Comme vous avez pu le constater, je m'intéresse grandement à l'évolution de la propagation universelle de la connaissance, et plus largement de l'information non prémachée. Et l'actu est riche en ce moment sur le sujet. Ainsi, depuis 15 jours les encyclopédistes « papier » que sont Britannica et Larousse se dont décidés à venir concurrencer Wikipedia sur son propre terrain - à savoir la connaissance gratuite en ligne – par des méthodes très différentes.

        Mais d'abord, faisons un état des lieux : les grandes encyclopédies ont quasiment totalement disparu de la circulation face à internet
– et Wikipedia bien sûr - , en effet qui va aller payer plus de mille euros pour 20 tomes dont le savoir va se faner à moyen terme alors que le quasi-équivalent est disponible sur Wikipedia ou le reste d'internet pour rien, et ce avec une ergonomie – les liens hypertextes – inégalable par le papier ? Seules les petites encyclopédies types « Petit Larousse » survivent à peu près, leur faible prix étant un atout certain.

        Alors, certes, on peut arguer que les encyclopédistes se sont mis au CD-ROM puis au web, ayant des sites payants depuis des années. Seulement, et c'est bien le problème, leurs tarifs n'ont pas été revus avant 2005 ! Ainsi,
l'Encyclopedia Universalis propose un abonnement spécial édition famille – grosse grosse promo donc – pour...20 € par mois. La Britannica fait de gros efforts et pour 7,50 € par mois propose un accès illimité.
 

Une bien belle devise...

        Larousse, quand à lui, a choisi une voix assez révolutionnaire dans le secteur : ils transfèrent leur contenu encyclopédique - la
Grande Encyclopédie papier ayant eu une vie très brève de 1960 à 1964 - intégralement en ligne. L'accès sera, lui, totalement gratuit, et ouvert aux contributeurs – reconnus dans leur spécialité apparemment, comme pour le projet Encyclopedia of Life - pour compléter mais non modifier les articles...et faire en douceur dans leurs commentaires la promotion des ouvrages de l'éditeur, dixit la directrice adjointe des encyclopédies Larousse :-) Cela ne me pose pas spécialement de problèmes, une source d'information complémentaire - de surcroît dont les articles sont « fiabilisés » , c'est d'ailleurs l'argument majeur - n'est jamais à dédaigner. Pour l'instant, le site est réservé aux bêta-testeurs que sont les acheteurs du Petit Larousse 2008, qui ont un mot de passe dans leur achat. Rendez-vous cet été pour un petit essai du site !


        La vénérable Encyclopedia Britannica a quand à elle choisi un systême hybride, reposant essentiellement sur la certitude de la grande valeur ajoutée des articles par rapport à n'importe quel autre support, avec Wikipedia en ligne de mire. Ainsi, ils proposent depuis une semaine aux blogueurs et gérants de sites un accès gratuit – après inscription – et total au contenu en ligne, mais surtout la possibilité de placer des liens hypertextes sur son site/blog vers Britannica, dont les articles seront alors eux aussi lisibles librement par le lecteur curieux. Une bien bonne idée si le contenu est vraiment supérieur à ce qu'on peut trouver ailleurs.

        Forcément, votre serviteur
s'est inscrit sur le site consacré à l'initiative de Britannica, nous verrons bien si la générosité de l'éditeur s'étend aux blogs francophones inconnus. Si vous êtes dans le même cas, n'hésitez pas à vous inscrire, c'est rapide, et en plus ça me permettrait de voir un peu la sélection qui est faite par l'éditeur. Un enregistrement peu restreint serait en effet de bon augure s'ils veulent combattre réellement Wikipédia sur la connaissance de masse, ce qui semble leur positionnement vu le coût assez raisonnable de l'abonnement. Je serais bien sûr rejeté si jamais le seul but est de se repositionner en termes d'image de luxe du savoir, auquel cas les sites seront passés par un crible sévère.

De toute manière, vous entendrez reparler ici prochainement de ces deux initiatives, et peut-être que des liens vers des articles Britannica ou Larousse apparaîtront si ce qu'ils proposent est supérieur à Wikipedia, notamment dans la synthèse et la clarté du savoir dispensé - importantes pour le rédacteur comme pour le lecteur. Je n'ai semble-t-il pas fini de me réjouir des possibilités offertes au plus grand monde par ce média ubiquitaire qu'est le web.


