Des réacteurs EPR et de la nécessité du service public

Publié le par Moktarama


        Je vous le dit tout de go : je suis capitaliste. Je suis également très en faveur de l'énergie nucléaire, pas spécialement pour sa propagation dans le monde - sinon, le même problème de ressources qu'avec le pétrole se posera - , mais pour sa conservation par renouvellement dans les pays l'exploitant déjà, considérant que ce sera toujours ça de CO2 en moins.

        Bon, d'un autre côté, je ne suis pas pour "réguler par petites touches un très bon systême par ailleurs" , comme se complaisent à peindre les militants d'extrême-gauche
toute personne qui n'est pas pour la collectivisation. Je considère que ce systême apporte une flexibilité indispensable dans de nombreux secteurs économiques. Qu'il est, à l'instar de la démocratie, le moins mauvais. Que donc, comme la démocratie, il faut l'encadrer extrêmement sévèrement pour tenter d'éviter aux penchants naturels de la nature humaine de prendre le dessus - comme c'est le cas actuellement.

        Avec une bonne dose de protectionnisme par exemple, c'est ce que font les japonais et les américains depuis toujours, malgré les proclamations permanentes sur le "free market"
de ces derniers. Proclamations qui sont surtout valables pour les autres pays, si on y regarde de plus près, je pense par exemple à la massive levée de boucliers lorsque l'appel d'offre du futur avion de ravitaillement américain est allé à EADS - malgré la construction aux USA - au lieu de Boeing. Ou la même levée de boucliers lorsque Dubai a voulu racheter les ports via son fond souverain.

        De même, je considère que le service public est au moins aussi indispensable que le capitalisme, dans de nombreux secteurs économiques. Souvent avec une certaine complémentarité par ailleurs, ce que les services publics font mal, le marché ne le fait pas trop mal, ce que le marché fait de manière désastreuse, les services publics ne le font pas trop mal.

        Mais, pour que le service public soit efficace dans ses secteurs, il faut que le caractère public - financement, objectifs, emploi, etc... - soit total, tout comme l'encadrement du marché doit être transparent et strict - pas de niches fiscales d'entreprises, pas de crédits d'impôt aux multinationales, pas de
paiement à 90 ou 60 jours pour les hypermarchés, pas de comptes offshore, pas de paradis fiscaux au coeur de l'Europe - si on ne veut pas voir le systême se pervertir immédiatement.

        
Un bel exemple de service public totalement dévoyé, c'est la SNCF. La SNCF qui ne remplit depuis quelques années plus du tout sa mission de service public, simplement parce que les objectifs donnés ont changé : ce n'est plus de transporter au moindre coût un passager, mais de faire un maximum de bénéfices pour remplir les caisses - et non, par exemple, d'être à l'équilibre - , mais aussi de remporter le marché du voyageur Business - notamment par rapport au transport aérien - bien plus rentable que Robert et Yvonne emmenant leurs 3 chiards avec la carte familles nombreuses. Fatalement, le citoyen "de base" l'a dans le cul, le service public ne remplit plus son rôle, car on lui a assigné des objectifs qu'une entreprise privée ne renierait pas. Par ailleurs, la future filialisation du fret ferroviaire  et son actuel non-développement total procèdent de l'objectif énoncé ci-dessus.




        Là, vous vous demandez : Quel rapport avec le titre ? Figurez-vous que ça arrive...En effet,
cet article du Monde raconte par le menu les déboires à répétition commis par Areva et EDF dans les constructions des réacteurs nucléaires EPR de Flamanville - Manche - et de Finlande. D'assez gros déboires, vu que la construction a été stoppée par l'Autorité de Sûreté Nucléaire - peu suspecte de nucléophobie - à Flamanville pour plus d'examens. Selon l'ASN, ces erreurs dans le coulage du béton, les soudures, la qualité des différents matériaux, les compétences des salariés du chantier, les variations entre plans et réalisation, les contrôles successifs, et la capacité à réparer toutes les errreurs précédentes "illustrent un manque de rigueur inacceptable" . Faut dire que ça la fout mal pour l'entreprise et le pays qui sont reconnus comme étant les leaders internationaux dans le domaine !

