Je vais d'abord vous raconter une histoire, mon histoire. Plus précisément celle que j'ai eu avec le journal Le Monde. Je suis venu au Monde par la personne qui m'éleva, qui y était abonnée. Je dois bien avouer que ce qui m'a fait lire ce journal en premier lieu, c'est Plantu. Qui m'a bien plus donné le goût de la politique et de l'information dans ma prime jeunesse – j'avais 10 ans lors de l'élection de Chirac – que le reste du journal, que je survolais plus qu'autre chose.


        Dans mon jeune esprit, Le Monde était associé au sérieux et à l'objectivité, et Plantu aidant je me suis mis à le lire régulièrement, toutefois, l'ère Colombani-Minc-Plenel tournait à plein régime, et très vite je n'ai pu que constater la déréliction - ou du moins sa perception - d'un idéal que je n'avait au final jamais connu, mais qui m'avait appaté. La première fois que j'ai douté, je m'en souviens parfaitement, c'était  lorque j'apprenais l'histoire du grand barnum de la « mémoire de l'eau » publié en Une - en 1988 - avec force commentaires élogieux, et ce en grillant la politesse à Nature, ce qui « ne se fait pas » dans la recherche. Ledit Nature publiant l'étude, certes, mais avec de très forts doutes émis par l'équipe du journal, contrairement à l'article du Monde qui déjà m'avait choqué par son assurance et, oui, son arrogance. Particulièrement mal placée sur cette affaire, vu que la triche fut plus tard avérée par les démystificateurs de Nature – comme le prestidigitateur Randi. J'étais bien sûr beaucoup trop jeune, et c'est par la lecture en 1998 d'articles - via d'autres sources, m'ayant amené à lire ceux du Monde - concernant cette affaire vielle de quasiment 10 ans à l'époque que j'entrais en contact avec ce monument de l'erreur journalistique et de l'appât du scoop. Mais enfin, disons que la magie de l'idéal venait d'éclater, et avec elle la certaine idôlatrie que je portais aux journalistes...


        Je continuais toutefois à lire Le Monde, parce qu'après tout il était à la maison, et que je ne connaissais que peu – vu mon jeune âge et la naïveté inhérente - la politique française, faisant donc tout de même une certaine confiance aux journalistes du journal – notamment politiques - , bien que ne portant plus qu'une attention distraite et plutôt amusée sur le contenu des pages « Sciences » du journal.


        En 2001, ce fut mon second séisme dans la relation que j'avais avec Le Monde – ben oui, lire un journal pendant des années, j'appelle ça une relation : le livre de Pierre Péan et Philippe Cohen, La face cachée du Monde. En effet, bien qu'enrobé dans des haines très personnelles contre le trio qui régnait au journal, il n'en pointait pas moins de très nombreux dysfonctionnements et abus de pouvoirs. Des abus que mon ignorance politique m'avait cachés mais qui m'éclatèrent au visage – les pages France du Monde étaient clairement indissociables des intérêts personnels de Colombani, Minc ou Plenel - , de ce jour je décidai de varier les sources d'information, et de basculer progressivement vers un web nettement plus riche de ce point de vue.


        Je me suis brièvement abonné il y a 2 ans, peu après leur « nouvelle » formule, mais le traitement de la campagne présidentielle notamment, m'a fait me désabonner : oui, Eric Le Boucher et Philippe Ridet, je pense à vous qui nous abreuvaient de vos loghorrées pro-Sarkozy, qui n'était pas désordonné, capricieux, vulgaire ou flirtant avec l'extrême-droite, mais « volontaire » , « courageux », « impatient », ou « hors de la pensée unique » ... sans même parler du formidable coup d'audace consistant à expliquer à vos lecteurs à la veille du premier tour à quel point il était antidémocratique de voter pour François Bayrou !