PS : Par ailleurs, j'ai oublié de vous parler d'une autre information dans le domaine du savoir : pour les passionnés de Darwin et de la théorie de l'évolution, ou ceux qui veulent approfondir, l
'Université de Cambridge, dépositaire des fonds de Charles Darwin, a mis en ligne quasiment tous les documents consacrés à sa théorie de l'évolution, disponibles gratuitement sur ce site créé tout exprès. Tout un chacun peut ainsi consulter ces documents historiques, et nul doute que cela viendra enrichir de nombreux articles de Wikipédia.
Lundi 5 mai 2008
par Moktarama publié dans : En Europe
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        Après la Tchétchénie, la Russie de Poutine a décidé d'ouvrir un second front à ses frontières, cette fois-ci contre un pays nettement plus reconnu internationalement que le voisin tchétchène et qui essaie farouchement de maintenir son indépendance vis-à-vis de la Russie avec un certain succès depuis la chute de l'URSS.




        La Géorgie, empire médiéval ayant connu diverses dominations dès le XVIème siècle, se retrouve annexée par la Russie en 1801 puis, après quelques brèves années d'indépendance suite à la révolution bolchevique de 1917, devient partie intégrante de l'URSS. En fait, la vraie indépendance de la Géorgie ne sera faite que le 9 avril 1991. Celle-ci sera suivie de peu par les déclarations d'indépendance des provinces géorgiennes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, qui depuis cette date font sécession et une lutte armée contre l'Etat géorgien.


        La Russie n'a jamais accepté vraiment l'indépendance de la Géorgie, et cherche depuis à l'affaiblir au maximum et à l'isoler : la Russie si réticente à accepter l'indépendance de ses anciennes provinces - je pense fort à la Tchétchénie notamment - , soutient officieusement depuis 1991 la république sécessioniste d'Ossétie du Sud, notamment en ayant de bonnes relations commerciales et des partenariats, et soutient officiellement les indépendantistes abkhazes depuis leur indépendance proclamée de 1992. Le tout avec de nombreuses ingérences, tant politiques et diplomatiques qu'économiques sur le territoire et contre l'Etat géorgien. Ainsi, non contente d'être le seul pays à reconnaître officiellement depuis 2006 les deux provinces séparatistes russophones – les géorgeophones en ayant été expulsés en 91 de manière similaire aux populations des Balkans - , on peut se souvenir du chantage au gaz des hivers derniers par l'entreprise Gazprom bras économique de la Russie, et des très fortes pressions politiques lors de la Révolution des Roses de 2003 – première des révolutions colorées et prélude à la révolution Orange ukrainienne - qui permit en 2004 aux géorgiens d'avoir un dirigeant élu démocratiquement, Mikhail Saakashvili, logiquement pro-occidental – comme une grande partie des géorgiens, comme on dit chat échaudé...


        Débarrassée en 2003 de l'ex-apparatchik soviétique qui en était président, la Géorgie a donc immédiatement cherché un maximum de soutiens et partenariats internationaux pour se légitimer et diminuer la très forte influence russe, ainsi de nombreux partenariats ont été faits avec les USA, notamment l'entraînement de troupes et la fourniture de matériel militaire. Le pays est également prétendant à une future – et lointaine – adhésion à l'Union Européenne, un membre de l'OMC mais surtout un membre de l'OTAN à très court terme – le référendum en Géorgie est imminent - , ce qui déplaît énormément à la Russie de Poutine.


