De l'indécent hommage de Brice Hortefeux à Aimé Césaire

Publié le par Moktarama


        Aimé Césaire, chantre de la négritude et fervent anticolonialiste, vient de mourir. Personne ne l'ignore, c'est à la une de tous les journaux. Et bien sûr, comme d'habitude, chacun y est allé de son hommage, de manière totalement désintéressé soyons-en sûrs !

       Ainsi, notre cher
ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire a déclaré : "Son oeuvre nous rappelle que la reconnaissance d'une identité ne signifie pas le repli d'une communauté".

       En gros, le type est mort depuis deux jours, et notre cher Brice détourne sans aucun complexe sa pensée. Non parce qu'Aimé Césaire, c'est quand même le - seul - type qui a refusé de rencontrer Sarkozy lors de sa venue en Martinique pour les présidentielle de 2007. Aimé avait alors déclaré qu'il refusait une quelconque instrumentalisation politique, surtout envers un homme dont il est totalement opposé aux idées. Pas con, le Césaire, ce n'était pas à un vieux singe que Sarkozy allait apprendre à faire des grimaces, en 50 ans il avait eu le temps de mesurer les perversions de la politique, en ayant lui-même été un - de politique.

       Il doit donc se retourner dans son cercueil tout neuf l'Aimé, de se voir mettre dans la bouche et dans la tête des idées contre lesquelles il s'est battu toute sa vie ! Non parce que Brice Hortefeux, aux dernières nouvelles, reste quand même l'homme qui a toujours soutenu sans réserves les lois de Nicolas S. en 2003/2004/2006, chacune d'entre elle rendant la gestion des sans papiers de plus en plus inhumaine.

       J'ai bien l'impression qu'en ce moment, Brice cherche fortement à passer pour un homme plein de compassion, presque bon, histoire de contrebalancer ses ordres qui poussent la police à traquer les sans-papiers et les préfets à toujours signer les reconductions à la frontière. Ainsi, en pas deux semaines, il a fait régulariser deux cas médiatiques d'expulsions honteuses : une femme mariée à un français qui est décédé devait se faire renvoyer - sans même pouvoir régler le décès - , et un journaliste du Monde en a fait un papier. Comme Brice lit Le Monde, il a été tout ému et a décidé de la régulariser, jugeant que le préfet avait fait preuve de peu d'humanité. De même, il a régularisé tout récemment une marocaine atteinte d'un cancer, car, comme il l'a alors déclaré, le ministère essaie de "tenir compte des facteurs humains, auxquels il tient tout particulièrement". Encore une fois, le préfet aurait fait preuve de trop de zèle.

       Sauf que dans les deux cas,
les préfets n'ont fait qu'appliquer la loi Sarkozy de 2006 contre l'immigration, qui par exemple est très claire en cas de décès du conjoint. Sauf si la femme est battue, si le conjoint meurt, la carte de séjour n'est pas renouvelée. Ainsi, dans toutes les autres situations similaires ou Le Monde ne fait pas de papiers, ben c'est retour au pays, ciao bye bye.
       
        De même, ce sont ces lois qui conduisent à des
dénonciations de la part des préfectures - vous venez faire une demande d'asile, deux heures plus tard vous êtes en centre de rétention - , de la Poste - les employés ont pour consigne de retenir le sans-papiers jusqu'à l'arrivée de la police - , des mairies...les directeurs d'école ont, eux, repoussé violemment ces demandes de dénonciation.

       Ce sont encore ces lois qui permettent de maintenir des malades en centre de rétention, de maintenir des enfants en bas âge en centre de rétention, de maintenir des femmes enceintes en centre de rétention...
centres de rétention qui sont tout simplement des prisons "rebadgées" .

       Ce sont encore ces lois qui aboutissent aux nombreuses
morts de sans-papiers, avec des policiers qui sont engagés dans une traque de grande échelle et sans aucune pitié, pourchassant ceux-ci avec une implacable sévérité, comme ce malien mort noyé dans la Marne devant une témoin qui pensait avoir affaire à un grand criminel au vu de l'énergie déployée par les policiers pour l'attraper.

       Ainsi, quand Brice nous parle des méchants préfets et se targue de faire les choses avec la plus grande humanité possible dans son ministère, j'ai fortement envie de vomir. Mais quand il se permet de détourner sans scrupules un des grands penseurs noirs de France et de la francophonie pour s'en tresser des lauriers, et ce alors que son cercueil n'est même pas encore en terre, j'ai juste honte de ce que devient mon pays.

       Le comble de tout ça étant bien sûr
la proposition de Ségolène Royal - toujours autant à l'ouest celle-là, elle n'en rate décidément pas une - de le faire entrer au Panthéon, ce qui serait non seulement indécent de la part de ce gouvernement , mais en plus injurieux pour Aimé Césaire, qui en amoureux de sa Martinique voulait y reposer.


PS : je ne tiens pas forcément Césaire pour un homme parfait et ne suis pas d'accord avec certaines de ses idées, j'ai juste été soufflé de voir qu'Hortefeux, qui est quand même notre ministre de la honte, place sans aucun scrupule ses mots dans la bouche d'un homme qui  s'est battu contre ça - souvent de manière forte - toute sa vie.

Publié dans En France

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Gregz 20/04/2008 18:02

Merci je n'avais pas l'information sur cette récupération honteuse de Brice Hortefeux