De l'indépendance des médias français : 1 - Les quotidiens

Publié le par Moktarama

       Etant naturellement porté à me laisser aspirer par toute discussion politique qui traine dans les parages, souvent telle ou telle info est citée, et inévitablement cela dérive sur les médias - car untel estime que ce que dit ce journal n'est pas fiable, par ailleurs le plus souvent, étrangement ce journal est situé d'un autre bord politique :-) - et leur indépendance des pouvoirs politique et financier. Forcément, cela fait un petit moment que je me suis renseigné, et de toute manière, vu les mouvements capitalistiques des dernières années dans les médias français, un lecteur de quotidiens en a forcément lu quelque chose.

       Mais avant tout, qu'est-ce qu'un média indépendant ? J'aurais tendance à dire que c'est un média qui reste à distance raisonnable des susdites puissances, et qui idéalement est possédé par ses employés et lecteurs. Mais avec ce filtre, vous verrez que les médias français totalement indépendants se comptent sur les doigts d'une main de lépreux. En étant moins intrangiseant, on pourrait considérer qu'un média est indépendant si son propriétaire se tient lui-même à distance des pouvoirs politique et financier. Il paraît évident que le journalisme reste le plus possible indépendant des puissances de pouvoir et d'argent, vu qu'en France il est déjà relativement bien protégé des atteintes de l'Etat lui même.

          Enfin, pour couper court aux critiques, indépendance ne veut pas dire fiabilité des informations, loin de là, du moins pas plus que les médias dits non-indépendants. Mais cela ne veut pas dire pour autant que l'indépendance ne se voit pas, bien au contraire. En dehors des gros scoops, cela tient plus à la manière dont sont présentées les informations, au lexique employé pour parler de tel ou tel, à la place qu'occupent ou non certaines informations dans la mise en page, pour faire bref je dirais que c'est l'objectivité globale - dont se parent la plupart des médias, à tort d'ailleurs - qui est en jeu le plus souvent.
    Je vais commencer cette petite étude - c'est très présomptueux, mais mon vocabulaire me manque - par les quotidiens nationaux et Le Parisien, qui est mon quotidien local.


L'Humanité : Ancien organe de propagande du PCF, il est détenu en très grande partie par ce dernier. Les actionnaires - très - minoritaires sont TF1 - groupe Bouygues détenu par Martin Bouygues, fils de Francis -  et le groupe Lagardère - détenu par Arnaud Lagardère, fils de Jean-Luc - , ainsi que les associations de lecteurs.

Libération : Détenu à 39% par Edouard de Rothschild - via sa holding -  et à 33% par Carlo Caracciolo - ex-propriétaire du groupe de presse italien Espresso comptant par exemple La Republicca en son sein, il l'a vendu en 1990 à Silvio Berlusconi. Les petits actionnaires sont Pathé, le groupe La Libre Belgique, Suez et une dizaine de personnalités à titre personnel.

Le Monde : Actuellement, on est face à un empilement de structures complexes, le journal - qui a tenté sous l'impulsion de Jean-Marie Colombani de devenir un vrai groupe de presse - est détenu dans les diverses structures et à une faible majorité par les rédacteurs et personnels, mais la complexité des statuts de gouvernance engendre la possibilité pour les actionnaires minoritaires  de faire un "chantage aux euros" ; ces actionnaires étant pour le moment  les groupes Prisa - propriétaire d'El Pais notamment et actionnaire à hauteur de 15% - , Lagardère - à hauteur de 17% - , St Gobain et enfin Médéric. Cet article d'Acrimed - que je reprends en partie ici, par ailleurs - éclaire bien ce fonctionnement étrange, et met en lumière également les intentions d'Edouard de Rothschild avec Libération.
Mais au vu des difficultés financières du journal, les groupes Prisa et Lagardère se sont proposés pour reprendre la totalité du capital du Monde, à hauteur de 35 millions d'euros chacun. La donne pourrait donc changer très bientôt.

Le Figaro : Détenu en intégralité par la Socpresse - premier groupe de presse français - , cette dernière étant la propriété de l'avionneur Serge Dassault. Voilà qui est vite fait.

La Croix : Possédé par le groupe Bayard Presse depuis 1880, ce dernier fut fondé en 1870 par les Augustins de l'Assomption.

Le Parisien : Possession du Groupe Amaury, qui édite aussi L'Equipe et d'autres magasines consacrés au sport. Le groupe Amaury et propriété à 75% de la famille Amaury, qui à travers de Amaury Sport Organisation organise un grand nombre d'évènements sportifs en France, Tour de France et Paris-Dakar en tête.

Les échos : Racheté en 2007 par LVMH, dont le groupe Arnault - et donc Bernard Arnault, propriétaire - possède 47,5% du capital mais 64% des droits de vote.

La Tribune : Publié par DI Group, dont...LVMH et donc Bernard Arnault sont propriétaires.

       Mise à jour du 12/08/08 :
La Tribune a été rachetée par Alain Weill à titre personnel. Celui-ci est le PDG de la société qui contrôle RMC, BFM et BFM TV.

Direct Matin et Direct Soir : Gratuits publiés matin et soir par le groupe Bolloré, détenu par Vincent Bolloré.

20 minutes : Journal gratuit détenu pour moitié par le groupe norvégien Schibsted - qui a crée 20 minutes dans le monde - ; et pour moitié par le groupe Ouest-France, qui par ailleurs édite la plupart des quotidiens locaux en France. Ce groupe - possédé par une association loi 1901 -  peut à ce titre être considéré comme le premier groupe de presse indépendant de France, malheureusement son orientation est purement locale - voir les vues du président de Ouest-France sur la question - et par conséquent ce n'est pas de là que viendront les grandes enquêtes ou une approche nationale et internationale des sujets.

Metro : Edité par le groupe suédois Metro International.


Bilan

        C'est assez impressionnant, au final. En dehors des gratuits dont les propriétaires sont internationaux, et dont par ailleurs le contenu est tellement pauvre qu'on n'en attend à vrai dire pas grand-chose, il n'y a guère que La Croix pour relever l'indépendance de la presse quotidienne française, peut suspecte de dépendance avec les pouvoirs financier et politique, une réserve pouvant éventuellement être émise sur le traitement des sujets sensibles d'un point de vue religieux - euthanasie en tête - , mais pour le reste, la laicité est passée par là.

        Sinon, tous les journaux sont sous le contrôle plus ou moins direct d'un parti politique, ou d'un grand groupe fortement impliqué dans les mécanismes économiques, financiers et politiques de notre pays. Sans même parler des propriétaires desdits groupes, qui presque tous se targuent  - ou se targuaient - d'être des "amis intimes" de la plus haute figure politique française. De quoi jeter un sacré voile sur l'indépendance dont se réclament à cor et à cri chacun des quotidiens cités dans cette petite liste.

Publié dans En France

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