        Ainsi, depuis 15 jours la tension est très fortement montée entre les deux voisins, il apparaît évident que la Russie cherche à influencer le référendum par tous les moyens. Ainsi, non contente d'apporter une aide matérielle active aux indépendantistes abkhazes depuis 15 ans, la vitesse supérieure a été passée. Ainsi, le 20 avril l'armée géorgienne a fourni des images prises le jour même d'un de ses drones fournis par les Etats-Unis qui survolait l'Abkhazie. C'est simple, on voit celui-ci se faire descendre par un missile tiré d'un MiG-29 reconnaissable à sa double dérive. MiG que seule la Russie possède dans la région...l'Etat russe a aussitôt nié et crié au trucage géorgien. Voici la vidéo :



 


        Dans le même temps, depuis le 16 avril 2008 la Russie s'est engagée dans une coopération économique renforcée avec les provinces d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie, tout en augmentant dans le même temps de mille hommes, et ce sans mandat son contingent de « stabilisation » présent depuis des années sur mandat de la CEI – 2000 hommes à la frontière russo-géorgienne qui ferment les yeux sur les actions des indépendantistes tout en empêchant toute action armée géorgienne. En réponse, la Géorgie a fait savoir qu'elle s'opposerait à l'adhésion de la Russie à l'OMC, la rendant impossible de fait, tant que la Russie n'annulera pas ses décrets de coopération.


        Depuis quelques jours, le ton est encore monté. Le renforcement militaire russe s'est ponctué de « l'affaire du drone », mais également de nombreux mouvements de troupes suspects en Abkhazie et en Ossétie du Sud, la situation évidente étant que l'armée russe ne respecte pas l'intégrité territoriale géorgienne. Et là, c'est le pompon : l'Etat russe a annoncé officiellement l'arrivée le 1er mai de nouveaux renforts de troupes, sans donner de chiffres – plusieurs milliers d'hommes apparemment – et directement en Abkhazie, toujours soi-disant pour aider à stabiliser la région. La Russie clame également que c'est l'adhésion à l'OTAN qui est responsable du refroidissement du dialogue – j'adore le langage diplomatique – entre les deux pays. La Géorgie, elle, cherche le soutien des démocraties occidentales, avec des succès divers : les USA demandent de « la retenue » à Poutine – tout comme l'OTAN qui a ensuite tancé la Russie sur le mode « pas bien Poutine » - , Condoleezza Rice se dit « très préoccupée » par la situation, l'UE est comme d'habitude peu avare de sa timidité, seuls la Lituanie, la Pologne et la Turquie s'étant exprimés sur la question et réaffirmant leur entier soutien à l'intégrité territoriale géorgienne.


        La guerre est-elle possible ? Je dirais que Moscou est déjà en guerre, et que la généralisation de la violence ne serait pas une première dans la région, la Tchétchénie en soit témoin. Mais surtout que tout va dépendre de notre attitude et de la façon dont l'UE – parce que la réaction américaine est prévisible – va avancer ses pièces sur l'échiquier dans les jours et semaines à venir. Les russes le savent bien, eux dont le message européen est actuellement « ne vous inquiétez pas de ça, vous n'allez tout de même pas gâcher la belle amitié russo-européenne naissante » . Plus on se bougera maintenant, plus la guerre sera évitable facilement. En effet, contrairement au Tibet, la Géorgie est presque membre de l'OTAN, et la Russie n'attaquera sérieusement que si elle sent son adversaire en position de faiblesse. Ce qui risque d'être le cas si l'UE garde le silence ou ne fait pas de déclarations communes, et si les américains ne sont pas en mesure d'apporter suffisamment de puissance militaire en dissuasion. L'autre option étant que les USA montrent les dents par faiblesse de leurs possiblités de déploiement militaire, ce qui renforcerait Bush et les néo-cons et serait donc préjudiciable à tout le monde.


        Sinon, de manière plus globale, on est encore une fois dans un problème de souveraineté de pays et de populations, avec un double enjeu : l'indépendance géorgienne vis-à-vis de son voisin russe, mais également l'autodétermination démocratique des provinces sécessionistes. Les conflits du XXème siècle ont encore de beaux jours devant eux semble-t-il, entre la Palestine, la Tchétchénie, le Tibet, le Sahara occidental...Bref, que des situations toujours extrêmement complexes, j'espère que ce billet vous aura – un peu – éclairé sur une question qui va sûrement être le point chaud international – en dehors de l'implosion irakienne – dans les prochaines semaines.

