La Russie agresse la Géorgie : vers une confrontation armée ?

Publié le par Moktarama

        Après la Tchétchénie, la Russie de Poutine a décidé d'ouvrir un second front à ses frontières, cette fois-ci contre un pays nettement plus reconnu internationalement que le voisin tchétchène et qui essaie farouchement de maintenir son indépendance vis-à-vis de la Russie avec un certain succès depuis la chute de l'URSS.




        La Géorgie, empire médiéval ayant connu diverses dominations dès le XVIème siècle, se retrouve annexée par la Russie en 1801 puis, après quelques brèves années d'indépendance suite à la révolution bolchevique de 1917, devient partie intégrante de l'URSS. En fait, la vraie indépendance de la Géorgie ne sera faite que le 9 avril 1991. Celle-ci sera suivie de peu par les déclarations d'indépendance des provinces géorgiennes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, qui depuis cette date font sécession et une lutte armée contre l'Etat géorgien.


        La Russie n'a jamais accepté vraiment l'indépendance de la Géorgie, et cherche depuis à l'affaiblir au maximum et à l'isoler : la Russie si réticente à accepter l'indépendance de ses anciennes provinces - je pense fort à la Tchétchénie notamment - , soutient officieusement depuis 1991 la république sécessioniste d'Ossétie du Sud, notamment en ayant de bonnes relations commerciales et des partenariats, et soutient officiellement les indépendantistes abkhazes depuis leur indépendance proclamée de 1992. Le tout avec de nombreuses ingérences, tant politiques et diplomatiques qu'économiques sur le territoire et contre l'Etat géorgien. Ainsi, non contente d'être le seul pays à reconnaître officiellement depuis 2006 les deux provinces séparatistes russophones – les géorgeophones en ayant été expulsés en 91 de manière similaire aux populations des Balkans - , on peut se souvenir du chantage au gaz des hivers derniers par l'entreprise Gazprom bras économique de la Russie, et des très fortes pressions politiques lors de la Révolution des Roses de 2003 – première des révolutions colorées et prélude à la révolution Orange ukrainienne - qui permit en 2004 aux géorgiens d'avoir un dirigeant élu démocratiquement, Mikhail Saakashvili, logiquement pro-occidental – comme une grande partie des géorgiens, comme on dit chat échaudé...


        Débarrassée en 2003 de l'ex-apparatchik soviétique qui en était président, la Géorgie a donc immédiatement cherché un maximum de soutiens et partenariats internationaux pour se légitimer et diminuer la très forte influence russe, ainsi de nombreux partenariats ont été faits avec les USA, notamment l'entraînement de troupes et la fourniture de matériel militaire. Le pays est également prétendant à une future – et lointaine – adhésion à l'Union Européenne, un membre de l'OMC mais surtout un membre de l'OTAN à très court terme – le référendum en Géorgie est imminent - , ce qui déplaît énormément à la Russie de Poutine.


        Ainsi, depuis 15 jours la tension est très fortement montée entre les deux voisins, il apparaît évident que la Russie cherche à influencer le référendum par tous les moyens. Ainsi, non contente d'apporter une aide matérielle active aux indépendantistes abkhazes depuis 15 ans, la vitesse supérieure a été passée. Ainsi, le 20 avril l'armée géorgienne a fourni des images prises le jour même d'un de ses drones fournis par les Etats-Unis qui survolait l'Abkhazie. C'est simple, on voit celui-ci se faire descendre par un missile tiré d'un MiG-29 reconnaissable à sa double dérive. MiG que seule la Russie possède dans la région...l'Etat russe a aussitôt nié et crié au trucage géorgien. Voici la vidéo :



 


        Dans le même temps, depuis le 16 avril 2008 la Russie s'est engagée dans une coopération économique renforcée avec les provinces d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, tout en augmentant dans le même temps de mille hommes, et ce sans mandat son contingent de « stabilisation » présent depuis des années sur mandat de la CEI – 2000 hommes à la frontière russo-géorgienne qui ferment les yeux sur les actions des indépendantistes tout en empêchant toute action armée géorgienne. En réponse, la Géorgie a fait savoir qu'elle s'opposerait à l'adhésion de la Russie à l'OMC, la rendant impossible de fait, tant que la Russie n'annulera pas ses décrets de coopération.


        Depuis quelques jours, le ton est encore monté. Le renforcement militaire russe s'est ponctué de « l'affaire du drone », mais également de nombreux mouvements de troupes suspects en Abkhazie et en Ossétie du Sud, la situation évidente étant que l'armée russe ne respecte pas l'intégrité territoriale géorgienne. Et là, c'est le pompon : l'Etat russe a annoncé officiellement l'arrivée le 1er mai de nouveaux renforts de troupes, sans donner de chiffres – plusieurs milliers d'hommes apparemment – et directement en Abkhazie, toujours soi-disant pour aider à stabiliser la région. La Russie clame également que c'est l'adhésion à l'OTAN qui est responsable du refroidissement du dialogue – j'adore le langage diplomatique – entre les deux pays. La Géorgie, elle, cherche le soutien des démocraties occidentales, avec des succès divers : les USA demandent de « la retenue » à Poutine – tout comme l'OTAN qui a ensuite tancé la Russie sur le mode « pas bien Poutine » - , Condoleezza Rice se dit « très préoccupée » par la situation, l'UE est comme d'habitude peu avare de sa timidité, seuls la Lituanie, la Pologne et la Turquie s'étant exprimés sur la question et réaffirmant leur entier soutien à l'intégrité territoriale géorgienne.


        La guerre est-elle possible ? Je dirais que Moscou est déjà en guerre, et que la généralisation de la violence ne serait pas une première dans la région, la Tchétchénie en soit témoin. Mais surtout que tout va dépendre de notre attitude et de la façon dont l'UE – parce que la réaction américaine est prévisible – va avancer ses pièces sur l'échiquier dans les jours et semaines à venir. Les russes le savent bien, eux dont le message européen est actuellement « ne vous inquiétez pas de ça, vous n'allez tout de même pas gâcher la belle amitié russo-européenne naissante » . Plus on se bougera maintenant, plus la guerre sera évitable facilement. En effet, contrairement au Tibet, la Géorgie est presque membre de l'OTAN, et la Russie n'attaquera sérieusement que si elle sent son adversaire en position de faiblesse. Ce qui risque d'être le cas si l'UE garde le silence ou ne fait pas de déclarations communes, et si les américains ne sont pas en mesure d'apporter suffisamment de puissance militaire en dissuasion. L'autre option étant que les USA montrent les dents par faiblesse de leurs possiblités de déploiement militaire, ce qui renforcerait Bush et les néo-cons et serait donc préjudiciable à tout le monde.


        Sinon, de manière plus globale, on est encore une fois dans un problème de souveraineté de pays et de populations, avec un double enjeu : l'indépendance géorgienne vis-à-vis de son voisin russe, mais également l'autodétermination démocratique des provinces sécessionistes. Les conflits du XXème siècle ont encore de beaux jours devant eux semble-t-il, entre la Palestine, la Tchétchénie, le Tibet, le Sahara occidental...Bref, que des situations toujours extrêmement complexes, j'espère que ce billet vous aura – un peu – éclairé sur une question qui va sûrement être le point chaud international – en dehors de l'implosion irakienne – dans les prochaines semaines.

 

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