De la peste brune qui revient en Europe

Publié le par Moktarama

       Ceci n'est pas un billet positif. Plutôt du genré consterné, et sacrément désespéré. Consterné de voir que la nature humaine est exactement aussi sombre que ce que j'en ai toujours pensé, n'en déplaise aux amoureux de l'Homme. Et désespéré de voir que c'est en Europe, aux mêmes racines qu'il y a quelques dizaines d'années, que cette noirceur semble s'épanouir le mieux, du moins si elle n'est pas extirpée soigneusement et méthodiquement par la puissance publique.

       Pour l'instant, je vous semble un peu trouble. Je comprends. Pourquoi je m'emballe, oh l'Europe c'est démocratique, et tout et tout. Sauf que hors l'Allemagne la dénazification ne fut pas aussi forte et pédagogique, et on se le reprend logiquement en pleine gueule. Je ne désigne pas ici les débiles abatardis et consanguins qui se trouvent glorieux à défigurer des pierres tombales dans la nuit, et qui, n'en doutons pas, pollueront encore longtemps le paysage européen. Là, je désigne le retour d'une xénophobie et d'une intolérance d'Etat, le tout couplé à un climat sacrément peu libre de pensée.

       Je pense, bien sûr, à l'Italie du Nord, avec sa fameuse
Ligue du Nord de Gianfranco Fini, ouvertement xénophobe. Pas xénophobe du XXIème siècle à la française, pleins de circonvolutions verbales pour ne pas fâcher le progressiste. Xénophobe à la Le Pen 1965, avec cris de singe, guerre des civilisations et projet fasciste. Déjà, ça rassure moyennement quand on se remémore 3 secondes que c'est de là ou est parti le fascisme il y a 100 ans.

       Mais ce qui m'a fait écrire ceci en ce jour, c'est cela : Je lis le blog de Jean Quatremer, journaliste Europe de Libé basé à Bruxelles.
Ce week-end il a parlé d'une caricature, caricature de Une du journal de référence flamand Standaart. Caricature illustrant un article se voulant démonstrateur du chômage presque atavique qui touche la Wallonie. Là voilà :
"Ou sont les flamands ?" demande le roi ."Au travail" lui répond le conseiller.

       Alors vous, je ne sais pas, mais moi ça me fait - d'autant plus avec le contexte de l'article - clairement penser, dans l'esprit, à une période que je pensais révolue en Europe. Et je ne suis pas le seul, les commentaires ayant commencé à affluer de wallons tout d'abord, qui expliquent comment les flamands sont en train de faire de l'intolérance officielle, en soumettant le wallon à parler flamand si il veut pouvoir louer un appartement HLM en Flandres, en interdisant la communication en français, en essayant d'interdire les jardins d'enfants flamands aux enfants wallons ne parlant pas parfaitement flamand, en ayant des bibliothèques flamandes expurgée de tout texte en français, en interdisant aux wallons de Flandres ne parlant pas flamand de fréquenter les centres culturels...ça ne vous évoque rien, franchement ?

       Sans même parler de la glorification permanente de la grande culture flamande qui serait en permanence menacée par le wallon arrogant et plein de pouvoir, qui pourtant n'est qu'un profiteur de la grandeur flamande en Belgique, et qui ne cherche qu'à envahir l'espace-vital flamand pour imposer sa langue et ses moeurs dégénérés. Une rhétorique qu'on croyait enfin enterrée ressort au coeur de l'Europe et de sa capitale.

       La Flandres belge, c'est aussi une plaque commémorative en plein Bruges pour un criminel de guerre flamand reconnu, c'est l'autorisation il y a quelques jours de la tenue de
l'anniversaire de la naissance de Hitler par tout ce que l'Europe compte de nazis, les politiques flamands ayant expliqué qu'ils n'avaient pas les outils législatifs pour une interdiction, ce qui est bien sûr faux.