        Bref, je consulte maintenant LeMonde.fr comme on regarderait une ancienne amante pour laquelle on n'a plus de sentiments, je continue à le lire – quand j'ai le temps, bien d'autre sources sont plus utiles – par nostalgie, habitude de l'ergonomie du site pour les dépêches AFP – qui sont 40% des articles du journal, et ça se voit - , et puis un peu aussi parce j'aime assez les lecteurs, qui répondent nombreux aux articles et me semblent être les moins cons des commentateurs de journaux en ligne – la palme allant bien sûr au Figaro, dont le niveau des commentaires n'a d'égal que la pauvreté et la subjectivité des articles - , tançant souvent vertement articles et points de vues et représentant un panel de points de vue plus large qu'ailleurs. Je ne suis visiblement pas le seul nostalgique, je me demande d'ailleurs quelle est la courbe d'abonnements du journal vu le ton extrêmement critique des commentateurs envers le travail des journalistes ainsi que la sélection éditoriale.

 

 


        Enfin bref, si je vous ai tartiné tout ça, ce n'est pas purement pour parler de ma petite vie, mais parce que, comme à son habitude, le « journal de référence » se vautre dans le point de vue mal présenté et l'article partial, cette fois-ci sur un sujet que je traite sur ce blog : les OGM.

 


        Et là, attention, Le Monde a décidé d'envoyer du lourd. Du très très lourd même. Sous la forme d'un « Point de vue » de Jean-Paul Oury, « Docteur en histoire des sciences et technologies ». Ce qui nous avance bien, hein, on ne sait pas ou il enseigne ou travaille. Je vous donne quelques extraits de ce texte dont le titre est « Les OGM, querelle idéologique » :


[...]
Aussi, il apparaît clairement que ça n'est pas l'appartenance à une famille politique qui définit le fait que l'on soit plutôt pro, ou plutôt anti. En ce sens, la querelle des OGM n'est pas politique, elle est idéologique : elle oppose deux visions du rapport "homme/nature" qui se trouvent également réparties à gauche et à droite : la position qui consiste à se définir comme anti-OGM est une vision conservatrice du vivant.


Elle est, comme nous l'avons démontré par ailleurs, issue d'une philosophie naturaliste qui voit la nature comme un patrimoine à conserver et auquel l'homme resterait soumis. De ce point de vue, toute "manipulation" devient suspecte, alors que les produits qui sont estampillés "naturels" apparaissent, eux, comme étant au-dessus de tout soupçon.


Cette vision refuse la transgenèse végétale parce qu'elle la suspecte de ne pas être un "moyen naturel" de production du vivant. A contrario, l'autre vision, elle, peut être caractérisée de "progressiste" en ce sens qu'elle part du principe que l'homme a depuis toujours modifié le vivant et son environnement et que cette capacité de modification est la condition même de sa survie.


De ce point de vue, les "solutions OGM" se justifient par le fait que ne pas développer cette technologie possible fait courir un risque plus grand à l'humanité : celui de se priver d'un outil indispensable à sa survie. D'un côté, on croit donc que le salut de l'homme passe par sa capacité à sauvegarder un équilibre avec la nature, de l'autre, on considère plutôt que cet équilibre qui n'existe pas de fait est à trouver et, par conséquent : l'homme est libre de "reprogrammer" le vivant en question.


Le problème qui devrait en toute évidence se poser au politique n'est pas alors foncièrement de faire la promotion de l'une de ces visions aux dépens de l'autre, mais bien de trouver les règles qui leur permettent de coexister. Bien sûr, pour que cette cohabitation puisse se faire, il faut qu'une solution technique la rende possible. Or, comme il est reconnu par tous les scientifiques qui se sont penchés sur le sujet, pour les OGM, comme pour les semences classiques, la coexistence est possible et des mesures peuvent être prises pour que le maïsiculteur OGM n'empêche pas le fermier bio de respecter son cahier des charges.
[...]
Encore faut-il pour cela [résoudre la querelle des OGM] que les politiques aient un véritable courage et une vision claire de ce que doit être une démocratie libérale : un système qui vise à donner le plus de choix possible à tous les citoyens en optimisant les libertés de chacun et non de promouvoir une idéologie ou un modèle de société aux dépens d'un autre, en cédant à la pression d'un groupe qui voudrait, imposer à autrui sa vision du monde et ses valeurs.