 

Dimanche 4 mai 2008
par Moktarama publié dans : Dans le monde
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Ce samedi je continue à traiter la situation au Zimbabwe, l'élection de Berlusconi en Italie et la monumentale bataille qui oppose toujours Hillary Clinton à Barack Obama dans la primaire démocrate aux Etats-Unis.


" Euh...votre excellence, nous n'avons plus d'argent pour acheter plus de bulletins de vote en votre faveur... "
" Et alors...?! Imprimez plus d'argent ! "
" Euuh...nous n'avons plus de papier !! "



" Ecoutez, l'opposition ment quand ils disent que dix de leurs militants ont été tués. Ils sont tous morts de causes naturelles...
...comme une pénurie de nourriture, une pénurie de médicaments, une pénurie d'argent, une pénurie d'emplois, une pénurie de logements, une pénurie de pétrole, une pénurie de transports, faites votre choix ! "


Ces deux dessins évoquent en parallèle la monstrueuse inflation - et les graves pénuries qui s'ensuivent depuis des années, le phénomène s'aggravant exponentiellement - présente au Zimbabwe tenu depuis plus de 20 ans d'une main de fer - comme pour Ben Ali - par le "président" Mugabe, libérateur corrompu et violent de son pays - tenu dans une misère sans nom - , comme tant d'autres leaders africains ; et les féroces batailles qui opposent Mugabe tentant de rester à tout prix au pouvoir à une opposition qui estime avoir gagné - malgré les innombrables trucages en faveur de Mugabe - le premier tour des élections présidentielles. Mugabe vient d'ailleurs de reculer devant l'opposition nationale et internationale à l'absence d'un second tour. Surtout qu'il n'a pas reçu les armes et munitions qui devaient lui permettre de réduire à néant - encore - toute opposition par la loi des armes, l'Afrique du Sud et la Namibie ayant refusé le débarquement du chargement d'armes du bateau gracieusement envoyé par les néo-colonisateurs de Pékin. Pour rigoler un peu, voici la photo d'un billet de 10 millions de dollars zimbabwéens, comme dans
l'Allemagne de 1932 :






" C'est le journal de 20h, je suis votre nouveau premier ministre...et je possède cette chaîne de télévision !! "

Bon, ce n'est certes pas nouveau, mais pour la troisième fois les Italiens ont réélu Berlusconi, qui va faire régner, n'en doutons pas, une atmosphère nauséabonde en Italie. De tristes souvenirs remontent, surtout quand on pense à sa gestion de la place italienne au sein de l'Europe...Romano Prodi aura fait tout ce Damage control pour rien, le matamore est de retour, et en plus il a pris Rome !

Par ailleurs, je trouve particulièrement savoureux que ce soit un dessinateur africain qui se moque de la vie démocratique d'un pays européen, cela change des conventions et éclaire crûment la vie politique pas si démocratique que ça de notre continent. Les leaders corrompus de l'Afrique sont en effet au final assez proches de Berlu, la violence en moins. Mais les méthodes sont les mêmes, je pense ainsi à l'auto-amnistie faite par l'assemblée italienne sous Berlu II , qui a permis à Silvio de ne pas se faire rattraper par la justice eprès le mandat n°2.






Le monumental moment de suspense continue...

Bon ben voilà, Hillary continue la course malgré son irratrappable retard en nombre de délégués élus, à priori cela ira jusqu'au Congrès du parti démocrate dans quelques mois...





Mr Obama demande une faveur : "Fermez lui sa putain de gueule..."


La polémique politique américaine de la semaine concerne Barack Obama, qui doit se traîner le pasteur de son église noire - qui l'a marié notamment - , le pasteur Wright, qui après avoir fait une courte apparition il y a deux mois - vite stoppée par l'équipe de campagne d'Obama et Obama lui-même qui s'est distancié des propos tenus par son pasteur via un grand discours sur l'ouverture - , est revenu en force cette semaine, faisant plusieurs discours véhément devant diverses institutions, relançant la polémique de plus belle et contraignant Obama à encore une fois se distancier du discours tenu.

