Chose promise, chose due ! Le passage de la flamme olympique à Paris me semble une bonne opportunité d'en parler, au vu du grand barnum policier, diplomatique, politique, contestataire et militant que cela a engendré. Le voyage de la flamme olympique autour du monde, idée marketing/propagandiste – comme tant d'autres – ayant pour origine un IIIème Reich voulant profiter de l'opportunitée représentée par l'organisation des Jeux Olympiques pour montrer sa supériorité technique – moyens mis en oeuvre pour que la flamme reste «en vie» d'Olympie à Berlin – et sa supériorité humaine – moyens phénoménaux mis en oeuvre pour que les athlètes allemands remportent un maximum de médailles – au monde, idée évidemment trop bonne pour mourir avec ses créateurs.


        Or, nous avons cette fois-ci un curieux parallèle en ce sens que, pour la première fois depuis 1936, un pays non démocratique est tout aussi désireux de montrer ses supériorités technique - la flamme qui doit passer par l'Everest, alimentée par de l'oxygène pour compenser l'altitude - et humaine – tout le monde est au courant des ambitions chinoises en matière de médailles - , notamment au si condescendant et moralisateur Occident ;  et ce sans qu'aucun des pays dits démocratiques n'envisage un instant de ne pas y aller, que ce soit aux niveaux politique – vis-à-vis de la cérémonie d'ouverture – ou sportif – le CIO a choisi il y a 7 ans déjà. Un bémol en pensant aux J.O. de 1968, ou tout le monde est venu malgré les exactions du gouvernement mexicain de l'époque, toutefois le Mexique n'était pas une superpuissance.


        Mais revenons donc à la source. En 2001, le CIO, organisation notoirement connue pour sa probité et son intégrité légendaires lors du choix des villes olympiques, confie l'organisation des J.O. d'été de 2008 à Pékin et la Chine «communiste» . Cette dernière a réussi à convaincre le CIO avec l'argument – et quelques valises de billets, ce qui est d'usage pour avoir un tant soit peu les faveurs de nos éminents sportifs retraités – suivant : Notre pays est en voie d'ouverture accélérée vers le capitalisme et la mondialisation, les autres attributs des pays occidentaux que sont le respect des droits de l'homme et la démocratie devraient suivre peu après et les J.O. ne feront qu'accélérer ces modifications positives.


        Bon, ben on est bien forcé d'admettre que, 7 ans après, l'économie de marché a trouvé en la Chine un adepte admirable, qui suit ses préceptes dans un esprit très XIXème siècle et débuts de l'industrialisation en Occident. Pas de droits, pas de réglementations, pas de limites à l'exploitation des hommes et de la nature - des efforts semblent se faire au compte-goutte - , le paradis de l'entrepreneur quoi. Par contre, point de vue démocratie et droits de l'homme, y a clairement eu arnaque. Ce serait même plutôt pire qu'en 2001, vu le bordel que la Chine vient ajouter en Afrique – quoi, le Darfour ? - au capharnaüm ambiant dû aux errements du post-colonialisme, notamment français.


        Retour au présent : le CIO est bien emmerdé que les Tibétains aient choisi de lyncher les Chinois Han, qui, dans un bel élan de colonialisme à l'européenne, occupent tous les postes élevés et les commerces rémunérateurs, laissant aux natifs la pauvreté, le tout accompagné d'une destruction systématique de la culture et du patrimoine religieux. Et bien sur s'en justifient avec l'argument mille fois avancé des investissements réalisés sur place. Ca n'a jamais empêché un peuple de se battre pour son indépendance, l'Algérie est là pour le rappeler. Le CIO, donc, exprime son hostilité et son étonnement devant la politisation de ces Jeux Olympiques ; et il est vrai qu'on ne pouvait vraiment pas s'en douter en 2001, hein, que tous ceux qui ont une dent – en générale dure – contre la Chine et le PCC allaient profiter de l'occasion pour se faire entendre ! D'ailleurs, le président du CIO a – enfin – déclaré hier «Bouh, pas bien !» , ce qui va affoler les officiels du PCC, n'en doutons pas.


 

       Les sportifs passés et présents, dans un bel ensemble, nous expliquent qu'ils ne vont pas rater ce pourquoi ils s'entraînent depuis 4 ans pour un choix de lieu, dont certains admettent par ailleurs qu'il n'était peut-être pas des plus avisés. Aucun d'eux ne se bouscule au portillon pour mentionner le fait que c'est la communauté sportive elle-même, via le CIO, qui a décidé de l'endroit ou aurait lieu la compétition ; que par conséquent se prétendre les mains liées est hautement hypocrite, par ailleurs tout à fait dans la veine de ce badge «Pour un monde meilleur» - quitte à être ridicule, pourquoi pas «Pour le bonheur» - arboré par les sportifs français lors du relais d'aujourd'hui.