Je laisse répondre les commentateurs avisés du Monde, qui eux sont bien de référence – le contenu cité ci-dessous est rigoureusement vrai, vérifié par mes soins :


tatooin
20.05.08 | 08h31
Article intéressant, a l'exception d'une erreur MAJEURE de l'auteur: "la coexistence est possible et des mesures peuvent être prises pour que le maïsiculteur OGM n'empêche pas le fermier bio de respecter son cahier des charges." C'est bien la le probleme, la coexistence n'est PAS possible a moins de cultiver sous serre ! Sinon pourquoi les assureurs persisteraient-ils a refuser d'assurer les risques de contaminations génétiques par les OGMs ?


Mathilde H.
20.05.08 | 08h46
M. Oury, restez par pitié dans votre domaine de compétence: "une technologie qui fait ses preuves partout dans le monde"! Ne lisez vous pas la presse anglo-saxonne? Ah, pardon c'est en anglais... On y apprend que les Sojas GM produisent 20% de moins qu'une variété classique. Oui on sait introduire des gènes pour obtenir un produit particulier. Non on ne maîtrise pas le lieu d'insertion, ni les conséquences de cette insertion sur d'autres produits de l'organisme modifié: technologie pas finie!


        Les chiffres donnés par Mathilde ne me semblent pas justes, pour autant ce qu'elle dit est vrai : aucune semence GM n'a jamais été plus productive que les meilleures semences obtenues par hybridation classique.


Jens
20.05.08 | 09h24
Comment peut-on encore pondre (pour être poli) de tels articles ? Vacuité abyssale du raisonnement (les OGM nécessaires à la survie de l'humanité !), arguments fallacieux mais franchement imbéciles (quel intérêt y a-t-il à citer quelques noms ne reflétant pas les dominantes de chaque camp ?), aspects essentiels du sujet éludés (risques environnementaux et sanitaires), le tout empaqueté dans un fatras d'a priori purement politiques (la démocratie libérale !). J'avoue que les bras m'en tombent...


Senjin
20.05.08 | 10h07
Coexistence impossible, lieu d'insertion du nouveau gène impossible à déterminer aux conséquences multiples, tests bâclés ou tout simplement oubliés sur la santé des animaux, dissimulation d'informations... etc. Certains insectes contre lesquels luttent les pesticides contenus dans les plantes ont déjà muté et se sont adaptés. Ils doivent maintenant utiliser EN PLUS des insecticides. Durant ce temps, le coton OGM meurt en inde et les paysans se suicident à tour de bras. Mais c'est pas grave.


thymus
20.05.08 | 11h15
Article idéologique à la réflexion binaire et pseudo-scientifique digne d'un C. Allègre. Les anti-OGM en plein champ ne sont pas les obscurantistes conservateurs "pro-life" présentés ici et les pro-OGM tous azimuts ne sont pas des progressistes, leur vision économique accusant un énorme retard. En dehors de ces extrêmes, il y a des gens intelligents qui seraient capables de s'accorder sur des solutions si les sempiternels partisans de la force brutale ne leur brouillaient pas les pistes.


Celui-là, c'est mon préféré :


Philippe F.
20.05.08 | 10h41
Le Dr Oury feint-il l'ignorance et construit-il un lit de Procuste au service des semenciers et autres profiteurs ? Ceci est indigne d'un scientifique et nous renvoie avec cette « querelle idéologique » aux pires moments du stalinisme avec Lyssenko. Non monsieur, la vie n'est pas affaire d'idéologie ! Ne pas tenir compte de la gravité des conséquences imprévisibles dues à la dissémination des OGM dans la nature est de l'inconséquence, voire pire. Être conséquent ce n'est pas être conservateur !