Certains pensent même que Wright est téléguidé par Clinton - l'organisatrice des récents discours de Wright étant très liée aux Clinton - , en tout cas celui-ci ; qui tient des propos soutenant les théories du complot concernant le 11 Septembre, ou soutenant que les noirs n'arrivent pas aussi bien à s'élever car la culture noire est trop différente des enseignements des blancs, et autres théories douteuses ; est une véritable pépite pour les équipes de campagne de Clinton et de Mc Cain. Bref, il risque de représenter un sacré boulet de plomb pour Obama, notamment auprès de cette si précieuse classe moyenne blanche, déterminante pour les élections et sur laquelle Hillary base toute sa stratégie de victoire au Congrès avec les voix des super-délégués.

Samedi 3 mai 2008
par Moktarama publié dans : Caricatures de la semaine
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        Un changement monumental est en train de se passer au plus haut niveau des marchés monétaires internationaux. En effet, après le Venezuela d'Hugo Chavez, c'est l'Iran qui a officiellement cessé d'accepter les dollars US comme paiement pour le pétrole. Seuls les euros ou les yen sont désormais acceptés.


        Mahmoud Ahmadinejad, président de la République Islamique, fait là une très bonne affaire. Il engrange des revenus en devise plus stables qu'avec le dollar, et fait bien plus de bénéfices vu la cotation en dollars du pétrole et son taux actuel. La cerise sur le gâteau étant le message politique très fort envoyé aux Etats-Unis et l'affaiblissement du dollar qui va en résulter.


        Mais surtout, ça marque le début de ce qui va sûrement être un des grands changements mondiaux à venir : la fin à moyen terme de la cotation en dollars du pétrole, et donc la fin de la solution de la planche à billets qui permettait à ce pays de n'avoir aucune limite de crédit. Pour l'instant, l'OPEP soutient encore fortement le maintien de la politique actuelle, il leur faut d'abord écouler les monstrueuses réserves de devises américaines avant de provoquer sa chute éventuelle. Ils s'y emploient, en construisant des villes dans le désert ou en rachetant par centaines des entreprises de par le monde.


        En attendant, après la décision surtout politique du Venezuela – mais logique vu l'inintérêt pour Chavez du soutien militaire US - , c'est le second producteur du monde et les secondes réserves mondiales – à égalité avec l'Irak – qui sort du cercle.

 



        Par ailleurs, l'administration Bush est en train de battre des ailes, mais le pays ne fait plus illusion. La situation des infrastructures est désastreuse : en gros, rien n'a été construit depuis Reagan, les ponts s'effondrent, la sécurité aérienne est faible, la mortalité infantile remonte, la criminalité est plus élevée que jamais, bref les américains eux-même constatent que la régulation totale par le marché ne fonctionne pas, n'en déplaise à Alternative Libérale. Par ailleurs, quiconque a vu ce qu'est l'Amérique des oubliés ne peut adhérer à une régulation faite uniquement par le marché, qui prend puis jette les êtres comme des consommables. Ou une mère célibataire élève deux enfants dans un « trailer park » - parc à caravanes, les bidonvilles des zones rurales américaines - ; travaille 70h par semaine avec deux jobs et ne peut même pas payer des soins indispensables parce que vous comprenez, la consultation c'est 200 $. Ou le seul parachute éventuel, c'est sa communauté – ethnique, religieuse, culturelle - , ou sa famille.


        La chute du dollar en tant que monnaie-étalon mondiale – pétrole, matières premières et agroalimentaires - n'est que l'étape la plus tardive, qui suit même le déclin militaire, mais qui n'est que la queue de comète d'une longue déchéance...les français le savent bien, eux qui une fois furent la référence ; et les anglais ne devraient pas l'avoir oublié si vite, la chute de la livre sterling datant tout juste des années 50. L'hégémonie américaine sur le monde va encore durer, mais sa fin se rapproche, les prochaines décennies risquent d'être marquées par des luttes féroces aux niveaux mondial et régional, chacun va vouloir sa part du vieux lion américain.

