De la probité et de l'inconséquence à l'UMP

Publié le par Moktarama

       La première semble revenir par petites touches chez certains élus UMP, tandis que la seconde est là, lourde et totale, et semble être le caractère définitif de notre équipe gouvernante. Ainsi, hier, la loi sur les semences OGM a été votée hier, et ça ne s'est pas bien passé du tout, et là ça explose carrément au sein de l'UMP.

        Petit résumé : la
future Haute Autorité sur les OGM - présidée par Jean-François Le Grand, sénateur UMP de la manche - est instaurée à l'occasion du grand barouf médiatique que fut le Grenelle de l'Environnment, lancé par un Borloo qui connaissait alors autant l'écologie que Sarkozy les retraites monacales. Certes assisté de Nathalie Kosciusko-Morizet, la seule élue UMP que je connaisse avec un vrai sens de la protection de l'environnement et du développement durable - j'adore ce mot fourre-tout et imprécis au possible - , mais dont on pouvait craindre le manque d'appuis politiques.

        Le 9 janvier 2008,
la commission rend ses conclusions, qui sont sans appel : Le maïs Monsanto MON 801, premier concerné par une éventuelle introduction validée par l'Union Européenne en 2007, est jugé comme n'apportant ni les garanties nécessaires de santé publique, ni les garanties nécessaires en matière de dissémination. Bref, rien n'a progressé dans le domaine depuis 10 ans, on se contente toujours des mêmes études faites par les semenciers. Hautement dignes de confiance, quoi, et il est à l'honneur de la Haute Autorité - composée de scientifiques, pour une fois - de reconnaître l'absence de preuves probantes et indépendantes, et de demander donc l'application du principe de précaution.

       La loi sur les semences et cultures génétiquement modifiées - la "Loi OGM" - devait donc, dans l'esprit du Grenelle, être conforme au premier rapport de la Haute Autorité. Disons que ça s'est passé légèrement différemment. Tout d'abord, début mars sort sur
Arte le documentaire - acompagné d'un livre et d'un blog - de Marie-Monique Robin, Le monde selon Monsanto. Il y décrit - pour les rares qui ne l'ont pas encore vu - les recherches de la journaliste sur le chimiste et semencier Monsanto, et montre via des interviews et documents officiels trouvables sur la Toile les méthodes absolument sans pitié de Monsanto depuis 1900. Monsanto qui tente d'imposer de par le monde les cultures transgéniques, il en posède en effet 90% du marché.

       Ce documentaire, en étant réalisé par une des grandes journalistes d'investigation françaises, prix Albert Londres en 1995, et en synthétisant efficacement l'histoire des méthodes de la firme tout en montrant toutes ses sources, vérifiables par le quidam car sur internet ; a recueilli une large audience - à l'échelle d'Arte -  et créé un regain du débat médiatique sur le sujet. Cela a fini par toucher nos représentants, notamment de droite, comme seul un bon gros buzz médiatique est capable de le faire.

       Et là, à 15 jours du vote de la loi, Monsanto a sorti l'artillerie lourde : Le lobbying intensif déjà utilisé avec succès l'année dernière auprès de l'Union Européenne, qui de ce côté me semble avoir un côté très Washingtonien dont on se passerait aisément. On a alors vu des députés UMP - eux qui pensaient faire passer une loi dénaturée sans coup férir - faire le tour des plateaux télé avec des argumentaires tous très similaires entre eux, et extrêmement similaires avec celui servi depuis 10 ans par Monsanto. Pas de bol, au niveau citoyen, ça ne passe pas : ces arguments se sont faits retourner dans Le monde selon Monsanto, et aussi courte que la mémoire politique des français soient, là ce n'est absolument pas passé.

       Heureusement, le lobbying fonctionne encore plutôt bien sur les députés et sénateurs, et après tout ce sont eux qui votent, non ? Donc 10 jours avant la loi commence un lourd travail pour les députés et sénateurs UMP sensibles aux "arguments" de Monsanto : convaincre, à tout prix, ceux de leur propre camp de voter contre la volonté populaire et l'intérêt général - bon, l'intérêt général n'est pas déterminant vu que les politiques se torchent avec jour après jour - , pas un combat gagné d'avance, mais jouable.
Quand à un des rares députés à dénoncer une trop grande souplesse, François Grosdidier, il s'est littéralement fait lyncher par le président de l'Assemblée Bernard Accoyer, qui relayait là les demandes de la FNSEA qui est dans le même combat que Monsanto en faveur des OGM - ce qui ne lasse pas de m'intriguer je dois le dire.

       Sauf que certains à l'UMP - comme Grosdidier - semblent encore savoir ce qu'est la probité. Elle consiste, comme le président de la Haute Autorité sur les OGM et sénateur de la Manche, à s'exprimer en public et hors du cercle du Parti sur les maneuvres grossières d'une entreprise qui n'a jamais eu une tendance philantropique, et sur ceux qui, bien qu'élus du peuple, passent sans vergogne les plats pour Monsanto. Il a tenu avec beacoup de calme dans le Monde cette position, mais Bakchich a mis la main sur la lettre envoyée au président du groupe UMP au Sénat, et celle-ci est nettement plus accusatrice, et surtout visiblement amère d'être un des seuls pour défendre un principe de précaution pourtant essentiel en la matière, surtout compte tenu des problèmes majeurs de dissémination. Il y dénonce également les méthodes autoritaires de la direction du Parti, qui depuis deux mois usait de toute son influence pour le décrédibiliser, y compris en public sur la chaîne Public Sénat. Je le cite :

Dans Public Sénat encore, j’ai cru comprendre, au cours de votre interview, que vous vouliez me faire "comparaître" devant vous-même, ou/et le bureau de l’UMP. Je vous éviterai d’en "rajouter" inutilement et ce comparaîtrai devant personne… ! En 26 ans de Sénat, au RPR d’abord, puis à l’UMP, je n’ai jamais vu un groupe agir de la sorte à l’égard d’un des membres. N’ajoutez pas de curieux effets de menton à une posture politique déjà tellement mal jugée ! [...] une autre valeur gaulliste est ce refus passionné de ne jamais céder aux fatalités et notamment, dans le cas présent, à celle d’un monde selon Monsanto… !

