Etant naturellement porté à me laisser aspirer par toute discussion politique qui traine dans
les parages, souvent telle ou telle info est citée, et inévitablement cela dérive sur les médias - car untel estime que ce que dit ce journal n'est pas fiable, par ailleurs le plus souvent,
étrangement ce journal est situé d'un autre bord politique :-) - et leur indépendance des pouvoirs politique et financier. Forcément, cela fait un petit moment que je me suis renseigné, et de toute
manière, vu les mouvements capitalistiques des dernières années dans les médias français, un lecteur de quotidiens en a forcément lu quelque chose.
Mais avant tout, qu'est-ce qu'un média indépendant ? J'aurais tendance à dire que c'est un média qui reste à distance raisonnable des susdites puissances, et
qui idéalement est possédé par ses employés et lecteurs. Mais avec ce filtre, vous verrez que les médias français totalement indépendants se comptent sur les doigts d'une main de lépreux. En étant
moins intrangiseant, on pourrait considérer qu'un média est indépendant si son propriétaire se tient lui-même à distance des pouvoirs politique et financier. Il paraît évident que le journalisme
reste le plus possible indépendant des puissances de pouvoir et d'argent, vu qu'en France il est déjà relativement bien protégé des atteintes de l'Etat lui même.
Enfin, pour couper court aux critiques, indépendance ne veut pas dire fiabilité des informations, loin de là, du moins pas plus que les médias
dits non-indépendants. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l'indépendance ne se voit pas, bien au contraire. En dehors des gros scoops, cela tient plus à la manière dont sont présentées les
informations, au lexique employé pour parler de tel ou tel, à la place qu'occupent ou non certaines informations dans la mise en page, pour faire bref je dirais que c'est l'objectivité globale -
dont se parent la plupart des médias, à tort d'ailleurs - qui est en jeu le plus souvent.
Je vais commencer cette petite étude - c'est très présomptueux, mais mon vocabulaire me manque - par les quotidiens nationaux et Le Parisien, qui est mon quotidien
local.
Libération :Détenu à 39% parEdouard de Rothschild -via sa holding - et à
33% par Carlo Caracciolo - ex-propriétaire du groupe de presse italien Espresso comptant par exemple La Republicca en son sein, il l'a vendu
en 1990 à Silvio Berlusconi. Les petits actionnaires sont Pathé, le groupe
La Libre Belgique, Suez et une dizaine de personnalités à titre personnel.
Le Monde :Actuellement, on est face à un empilement de structures complexes, le journal - qui a tenté sous l'impulsion deJean-Marie Colombanide devenir un vrai groupe de presse - est détenu dans les diverses structures et à une faible majorité par les rédacteurs et personnels, mais la
complexité des statuts de gouvernance engendre la possibilité pour les actionnaires minoritaires de faire un "chantage aux euros" ; ces actionnaires étant pour le moment les
groupesPrisa-
propriétaire d'El Paisnotamment et actionnaire à hauteur de 15% - , Lagardère - à hauteur de 17% - ,St Gobainet enfinMédéric. Cetarticle d'Acrimed- que je
reprends en partie ici, par ailleurs - éclaire bien ce fonctionnement étrange, et met en lumière également les intentions d'Edouard de Rothschild avec Libération.
Mais au vu des difficultés financières du journal, les groupes Prisa et Lagardère se sont proposés pour reprendre la totalité du capital du Monde, à hauteur de 35 millions d'euros chacun. La donne
pourrait donc changer très bientôt.
Le Figaro :Détenu en intégralité par laSocpresse- premier groupe de presse français - , cette dernière étant la propriété de
l'avionneurSerge Dassault. Voilà qui est vite fait.
Le Parisien
:Possession du Groupe Amaury, qui édite aussi L'Equipe et d'autres magasines consacrés au sport. Le groupe Amaury et
propriété à 75% de la famille Amaury, qui à travers deAmaury Sport
Organisationorganise un grand nombre d'évènements sportifs en France, Tour de France et Paris-Dakar en tête.
20 minutes :Journal gratuit détenu pour moitié par le groupe norvégien Schibsted - qui a crée 20 minutes dans le monde - ; et pour moitié par legroupe Ouest-France, qui par ailleurs édite la plupart des quotidiens locaux en France. Ce groupe - possédé par une association loi 1901 - peut à ce titre être
considéré comme le premier groupe de presse indépendant de France, malheureusement son orientation est purement locale - voirles vues du président de Ouest-France sur la question- et par conséquent ce n'est pas de là que viendront les grandes enquêtes ou une approche nationale et internationale des sujets.
C'est assez impressionnant, au final. En dehors des gratuits dont les propriétaires sont
internationaux, et dont par ailleurs le contenu est tellement pauvre qu'on n'en attend à vrai dire pas grand-chose, il n'y a guère que La Croix pour relever l'indépendance de la
presse quotidienne française, peut suspecte de dépendance avec les pouvoirs financier et politique, une réserve pouvant éventuellement être émise sur le traitement des sujets sensibles d'un
point de vue religieux - euthanasie en tête - , mais pour le reste, la laicité est passée par là.
Sinon, tous les journaux sont sous le contrôle plus ou moins direct d'un parti politique, ou
d'un grand groupe fortement impliqué dans les mécanismes économiques, financiers et politiques de notre pays. Sans même parler des propriétaires desdits groupes, qui presque tous se
targuent - ou se targuaient - d'être des "amis intimes" de la plus haute figure politique française. De quoi jeter un sacré voile sur l'indépendance dont se réclament à cor et à cri
chacun des quotidiens cités dans cette petite liste.
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