        La situation un peu analysée, passons aux différents moyens par laquelle l'opinion publique occidentale peut agir, dans le cadre d'une protestation massive contre les dérives chinoises – parce que c'est bien le but des manifestations et des demandes de boycott des JO ou de la cérémonie d'ouverture. Ils sont bien plus larges que ce qu'on voudrait nous faire croire.


        Une remarque tout d'abord : exiger le boycott des J.O. par les sportifs n'a pas de sens. Tout d'abord, ces derniers ont clairement fait leur choix, en 2001 et en 2008. Ils iront à Pékin. Ensuite, on ne saurait forcer la main de ceux-ci, ce serait agir avec les mêmes armes que le PCC.


  

        Par contre, on peut tenter de faire en sorte – comme le clame sur tous les plateux de télévision le président de RSF Robert Ménard - que les politiques ne se rendent pas aux cérémonies. Naan, je déconne bien sûr, aucun d'entre eux – sauf Mme Merkel dont les machines-outils sont de toute façon cruellement nécessaires à l'industrie chinoise – ne se permettra un affront aux dirigeants chinois, si généreux - en apparence en tout cas, vu les transferts de technologie inclus – en gros contrats bien juteux. J'en veux pour témoin la réaction de l'ambassade de France en Chine à propos de la liberté d'information sur les émeutes à Lhassa.


 

        Encore autre chose, toujours avec les Jeux Olympiques comme levier intermédiaire, et peut-être légèrement plus efficace : couper le circuit commercial des JO. Pas d'achats d'aucun sponsor officiel. Ne plus aller au McDonald's, boire de l'eau au lieu du Coca-Cola - de l'eau parce que The Coca-Cola company c'est une bonne partie des sodas - etc etc...la liste est là. Et, bien sûr, ne pas regarder les Jeux. De plus, au vu des sponsors ce serait efficace pour le maintien du pouvoir d'achat et une meilleure hygiène de vie. Enfin bref, vous avez saisi le raisonnement : plus de sponsors, plus de JO. Apparemment, l'idée semble commencer à faire son chemin.


        Enfin, je vais parler de la seule action menable par tout un chacun, qui se passe de levier intermédiaire comme les Jeux Olympiques, et qui me semblerait avoir une efficacitée réelle sur les actions des officiels du PCC : ne plus acheter chinois, que ce soit complètement – vêtements, jouets, etc.. - ou en partie - voiture dont des sous-traitants sont chinois - , et le faire savoir en particulier aux entreprises. C'est une méthode qui est accessible pour ceux dont le niveau de vie leur permet de payer un peu plus pour un certain nombre de produits, soit un nombre de personnes qui reste conséquent.


        Et là, peut-être que le Parti se mettra à écouter les demandes internationales formulées depuis parfois des dizaines d'années. Comme toujours – ahh, la nature humaine – seule une atteinte au porte-monnaie risque de faire bouger les lignes. Comme cette atteinte ne viendra jamais de décisions politiques – les pauvres chous ont les mains liées – alors seule une multitude d'actions individuelles pourra faire pencher la balance. Très «Réalité 2.0» , ne trouvez vous pas ? Il est par ailleurs intéressant de noter que la Chine, de par son statut d'atelier du monde, est quasiment le seul pays pouvant être touché par un boycott de ce type.


 

        Bon, au niveau personnel, une ligne a été franchie lorsque les officiels chinois ont désigné le dalaï-lama comme chef d'un réseau terroriste. La realpolitik ne permettant visiblement pas de faire entendre sa voix de citoyen au niveau international – je parle d'efficacité, pas de présence médiatique - , seul un boycott direct me semble d'un qulconque intérêt. Par ailleurs, si je n'arrive pas à trouver certains produits de consommation, j'en ferais part, cela me semble intéressant de voir quels produits la Chine est seule à produire. Heureusement, en tout cas, que la nourriture soit en France d'une traçabilité raisonnable, parce que pour un américain ne pas acheter chinois est devenu quasiment impossible.


Mise à jour du 9 avril :
A ma grande surprise, Gordon Brown a annoncé que, tout comme Angela Merkel, il n'irait pas à la cérémonie d'ouverture. Sarkozy "réserve" sa réponse, sa position devient nettement plus inconfortable en tout cas.


PS : Je préfère de très loin utiliser le mot boycott à sa variante boycottage, utilisée dans pas mal de journaux. Ne rien ajouterrend, en plus, mieux hommage - en quelque sorte - à ce monsieur qui pour avoir été le premier à se voir rejeter ainsi - avec succès par ailleurs -  a vu son nom rentrer dans la langue. Les langues, même, en l'occurence.



PS 2 : Sinon, absolument aucun rappport mais tout à l'heure dans le Grand Journal, le zozo en chef de l'Arche de Zoé ne regrette rien, et est même fier de ce qu'il a tenté de faire. Dire qu'on a payé pour qu'il ne fasse pas de prison...

Lundi 7 avril 1 07 /04 /Avr 20:08
- Par Moktarama - Publié dans : Dans le monde
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