 


        Et, assez ironiquement, au moment ou le gouvernement prévoit – parce que des paroles aux actes, Sarkozy c'est un peu dur de s'y retrouver - d'appliquer à la France ce que Reagan a fait aux USA ou Thatcher au Royaume-Uni dans les années 80, soit une dérégulation et un désinvestissement de l'Etat dans les services dits publics ; étonnamment de plus en plus de voix se font entendre aux Etats-Unis et en Europe pour se demander pourquoi la France si décriée résiste admirablement à la crise des subprimes – ces produits n'existant tout simplement pas en France – ou à la récession mondiale. Car oui, comparé à l'Angleterre et les USA qui ont du socialiser les pertes des banques, à l'Espagne dont le marché de la construction – qui emploie un quart des espagnols – est au point mort, à l'Italie – pas besoin de faire un dessin je crois - ; notre situation économique est acceptable. Par contre, et contrairement à tous ces pays, tous les indices sont bien plus élevés : meilleur systême de santé au monde, inégalités relativement réduites, conditions de travail sans aucune comparaison possible – surtout aux USA et au RU - ...pas si mal pour un pays de fainéants et d'assistés, non ?


        Enfin, à propos de notre politique internationale, et de l'inspiration de cet article, je vous suggère la lecture de cette chronique de l'historien Edouard Husson sur Marianne2, qui reflète assez fidèlement ce que je pense concernant une « politique internationale idéale » de la France. Sarkozy en est évidemment très loin, comme d'ailleurs la plupart des politiques de tous bords. Je vous mets la citation clôturant l'article, tellement vraie :


«La France n'est écoutée et puissante que lorsqu'elle combat pour la justice» , Jean Jaurès. Mais ça, on peut être sûrs que Sarkozy et Guaino ne l'ont pas lu quand ils se sont piqués de citer l'homme dans les nombreux discours de l'élection présidentielle de 2007. Dommage pour nous.

Vendredi 2 mai 2008
par Moktarama publié dans : Dans le monde
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        C'est ce que notre cher président Sarkozy a déclaré cette semaine lors de son voyage de trois jours en Tunisie. Alors, je vais vous laisser relire cette déclaration. Calmement. « Aujourd'hui, l'espace des libertés progresse en Tunisie » . C'est en quelque sorte la nouvelle de l'année pour les tunisiens, qui doivent être sacrément heureux de voir affirmé par le Président de la patrie d'origine des droits de l'homme et du citoyen que leur liberté progresse, depuis plus de 20 ans que Ben Ali tient leur pays d'une main de fer.

        Par ailleurs, Sarkozy a visiblement emmené dans ses valises sa secrétaire d'Etat aux droit de l'homme uniquement pour faire bien en France. En effet,
Rama Yade a été tenue de la fermer, de laisser la première dame faire le social - elle a visité un orphelinat, on croirait voir lady Di - et les grands garçons vendre leurs armes et leurs industries.

        Il faut bien dire qu'en tant que premier partenaire économique de la Tunisie bienveillante, y en avait des contrats à signer. Mais aussi des accords migratoires, Sarkozy
louant la main d'oeuvre tunisienne et l'intelligence française, en expliquant que nous accepterons volontiers de former les élites tunisiennes. Après le discours de Dakar, il va vraiment falloir que quelqu'un explique à Sarkozy et Guaino que la colonisation est finie depuis 50 ans, on va pas se réenfermer dans les mêmes schémas.

        Parce que depuis que Nicolas "je ne serrerais pas la main à Poutine et aux dirigeants qui ne reconnaissent pas Israël" Sarkozy s'est mis à la realpolitik, il a fait plus que mettre de l'eau dans son vin, il a carrément jeté le vin ! En effet, il n'est même plus question de parler des droits de l'homme ou de peser dessus diplomatiquement, mais simplement de
"faire avancer les choses" et de "comprendre des réalités" . Il est beau le pays des droits de l'homme ! Mais enfin, la France peut-elle encore être considérée comme telle ?