        Bon, bien sûr, quelques commentateurs soutiennent l'auteur, j'en cite un – c'est à peu près le rapport dans les commentaires – qui me semble représentatif des arguments – pauvres – en faveur de la culture de semences GM en plein champ :


Bigstop
20.05.08 | 15h30
Merci à M. Oury pour son courage.C'est devenu un crime d'hérésie politique, dans la France d'aujourd'hui,que de ne pas faire allégeance aux thèses superstitieuses et réac nourries d'anti-américanisme primaire, d'anti-capitalisme et de théorie du complot des anti-OGM.Au fait, le blé est la première céréale génétiquement modifiée par l'homme,quoi qu'avec des moyens plus rudimentaires.Alors, anti-OGM ok,mais alors on est aussi anti-blé et pour le retour au céréales sauvages naturelles



        Par ailleurs, une petite recherche via Google nous apprend que ce « docteur en sciences et technologies » est également, oh surprise, un des piliers du mouvement Alternative Libérale : sisi, souvenez-vous, leur porte-parole et maintenant présidente Sabine Hérold a tapé l'incruste dans plusieurs émissions de télévision lors des présidentielles de 2007, venant nous expliquer que la France était quasiment un pays communiste. C'est vrai, quoi, tous ces impôts, faut les supprimer fissa et le marché régulera parfaitement tout ça lui-même, en soit témoin le systême de santé américain. Alternative Libérale, ce sont ceux qui trouvent que Sarkozy est une couille molle - leur référence, c'est Thatcher - et qui se sentent trahis par cet homme qui n'a ni valeurs, ni idées, ni convictions autres que sa petite - au sens figuré – personne, et qui ne les a caressés dans le sens du poil que pour mieux déclarer qu'il voulait garder une industrie en France. On en pleurerait presque de les voir tout déçus de ne pas pouvoir avoir dans les 6 mois un systême sans plus aucune limite. On peut donc dire que le gentil Jean-Paul nous assène là des opinions ou l'idéologie est absente, puisque d'après lui, la conclusion est limpide : les semences GM, c'est le progrès, ça marche, c'est bon mangez-en, et au passage mettons des étiquettes pour que les riches puissent éviter d'attraper d'éventuels cancers. Encore une fois, Le Monde se vautre dans les affres du maljournalisme, c'est bien le journal « de référence » qui ne cite pas l'appartenance politique déclarée de l'auteur – qui déclare ne pas être un idéologue - d 'un « Point de vue » pourtant forcément polémique...bravo, et vive le journalisme total !

 

 



        Mais ce n'est pas fini ! En effet, le « quotidien de référence » va nous gratifier ce jour d'un article relatant l'abandon par Limagrain – premier semencier européen – de leurs projets d'essais en plein champ, encore une fois voici quelques extraits de l'article :


Limagrain n'arrête toutefois pas ses recherches sur les OGM. "Nous avons pris des dispositions pour faire des essais en Israël et, surtout, aux Etats-Unis", explique Pascual Perez, directeur général de Biogemma. Il n'empêche. "La France et l'Europe prennent du retard dans le domaine des biotechnologies, regrette M. Chéron. Notre première variété de maïs OGM pourrait ne pas être au point avant cinq ans, et il faudra plusieurs années supplémentaires avant de bénéficier des autorisations nécessaires à la mise sur le marché."
[...]
La prééminence américaine en matière de biotechnologies semble fermement établie. La puissance de Monsanto tient, de fait, à sa technologie phare : la résistance au Roundup, un herbicide produit par la firme qui supprime les mauvaises herbes sans attaquer la plante transgénique.

"C'est devenu le standard de base en matière de semences", note M. Toppan, chargé du développement des OGM chez Limagrain. A cela s'ajoutent les maïs transgéniques résistants à la pyrale (le MON810, dont la culture commerciale vient d'être interdite en France) et à la chrysomèle.
[...]
Les difficultés de la recherche privée ne sont pas sans répercussions sur la recherche publique. "Quand il y a moins de partenaires privés, c'est toute la recherche qui souffre, note Alain Veil, conseiller au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (Cirad). La France est en train de décrocher dans le domaine de l'innovation végétale."

Avec un risque supplémentaire : l'expertise française pourrait être prise en défaut quand il s'agira d'autoriser ou non les OGM américains qui s'impatientent aux frontières de l'Europe.