        Et là, Le Monde, fidèle à lui-même, embraye dans le même article sur la grève récente des vigiles - !!! - chargés de garder le site et employés en CDD par un prestataire de services, pour finir par un :
Les syndicats CFDT et CGT se plaignent d'un "manque de dialogue social sur le chantier". Merci bonsoir, si vous cherchiez un minimum d'investigation ou de réflexion dans mon article, ce n'était pas la peine.

        Alors que cela me semble tout à fait révélateur de ce qui se passe sur le chantier : les prestataires de services ainsi que les entreprises privées -
notamment Bouygues et filiales - sont très majoritaires sur le chantier, et combiné à EDF ayant maintenant des actionnaires - j'en fais partie par ailleurs - , les objectifs s'éloignent - à grande vitesse - de ceux du service public. Il doit être au moins autant question  dans les réunions de la vitesse du chantier - pénalités de retard, image de marque, ventes à l'étranger, etc... - que de la sûreté nucléaire, heureusement que l'ASN est là pour rappeler un tant soit peu à l'ordre tout ce petit monde. Et je ne parle même pas des conditions de travail des salariés, qui me paraissent être une grossière erreur sur un chantier de cette importance, entre l'espionnage industriel, le plan vigipirate au maxi, et la simple certitude que nous ne construisons pas de futurs Chernobyls.

        Vous aurez compris tout le mal que je pense de la privatisation d'EDF-GDF, de la future privatisation d'Areva - une erreure monumentale au moment où les prix du pétrole s'envolent durablement - , de la privatisation "en douce" de la SNCF, et par ailleurs de l'immense connerie que représenta le soldage des redevances autoroutières. Tiens, je pourrais aussi ajouter le roulage dans la farine - fine, la farine - fait admirablement par Lakshmi Mittal, qui n'a rien à envier aux spécialistes occidentaux dans le domaine.

        Je vais regarder Roland-Garros, ça devrait me calmer, parce que le bilan des dernières années est tellement mauvais que c'en est blasant.



PS : j'oubliais,à titre indicatif,
il y avait 70 employés EDF en avril pour environ mille personnes sur le chantier...



PPS : aucun rapport, mais Le Monde ne me lasse décidément pas de sa médiocrité, de manière similaire, j'ai l'impression, à
la lecture des commentaires en ligne du Figaro que s'inflige CSP. Ainsi, notre bon journaliste redécouvre la lune, en nous annonçant que Sevran - il dit comment y aller, pour les intéressés... - devient un "supermarché de la drogue". Passons sur le titre racoleur, juste histoire de dire que ça fait une paye que c'est le cas - c'est très loin d'être un scoop - , et qu'encore une fois si on veut la moindre explication - éloignement progressif du deal loin de Paris due à la chasse intensive à proximité, ce genre de choses, je ferais peut-être un billet tiens - on peut se brosser, que du factuel avec l'annonce de la création d'un commissariat pour rassurer les bonnes gens, alors que cela ne changera rien au fond du problème - le trafic se déplacera de 10 bornes.



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Falk 01/06/2008 00:46

Ahoy,Je suis une buse en économie et tout-ça-tout-ça, donc j'ai peut-être raté quelquechose, mais, je te cite :"EDF ayant
maintenant des actionnaires - j'en fais partie par ailleurs" "Vous aurez compris tout le mal que je pense de la privatisation d'EDF-GDF"Y'aurait pas comme une incohérence ?Ou est-ce que l'état peut ouvrir le capital d'une entreprise en prenant soin de rester majoritaire, et donc sans se préoccuper des actionnaires qui pourront s'égosiller tant qu'il veulent si l'action venait à plonger ?

Moktarama 01/06/2008 12:50


Je vois pas vraiment : j'en ai pris à titre personnel parce que je savais qu'on bradait bêtement le service public, que je ne compte pas laisser ces bénefs - ceux auxquels nos impôts contribuent
depuis 50 ans - aux fonds de pensions - comme pour les  autoroutes - , et j'estime préférable qu'EDF soit tenue encore en partie par les contribuables français. Je veux avoir mon mot à dire en
cas de privatisation totale.

Ce qui ne veut pas dire que j'approuve. Si l'Etat renationalisait EDF je serais le premier à rapporter mes actions.

Et non - pour la fin de votre réponse - , on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Si l'Etat vent - même en partie, et en gardant le contrôle théorique - , la logique d'actionnariat
l'emporte. Là est bien toute une partie du problème.