        Par ailleurs, la presse web a fait un assez bon travail de couverture de fond sur la Tunise, notamment
Bakchich qui a fait un gros dossier sur la réalité de la Tunisie des Ben Ali et Trabelsi. La meilleure preuve en étant que Bakchich est inaccessible sur le net tunisien, tout comme Youtube et Dailymotion. J'en donne quelques extraits des articles dans le désordre, à titre informatif et pour les éventuels lecteurs tunisiens :

Au mois de juin dernier, Paris était au plus mal avec Tunis. Cela faisait des années que Ben Ali et ses flics réclamaient la disparition de l’Audace. Cet excellent journal, qui défendait l’idée démocratique et la laïcité, n’était diffusé qu’à quelques centaines d’exemplaires. Le magazine n’était vendu, et de façon irrégulière, que dans quelques kiosques parisiens. Un seul journaliste, mais il est vrai de qualité, en assurait la réalisation. Peu importe ! Ben Ali exigeait de la France que cette publication soit anéantie. La paranoïa de ce régime de sous préfecture est sans limites. « Ben Ali est un flic, et c’est un flic qui est con », avait déclaré avec justesse Hubert Vedrine, ancien ministre socialiste des Affaires étrangères.
Si l’Audace n’était pas interdit, les Tunisiens promettraient de mettre fin à toute coopération en matière de terrorisme. La menace fut jugée réelle, place Beauvau : on dépêcha à Tunis, durant l’été dernier, de hauts responsables de la DST. Lesquels parvinrent, à leur retour, à négocier en douceur, avec le responsable de L’Audace, à qui on donna une nationalité française, la disparition de ce dangereux libellé. Bien joué !


        Décidément, j'apprécie toujours autant
Hubert Védrine. Qu'elle était belle l'époque de l'accord informel ou la gauche et la droite ne prenaient aux Affaires Etrangères que des ministres compétents !


Le charmant régime tunisien du président Ben Ali ne recule devant rien pour museler les médias. Le chef de l’État figure d’ailleurs lui-même sur la liste des « prédateurs de la presse » érigée par l’ONG Reporters sans frontières (RSF). Un privilège qu’il partage avec les dirigeants de Corée du Nord, d’Érythrée ou encore de Guinée Équatoriale. La classe ! Il faut dire que la situation des médias dans la Tunisie de Ben Ali est tout simplement catastrophique. Dans l’édition 2008 du rapport annuel de RSF, on peut ainsi lire en guise d’introduction : « le chef de l’État contrôle le pays depuis 20 ans d’une main de fer et rien ne laisse augurer d’une quelconque ouverture ». Terrible quand on sait que Ben Ali a toutes les chances d’être réélu avec un score à la soviétique l’année prochaine...
Rien que pour l’année 2007, RSF indique que « pas moins de dix journalistes ont été agressés par la police et trois médias censurés. (…) Trois journalistes ont été poursuivis en justice. Deux d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme. » Quant à 2008, et bien, elle commence sur les chapeaux de roues ! On déplore déjà deux agressions policières. Ainsi, le 3 mars, Sihem Bensedrine, journaliste et présidente du Groupe de travail pour la liberté de la presse en Afrique du Nord ainsi que son mari, Omar Mestiri, directeur de la publication Kalima ont été séquestrés six heures durant et malmenés par la flicaille tunisienne qui a en outre copié le contenu de leurs ordinateurs. Puis, le 24 avril, la voiture de l’épouse du journaliste et opposant Taoufik Ben Brik a été vandalisée alors qu’une semaine plutôt des policiers ont menacé ce dernier de s’en prendre à sa famille. En à peine un trimestre, on déplore également la confirmation de la condamnation à un an de prison du journaliste Slim Boukhdir qui travaille comme correspondant du journal londonien Al Quds Al Arabi et du site web de la chaîne arabe Al-Arabiya. Sans oublier la lente asphyxie de l’hebdomadaire Al-Maoukif qui est régulièrement saisi de façon arbitraire.


        Je ne vois ici pas le moindre espace de liberté, tout ce qui n'est pas assez laudateur du régime est systématiquement pourchassé par l'Etat. Oser parler de progression, c'est cracher ouvertement sur les centaines de journalistes tunisiens qui ne peuvent pas faire leur travail et sont régulièrement menacés par le régime.


Le frère de Leïla, première dame de Tunisie, Belhassen Trabelsi, a encore fait de jolis achats. Il a mis la main sur un terrain de Sidi Bou Saïd, jadis propriété du Mufti de Tunis, et sur lequel il veut bâtir une vilaine bicoque de deux étages. Autre conquête immobilière de cet incorrigible : un jardin public de Tunis où il a fait construire un showroom pour les automobiles Ford, dont il est le représentant en Tunisie. Il faut le comprendre : depuis que les Émiratis ont investi dans le secteur immobilier, les prix se sont envolés...

