Essai de l'encyclopédie Britannica sur internet

Publié le par Moktarama






        Je vous avais
parlé la semaine dernière de l'offre de l'encyclopédiste anglophone Britannica, permettant à tout possesseur de site ou de blog d'obtenir après demande la gratuité totale du contenu en ligne, mais aussi de partager les articles avec ses lecteurs. L'encyclopédie en ligne Wikipedia est clairement ici en ligne de mire, Britannica voulant montrer au plus grand nombre sa supériorité, permettant de gagner des abonnés - 7.50€ par mois tout de même - sans parler de la publicité gratuite faite par lesdits blogueurs. La condition étant claire : Britannica se revendique comme très supérieure à Wikipedia, mettant en avant l'argument de la spécialisation de ses rédacteurs parfois prix Nobel.

       Cet essai est totalement non exhaustif, j'ai regardé les articles correspondant au billet que je compte faire après celui-ci sur Britannica et Wikipedia - versions françaises et anglaises de cette dernière - , ainsi que
l'article France pour estimer la fiabilité des infos que je connais à priori le mieux.

       Tout d'abord, parlons un peu de l'inscription. Elle est rapide à faire et semble acceptée dans la semaine y compris pour des sites non anglophones - seule langue de l'encyclopédie, malheureusement. Elle vous donne droit à l'accès illimité pour un an.
       
       Le design du site est fort joli, très épuré, malheureusement les couleurs de fond sont des couleurs foncées - hors le corps de l'article - ce qui rend la lecture plus fatigante qu'un fond uni blanc "à la Wikipedia" . Un autre défaut - plus un oubli je pense - est l'absence de module de recherche simplifié comme
on peut en ajouter sur Firefox avec Wikipedia, allociné, Exalead, Google...ça manque cruellement quand on a l'habitude de rechercher des informations par ce biais, qui permet en plus de jongler très rapidement entre différentes sources. Dommage, surtout que pour le reste c'est du très beau boulot, avec des onglets, une table des matières très bien intégrée, bref ces deux fautes viennent entacher un tableau très positif sinon.


Maintenant qu'on a vu la forme, essentielle sur un média aussi souple qu'internet, voyons le fond :

        Comparons ainsi les articles concernant la Birmanie/Myanmar sur Britannica et Wikipedia.
Sur Wikipedia, c'est un article assez complet, qui va sûrement un de ces jours être classé comme "de référence" par les administrateurs - les modifications seront alors quasiment bloquées - et de toute manière un simple clic sur la page "discussions" permet d'évaluer sa fiablité. Il est totalement intégré dans le contenu, avec des liens très nombreux vers d'autre pages de l'encyclopédie, un classement en bas de page dans le portail de l'Asie, et des articles plus détaillés pour certaines parties de l'article général. La page est à jour, faisant mention du cyclone de la semaine dernière.

       
Sur Britannica, c'est un article qui semble dans la moyenne...le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il est massif ! Et qu'il est aussi nettement plus complet que l'article de Wikipedia, avec deux petits bémols toutefois : dès que Wikipedia traite un sujet en profondeur un nouvel article est crée, ainsi sur l'histoire de la Birmanie Wikipedia est sensiblement aussi précis si on clique sur les articles d'approfondissement ; quand aux évènements de 2007 l'article de Britannica ne dit rien, s'arrêtant à 1993 pour l'histoire du pays...bon, sur le reste, il n'y a pas vraiment photo, la Britannica n'est pas un modèle pour rien, c'est extrêmement complet, large et inspirant une très grande confiance au niveau du contenu.

       Passons maintenant à un genre d'articles tout à fait différent : les cyclones ! Cette fois-ci, le match du contenu s'inverse, et là ou
Wikipedia fournit un article exhaustif tout en étant précis et simple, avec les liens permettant tous les approfondissements voulus ; on se retrouve avec Britannica dans un article de dix lignes, bien moins clair et exigeant quasiment du lecteur de passer sur un article, lui trop vaste sur la totalité des phénomènes atmosphériques cycloniques et anticycloniques, ou l'information est forcément moins accessible puisque diluée.