       Enfin, il faut savoir que les petits flamands sont éduqués avec les mauvais outils, notamment au niveau de l'organisation de la pensée, ils sont formés uniquement aux matières dures, pas à celles qui font penser la société - philosophie, histoire, des matières qui ne rapportent pas quoi.

       Le résultat, c'est ça : le billet de Jean Quatremer est apparu sur un
site flamand généraliste, et a aussitôt été submergé par un déluge d'insultes et remarques ouvertement xénophobes...en flamand, car nous pauvres connards qui parlions de la Flandres devions au moins faire l'effort de parler couramment flamand...tellement fanatisés et dénués du moindre outil de réflexion, les gars, qu'ils ne prennent même pas la peine de regarder ou ils sont. En l'occurence sur un blog français, en français, et non un blog belge pro-wallons. Mais non, en fait ce sont nous - et l'ONU et l'UE, qui épinglent souvent la Flandres - qui sommes négligeables et sans humour, à ne pas comprendre la grande culture flamande et la volonté qu'ont les flamands de ne pas la dénaturer en acceptant que les wallons, ces pervers fainéants, viennnent parasiter les richesses et le territoire de la nation flamande. Si vous voulez vous faire peur, lisez les commentaires flamands du billet - que des wallons ont traduit - , le parallèle - que d'aucun penseront douteux - avec la situation des "non-aryens" en Allemagne en 1935 saute littéralement aux yeux, ou quand 95% des flamands prennent pour vérités absolue les préjugés simplistes et réducteurs concernant la moitié de la population de leur pays.

       Je savais que la Belgique allait mal, de ce que nous en entendons en France il semble que les wallons doivent faire des efforts pour comprendre les flamands dont la culture serait en danger permanent. Sauf que nos médias, en fait, se contentent de reprendre les articles wallons, dont la presse est encore plus critiquée que la nôtre pour son allégeance au pouvoir et aux hommes politiques qui sont côté wallon gravement incompétents. Et pronent l'apaisement entre communautés. Alors qu'en fait, la Flandres mène depuis 20 ans une politique sans merci d'éradication du français et surtout des wallons de leur région, politique qui depuis quelques mois apparemment a franchi un nouveau palier, avec par exemple des maires wallons élus dans des communes flamandes à majorité de population wallone mais dont le pouvoir flamand refuse de les instituer, bravant le suffrage universel sans scrupules aucun, et - là est le grave problème - soutenu sans réserves par une immense majorité des flamands.

       Et dans tout ça, je ne vous ai même pas parlé des
partis xénophobes et flaminguants - pour une supériorité de la Flandres - qui font 30% aux élection locales, et avec qui les modérés acceptent de débattre et de signer conjointement des textes.

       Bref, je souhaite bien du courage à nos amis wallons, pour qui l'hypothèse de la scission semble de plus en plus proche au vu de l'agressivité flamande qui grandit de jour en jour. Je souhaite également bon courage aux flamands qui sont consternés par les crasses ignorance et intolérance de leurs concitoyens, ils n'ont plus qu'à s'exiler ou à la fermer. Enfin, je souhaite bon courage à l'Europe pour enlever cette tache brune qui s'est visiblement incrustée plus que les autres dans le terreau flamand il y a 80 ans. Et qui reprend de la vigueur de semaine en semaine, car quand même le grand journal flamand de gauche cède aux préjugés faciles sur les wallons, c'est qu'il y a clairement, non seulement un problème mais surtout un vrai danger.


PS : je sais qu'on va me dire "ce n'est pas comparable", ou "attends ils ne tuent personne" , mais quand on commence à faire de la discrimination enfantine pour ses aires de jeu - sans qu'aucun politique flamand ne s'en indigne - , il faut être aveugle pour ne pas comprendre ce qui se prépare là bas. Jean Quatremer ne s'y trompe d'ailleurs pas et
essaye lui aussi d'ouvrir les yeux aux wallons : la Belgique est finie car l'une de ses composante forme déja une nation, qui de plus est particulièrement violente envers les autres communautés belges.

Publié dans En Europe

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