Du service public ferroviaire

Publié le par Moktarama

       Existe-t-il encore sur les liaisons à grandes vitesses, pourtant les seules utilisables sur ces trajets ? Va-t-on voir un retour de la voiture face au TGV, notamment pour les classes moyenne et basse, malgré les impératifs écologiques et le prix du pétrole ? J'ai en effet fortement la sensation que le TGV est en train de devenir la business class du voyage intra-européen, notamment dans ses positionnements tarifaire et de services.

       Je voyage fréquemment sur le TGV Paris-Arras, et ai constaté depuis 10 ans une augmentation spectaculaire des tarifs. Ainsi, avec la Carte 12/25, je payais en 1999, en heures creuses et avec 50% de réduction - ce qui était très fréquent vu mes horaires - , exactement 68 francs - soit 10.50 euros. Je paye maintenant, avec exactement les mêmes habitudes, des tarifs oscillant au gré de la chance et des algorithmes de yeld management SNCF - toujours avec la carte 12/25 - entre 20 et 40 euros. Le tout pour 50 minutes de trajet. Personnellement, la SNCF ne me fait pas préférer le train, et profite du fait que je n'ai pas le choix vu que je suis sans voiture.

       Le passage récent - octobre 2007 - des tarifs SNCF de la grille tarifaire - modèle classique de service public - à la t
arification strictement en fonction de l'offre et de la demande ou yeld management - modèle classique des compagnies aériennes, qui cherche à faire le plus d'argent possible en fonction de chaque passager - a fait à mon avis complètement basculer la mentalité de la SNCF. En effet, ces tarifs sont conçus pour gagner le marché du voyage d'affaire, avec des services très intéressants pour eux vu leur prix - tarification "pro" - ; et pour rentabiliser les concessions de budget sacrifiées au gain du marché pro, en augmentant les prix des billets pour les particuliers qui, eux, n'ont le plus souvent pas le choix du mode de transport sur les trajets couverts - tarification "loisir" - , qui de plus ne bénéficient plus d'aucun service, y compris le remboursement/échange gratuit des billets. Enfin, l'absence de grille tarifaire est clairement pénalisante pour les particuliers - et les cartes jeunes/vieux sont bien moins intéressantes vu l'opacité des tarifs - , tandis que les entreprises compensent par le volume d'achat de billets.

       Pourquoi suis-je en train de pérorer sur ce sujet complètement obsolète, vous demandez-vous sûrement avec raison. Et bien tout simplement parce que la dernière barrière à ce virage business des TGV vient de tomber. En effet, notre président-gouvernement du pouvoir d'achat vient de décider lors du grand plan de rigueur que les 70 millions d'euros de s
ubventions à la SNCF pour les cartes familles nombreuses allaient être sucrées. Bien sûr, la SNCF nous promet une carte du même type en remplacement, qui sera probablement payante - ce seront à n'en pas douter les conclusions déjà faites de la consultation des usagers qui doit avoir lieu - et bien moins intéressante, comme aujourd'hui les cartes 12/25 et Vermeil.

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sont par ailleurs concernés les étudiants et apprentis qui bénéficiaient d'avantages tarifaires d'abonnements sur des trajets donnés. Ca aussi, ça va faire mal au pouvoir d'achat, mais au moins c'est égalitaire en ce sens que ces derniers "privilégiés" n'ont pas à bénéficier d'avantages plus que les familles nombreuses.

       Voilà, c'est officiel : la SNCF, clairement, nous montre qu'elle se fout totalement et des français - leur grande majorité du moins - et de l'environnement - car la voiture redevient bien plus intéressante financièrement que le train - même avec les augmentations des péages dues à la privatisation. Le gouvernement, lui, confirme sa politique d'épicerie, avec un mépris de la France d'en bas et du milieu absolument sans nom. Quand au Président, franchement, entre le pouvoir d'achat et l'environnement, il nous montre encore une fois son incompétence chronique et son lourd manque de vision d'avenir.

       Le titre de ce billet en devient un oxymore, du moins en ce qui concerne la France. En effet, cedit service public est totalement absent depuis plusieurs mois maintenant de la SNCF, alors que ce sont nos impôts qui ont servi à élaborer ce réseau ferroviaire. Mais bon, c'est vrai que c'est bien mieux de claquer des millions pour faire des pubs à la con et des prises de part de marché ; plutôt que de faire le boulot pour lequel on a été engagé, à savoir amener d'un point A à un point B le plus vite possible et au moindre prix des clients qui n'en sont pas tout à fait puisque constitués en grande partie de citoyens-investisseurs. Ce job, la SNCF de 1997 le faisait bien, la SNCF de 2008 ne le fait plus.

        Et comme pour la RATP hier, le coup de grâce à la notion de service public est asséné par nos propres élus, cette fois-ci UMP. Qui choisissent de couper le budget d'une des mesures tarifaires les plus symboliques - et la dernière restant en place -  du service public ferroviaire, et plus largement de la bonne politique française de natalité.



PS : La loi OGM a été votée
malgré un bordel monstre dans le groupe UMP. Ca risque de saigner dans les prochains jours, avec Nathalie Kosciusko-Morizet qui gueule - et se fait rabrouer par Fillon, mais ne démissionne pas - contre Borloo qu'en fout pas une rame pour l'environnement, et contre Copé qui sert quasi ouvertement les plats pour Monsanto avec une bonne partie du groupe UMP.

Publié dans En France

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