       Je compare maintenant des articles touchant des sujets polémiques : Israël et le Hamas, susceptibles de vandalismes et orientations sur Wikipedia, et ou Britannica devrait fournir une information objective et de qualité si l'on suit l'argumentaire de vente de l'encyclopédiste britannique. Sauf que...la
version Wikipedia de l'entrée Hamas est bien plus complète et objective que le minuscule texte de 15 lignes de Britannica. L'entrée d'Israël est, elle, si un peu moins complète que la version Britannica, en tout cas toujours peu soupçonnable de subjectivité vu la profusion de sources consultables librement...de toute manière au moindre doute la page discussions est là ! Tandis que si, sur Britannica, l'entrée est exhaustive et fouillée, on aimerait parfois avoir des sources consultables quand on lit des choses comme :

An increasing number also avail themselves of higher education within Israel’s public schools and colleges, and many younger Arabs are now bilingual in Hebrew. Although most Israeli Arabs consider themselves Palestinians, all are full Israeli citizens with political and civil rights that are, with the exception of some limitations on military service, equal to those of Israeli Jews. Many Arabs participate actively in the Israeli political process, and several Arab political parties have members in the Israeli Knesset. Despite this inclusiveness, however, many Israeli Arabs still see themselves as living in an occupied state, and suspicions and antagonism persist.

        Parce que le discours, là, il sonne un peu "Israël a tout donné à sa population arabe - ce qui est méchamment faux vu les diverses discriminations dont ils sont victimes - qui en retour continue à se prendre pour des palestiniens et opprime son propre pays. Je serais disposé à l'admettre si une soure fiable était fournie, un rapport de l'ONU, ce genre de trucs. Car je n'ai que moyennement envie de devoir regarder qui en est l'auteur pour savoir si ce que je lis risque d'être orienté ou non.



Pour résumer, j'estime que Britannica souffre de deux gros défauts, l'un corrigeable à moyen terme, l'autre quasiment inhérent à son processus de fabrication :

       Tout d'abord, il semble que les concepteurs du site, malgré leurs talents graphiques, n'aient pas compris que le succès de Wikipedia n'est pas uniquement dû à la gratuité, mais aussi à sa forme qui est géniale : fond blanc, police simple, textes aérés, entrées approfondies par des articles détaillés permettant une rapide vue d'ensemble tout autant qu'un approfondissement poussé, et la mise en liens de tout terme un peu complexe d'un article. Tout cela manque fortement à Britannica, d'autant plus que sa cible est ici les gens déjà habitués à la simplicité d'usage de Wikipedia. Il y a donc pas mal de travail en perspective pour les concepteurs web.

       Ensuite, le second défaut de Britannica n'est pas soluble dans la mesure ou c'est aussi ce qui fait sa qualité : en effet, si la rédaction faite par des grands spécialistes est extrêmement intéressante dans la mesure ou les articles font autorité, et ou effectivement la densité d'informations est souvent très élevée et semble fiable - l'article France ne m'a pas paru comporter d'erreurs pour ce que j'en ai lu - , bref pour des étudiants c'est du pain béni et ça fera frémir de joie leurs professeurs - premiers contempteurs de Wikipedia. Maintenant, je ne suis pas sûr que le quidam passera à Britannica en ligne plus qu'il n'achetait les versions papier. En effet, il manque pour les habitués du web des choses essentielles comme des sources librement consultables, ou la possibilité de voirs quels points de l'article sont encore en polémique - alors qu'un grand nom choisira peut-être l'hypothèse ayant sa préférence - ;  bref la démocratie de masse régulée correctement est extrêmement efficace pour permettre ce genre de choses...ainsi que pour une réactivité quasiment sans faille comparée à une encyclopédie dont les articles ne sont que peu fréquemment mis à jour, ou encore la présence de gros articles même sur des sujets parfois peu traités par Britannica.

       Pour conclure, je dirais donc que si Britannica est une source que j'utiliserais probablement à l'avenir, il ne me semble pas plus valable de se limiter à celle-ci - ce serait même une sacrée erreur - que de se limiter à Wikipedia. Comme toujours, le bon usage du web consiste avant tout à savoir trouver un maximum de sources pour se faire une idée du sujet, surtout s'il est récent ou polémique. Pour le reste, Britannica est parfaite...mais payante, alors que la plus-value ne me semble pas si significative que cela.

        A recommander donc avant tout à ceux qui sont étudiants ou à ceux qui travaillent dans le domaine du savoir - qui auront là un outil supplémentaire très utile car complémentaire de Wikipedia en de nombreux points - , pour le quidam sachant trier et évaluer les informations autant se limiter à Wikipedia tout en ajoutant Google au moindre doute ou pour approfondir. Si, par contre, vous ne savez pas trier vite les infos et juger leur fiabilité ou leur qualité, vous apprécierez Britannica car elle vous permet de faire confiance et de ne pas avoir à mettre en doute en permanence les écrits. Maintenant, sur les sujets prêtant à polémique faites attention, un auteur connu n'est pas forcément plus objectif que 10 auteurs anonymes.



PS : ne vous étonnez donc pas de voir apparaître des liens vers Britannica dans mes futurs billets, cela dépendra des sujets et de ce que je chercherais à vous montrer.



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