       La loi OGM, elle, est passée à l'Assemblée Nationale de justesse, et le PS et le PC ont réussi à faire passer deux amendements qui réduisent fortement la dénaturation des mesures du Grenelle, à cause des divisions de l'UMP sur le sujet et de l'absence de nombreux députés de la majorité lors des votes. Bien évidemment, Jean-François Copé a annoncé immédiatement que de toute manière on arrangerait ça au Sénat, ça doit faire plaisir à messieurs Grosdidier et Le Grand ! Sans oublier les ONG du Grenelle.

       Pendant ce temps-là, c'est un membre du gouvernement issu de l'UMP,
Nathalie Kosciusko-Morizet, qui se lâche sur Borloo - dont on se doutait déjà qu'il n'en foutait pas une rame à l'environnement - et plus étonnament sur Copé - qui fait un lobbying éhonté en faveur de la loi auprès des députés et sénateurs. Logiquement, elle se fait alors violemment prier de s'excuser publiquement par Fillon, ce qu'elle fait mais en laissant clairement entendre que ce qu'elle a dit n'est pas faux, et le gouvernement rame fort pour effacer des esprits cette contradiction flagrante. De plus, comme elle n'a pas condamné explicitement un amendement de l'opposition, elle est doublement coupable aux yeux de l'UMP. Coupable d'avoir fait mieux son job que tous ses prédécesseurs, en fait, et ce malgré le boulet Borloo, qui pèse son poids de CO2. Enfin, pas aux yeux de toute l'UMP puisque quelques voix s'élèvent dans la majorité pour la défendre, c'est heureux - et la moindre des choses dans un parti transparent et libre, mais ce n'est pas vraiment le cas de l'UMP.

       Ce qui nous fait une belle transition pour parler, après la probité filante des politiques actuels de l'UMP, de l'inconséquence totale de ce gouvernement dans quasiment tous les domaines, ou tout le monde parle en son propre nom, ou ce que dit un ministre n'a le plus souvent aucune valeur tant que ce n'est pas officiellement validé comme tel par le Premier ministre ou plus souvent le Président. Mais surtout ou personne n'a une quelconque longueur de vue, avec des réformes qui se font exclusivement au rythme de l'agenda médiatique et des sondages.

       Ainsi en est-il de la subvention sociale de 70 millions - 0.01 Kerviel, à comparer aux 3 Kerviels lachés sans coup férir l'été dernier - à la SNCF,
dont la suppression a été annoncée il y a peu. Tout comme pour la mémoire des enfants de la Shoah, l'information a fait le tour des médias, notamment sur internet, tout le monde a exprimé sa colère, alors finalement on va la garder, enfin peut-être, ne vous inquiétez pas et dormez tranquille. C'est ce qu'annonce Borloo - c'est hors de ses compétences pourtant, et par ailleurs un beau morceau de langue de bois - , ce sera finalement maintenu "d'une manière ou d'une autre" . Ben ça donne envie de faire confiance ! Copé, lui, parle d'un plafond pour que seuls les vrais pauvres en bénéficient, ce qui de toute manière n'encouragera plutôt pas à faire des gosses. C'est vrai après tout, ce n'est pas comme si la politique de natalité française était un exemple en Europe avec le plus fort taux de natalité !

       Donc voilà, clairement le bateau n'a plus de capitaine - ou celui-ci est trop occupé avec
son nouveau jouet - , il navigue à vue dans le brouillard, les coups de barres se font désordonnés et contradictoires, et je me demande dans tout ça comment la présidence française de l'Union Européenne dans deux mois va réussir à aboutir à quoi que ce soit ; vu la manière dont la France est en train de briser son modèle social, et vu que le seul argument économique de l'UMP pour améliorer la situation - dans un domaine ou soi-disant la droite est bonne, laissez-moi rire - c'est de remettre en cause la BCE et de réclamer à cor et à cri une dévaluation de l'euro. Qui nous serait par ailleurs fatale au pouvoir d'achat vu l'explosion du prix de l'agroalimentaire, des matières premières et du pétrole. Certes, on exporte moins, mais la baguette ne coute pas 1.50 €.


PS : Pour ce qui est des semences OGM, nous serons définitivement fixés d'ici le 16 avril, je ferais un autre billet qui racontera, à n'en point douter, le reste des débats et tractations rocambolesques qui auront eu lieu au sein de l'UMP, et peut-être avec un miracle un vote dans l'intérêt des citoyens. La suite au prochain épisode ! Quand aux trois photos, ce sont celles respectivement de
Nathalie Kosciusko-Morizet, de Jean-François Le Grand et de François Grosdidier. Souvenons nous de la tête ces trois là, ils le méritent vu la liberté de ton dont un élu UMP dispose.

Publié dans En France

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