Cerise sur le gâteau, Belhassen Trabelsi a également acheté pour la très modique somme de 60 000 dinars un lopin de terre de huit hectares situé dans une zone classée monument historique par les Nations Unies. Et pas n’importe laquelle puisqu’il s’agit du site archéologique des Citernes de Carthage. Ni une ni deux, Trabelsi a fait déclasser son lopin avec l’approbation du ministère tunisien de la Culture. L’Unesco a eu beau protester, rien n’y a fait. [...]

Qu’importe, cela n’empêche guère Imed Trabelsi de faire cracher les chefs d’entreprises tunisiens ! Tous les jours, à 8 heures pétantes, il téléphone à plusieurs d’entre eux et leur dit en substance : « Je suis le gendre du président Ben Ali. Il va effectuer un déplacement vers chez vous. Je vous propose un abonnement de 3 000 dinars (2 000 euros) pour préparer les banderoles de bienvenue. Je vous envoie tout de suite quelqu’un chercher le chèque. »

Autre épisode de la vie du rejeton Trabelsi qui en dit long sur ses mœurs : celui du Manhattan. Aaah, le Manhattan… L’an dernier, pour fêter l’anniversaire de sa fille, le consul des États-Unis à Tunis a réservé cette discothèque bien connue d’Hammamet. Faisant fi des portiers qui lui refusaient l’entrée arguant qu’il s’agissait d’une soirée privée, Imed Trabelsi parvient à s’imposer. N’est-il pas le gendre du président Ben Ali ? Sauf qu’à force de draguer lourdement les invitées américaines, italiennes et françaises présentes, Imed a fini par énerver le consul, l’obligeant à passer un coup de fil salvateur. Quelques minutes plus tard, l’intrus se trouvait sous bonne garde dans un 4x4 qui l’a ramené à Tunis. Le président Ben Ali n’a pas jugé utile de protester. [...]

La sœur du Général-Président, Najet Ben Ali, a raflé plus de 60% du marché tunisien de la friperie. N’étant pas de ce milieu, elle a décidé de « vendre » cette concession à des professionnels triés sur le volet et qui, moyennant finances, revendent les fripes en question. Il leur est toutefois formellement interdit de mettre la main sur les vêtements de luxe (soieries, fourrures…) qui représentent en moyenne 10 % de la marchandise. Celles-ci sont réservées à sœur Najet qui les asticote et les revend au prix fort (et du neuf) dans les sept boutiques de luxe qu’elle possède en Europe.


        Ca, c'est ce que je préfère dans les régimes autoritaires : la famille régnante. Je rappelle par ailleurs aux français que ladite Leila, pour imposer son lycée de l'élite à Tunis, a fait fermer le lycée français de Tunis qui ne rouvrira donc pas à la rentrée prochaine. Ainsi il ne faut pas s'étonner de ne pas avoir vu un seul officiel français s'y déplacer durant la visite officielle, les Airbus, c'est nettement plus important que la culture ou la francophonie, a visiblement décidé depuis son élection notre play-boy président.



 

 

        Voilà ce à quoi Nicolas Sarkozy a réduit notre pays : un petit marchand de contrats prêt à négocier sa crédibilité et son assise internationale auprès de tous les plus grands dictateurs de ce monde, qui croit que 30 milliards d'euros pour les 5 prochaines années valent mieux que 50 ans de crédibilité internationale monstrueuse en rapport avec notre poids réel. Nous sommes maintenant comme n'importe quel autre pays, et avons laissé à l'Allemagne le privilège de l'honneur - pour ce que ça vaut à notre époque - national et européen. Tant mieux pour les allemands, et tant pis pour nous.



Mise à jour du 02/05 : Un excellent article écrit par un tunisien est
apparu sur AgoraVox, je vous le recommande chaudement, un autre épisode doit suivre.
Mercredi 30 avril 2008
par Moktarama publié dans : Dans le monde
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