des entreprises d'Etat, la SNCF ou Air France en soient témoins.
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