Du waterboarding et du pourquoi de la pub Areva

Publié le par Moktarama

 


        Le scandale du waterboarding simulacre de noyade en bon français - aux Etats-Unis ressort ce dimanche dans le New York Times, qui révèle que le ministère de la Justice autorise toujours officiellement cette technique d'interrogatoire dans le cas de suspects dans les enquêtes antiterroristes. Ceci alors même que George W. Bush a déclaré l'été dernier que la torture ne serait désormais plus utilisée. L'argumentation du ministère est double, l'une légale consistant en la tentative de convaincre qu'au sens légal cette technique n'est pas une torture, l'autre politique et basée sur l'affirmation que les bénéfices de ces légers écarts aux droits de l'homme sont suffisamment intéressants pour ne pas y renoncer et « faire tuer des hommes sur le terrain » .


        Mais qu'est ce que le waterboarding ? Le principe est de simuler une situation de noyade : on attache fermement la personne sur le dos sur une planche inclinée légèrement la tête en bas, et l'on verse de l'eau soit directement dans la bouche, soit après avoir entouré la tête ou enfoncé dans la bouche un linge. C'est une technique extrêmement efficace – de quelques secondes à quelques minutes – et qui ne laisse aucune séquelle physique. Ceci dit, il est absolument impossible de ne pas qualifier le waterboarding de torture.


        Elle fut d'ailleurs utilisée en tant que telle par l'Inquisition espagnole – voir illustration ci-dessus, d'Anvers car la Flandre était espagnole - , le processus légal exigeant à l'époque quasi systématiquement la torture considérée comme la technique d'interrogatoire la plus efficace. Elle fut également employée comme châtiment pendant l'époque coloniale, y compris aux Etats-Unis pour punir les esclaves. Enfin, le recours à cet usage fut massif après 1950, que ce soit durant la guerre d'Algérie la baignoire étant son petit nom comme la gégène pour les électrocutions - ; pendant la guerre du Vietnam – par des soldats US - ; au Chili sous le triste règne de Pinochet ; au Cambodge sous domination Khmer rouge, et finalement en Irak et sur le sol américain. Je vois donc assez difficilement comment vont s'y prendre les juriste du Department of Justice pour expliquer que, si on pinaille sur chaque lettre des textes, ce n'est pas considéré légalement comme tel et donc justifiable. Ah, et j'ai failli oublier, par ailleurs le waterboarding est clairement considéré comme de la torture et donc explicitement interdit par la Convention de Genève. Mais ça ils s'en foutent, vu qu'ils ont déjà réussi à faire avaler que les suspects de terrorisme ne sont pas soumis aux lois civiles mais n'en sont pas plus des militaires donc pas soumis à la Convention de Genève. Du beau boulot, y a pas à dire les Etats-Unis sont un sacré pays de juristes !


        Ensuite, examinons l'argument ô combien politique et utilisé depuis toujours un peu partout dans le monde, consistant à expliquer que certes, ce n'est pas très bien, mais que franchement, ça évite quand même à plein de nos braves concitoyens de ne pas se faire tuer. Forcément, présenté comme ça, c'est assez alléchant. C'est vrai qu'on va pas pleurer, c'est juste pour les terroristes, c'est que des séquelles psychologiques, et c'est très important, on est en guerre ! Alors tout d'abord, cette technique est « trop » efficace – c'est d'ailleurs souvent le problème quand on fait un interrogatoire en usant de la torture – et pousse les interrogés à dire tout et n'importe quoi, disons que la fiabilité des informations en prend un sacré coup.


        Mais la vraie réponse à cet argument est qu'en l'occurence, aucun pays ne promeut efficacement les droits de l'homme et son image internationale en s'abaissant à ce genre de procédés, ça n'attire que la violence, décrédibilise toute une politique étrangère, bref que les conséquences négatives du non-respect des grandes conventions internationales sont phénoménales comparées aux avantages. On sauve peut-être une patrouille en Irak, mais on suscite 1000 vocations de terroristes en affirmant au monde entier que les Etats-Unis ne sont plus un état de droit. Amnesty International vient d'ailleurs de lancer une campagne-choc destinée à faire prendre conscience aux citoyens américains de ce qu'est en pratique cette technique d'interrogatoire qui ne serait pas de la torture et qu'il serait acceptable d'appliquer aux détenus suspects de terrorisme, détenus qui commencent à se compter par paquets de mille sur le territoire américain :






 

 

 


        Sinon, absolument aucun rapport mais je vois depuis quelques jours que la campagne de publicité télé de l'entreprise publique et leader mondial du nucléaire Areva repasse en boucle. Y a même un site joli comme tout, on en mangerait de leurs barres d'uranium ! Bon alors tout d'abord, j'aimerais comprendre l'objectif de ce genre de campagnes institutionnelles. C'est destiné à qui franchement ? Au particulier qui n'a pas le choix ? Aux dirigeants d'EDF qui n'ont pas le choix non plus ? A attirer d'éventuels actionnaires pour faire monter son cours ? A préparer une privatisation en douceur ?


 


Publicité Areva
envoyé par Pard

        Non vraiment, je ne comprends pas qu'une entreprise publique comma Areva aille claquer bêtement de la thune en France pour ce genre de trucs alors que tous les marchés lui sont déjà acquis. Et alors franchement, si l'objectif c'est de faire que les gens aiment le nucléaire, c'aurait sûrement été plus efficace de faire un vrai site web avec les publications scientifiques, des relevés, vos expériences, bref de quoi clouer le bec aux antinucléaires plutôt que de faire vos trois sites sur lesquels on ne trouve que très peu d'infos scientifiques exploitables pour se faire une idée.



PS : pour ceux que ça intrigue, la musique de la pub est un vieux tube disco, Funky town de Lipps Inc.

Publié dans Dans le monde

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Verel 29/04/2008 08:00

Il parait qu'on risque de manquer d'ingénieurs nucléaires d'ici dix ans et qu'il faut susciter des vocations

Moktarama 29/04/2008 15:20


Ce serait encore plus abject pour Areva franchement, faire passer l'industrie nucléaire pour des Teletubbies...pourquoi pas faire des jouets pour les Happy Meal tant qu'on y est ?