        Mmmm, on ne sait ni de quels variétés il parle ; ni en quoi leur variété va prendre 5 ans de retard alors que le projet dont on parle ici n'était même pas lancé ; ou en quoi la recherche doit obligatoirement se faire en plain champ, alors que touts les tests – d'inocuité, de rendements, d'efficacité et de propagation - doivent au contraire se faire en premier lieu en laboratoire ; de plus Limagrain ne semble pas comprendre que suivre Monsanto – plutôt que de garder une orientation de faible consommation d'eau qui était notamment dans les objectifs initiaux des semences GM Limagrain – est une erreur monumentale tant l'inintérêt de ses semences est évident, vu les effets sur les agricultures des pays qui les ont adoptés.

 


Mais revenons au Monde :


  • Au journaliste, tout d'abord, qui en ne présentant qu'un unique point de vue est clairement loin de son métier théorique – on aurait aimé avoir l'opinion d'un spécialiste, d'un chercheur pourquoi pas, sur les dangers pour la recherche sur les OGM de se limiter à de la culture sous serre, plutôt que d'être gratifié de cette conclusion qui pousse à la peur et non à la réflexion.
  • Aux responsables éditoriaux, ensuite, indiscutablement coupables en ce 20 mai d'avoir publié un point de vue expliquant que la culture des semences GM en plein champ est la seule solution, en même temps qu'un article poussant à penser que la recherche française sur le sujet est gravement mise en danger par les anti-semences GM cultivées en plein champ. Deux textes, dont l'un est très mal présenté – omettre l'appartenance politique du locuteur est un peu léger – et l'autre mal écrit et de surcroît totalement partial, ne présentant qu'un seul et unique point de vue, celui du semencier Limagrain. Bravo les gars, vous pouvez être fiers de votre journal « de référence » ! En tout cas, sachez que ce n'est pas de cette manière que vous arriverez à reconquérir ou à conquérir des lecteurs et abonnés.



PS : mon désamour pour ce journal est notamment la raison pour laquelle je me fous royalement de la crise qui s'y déroule actuellement, estimant que ces bons journalistes qui se proclament floués ont quand même accepté de nous refourguer la merde de leurs patrons sans moufter pendant des années – sauf Schneidermann qui s'est fait virer dans le silence assourdissant de ses confrères - , et qui visiblement continuent de le faire sans le moindre scrupule ou état d'âme. La chronique de la médiatrice est d'ailleurs assez souvent un grand moment de contorsionnisme, vu qu'il faut faire passer des erreurs grosses comme un éléphant par le chat de l'aiguille qu'est la déontologie journalistique dont Le Monde se veut le parangon...



Pour savoir la provenance des capitaux de ce quotidien – et d'autres français - :

De l'indépendance des médias français : 1 - Les quotidiens


Mes précédents articles concernant les OGM, les diverses trahisons des politiques français sur le sujet et les mensonges éhontés de Monsanto et de ses porteurs d'eau - aussi bien politiques que médiatiques ou associatifs - :
Mardi 20 mai 2008
par Moktarama publié dans : En France
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Entre la Chine dont la demande ne faiblit pas, l'Irak qui ne produit rien, l'Iran dont les capacités de raffinage sont ridicules, la Russie qui a 10 ans de retards dans les investissements, et l'Arabie Saoudite qui sent que ses gisements vont bientôt produire moins et veut maximiser ses profits actuels, le pétrole n'est pas près de redevenir abordable, et l'ère du pétrole à 200$ le baril pourrait arriver plus vite que prévu, les prix ayant déjà dépassé les analyses les plus pessimistes ces derniers mois. Aujourd'hui, on en est à 128$ le baril à comparer aux 102$ du 3 mars 2008...

        Pour vous donner une idée, voici un excellent tableau donnant l'évolution des prix du pétrole en dollars de 2006 et en dollar courant depuis la découverte de l'or noir :


Source : Présentation du marché du pétrole via www.lyc-arsonval-brive.ac-limoges.fr

        On réalise ainsi la formidable envolée de ces derniers mois, qui n'a rien de comparable aux pics précédents, et qui va probablement amener les prix à un plateau qui sera sûrement très élevé. Ainsi, non seulement le record d'aujourd'hui - à 128 dollars le baril - va très certainement être dépassé dans les prochains jours, mais en plus les prévisions actuelles pour la fin de l'année - prévisions qui ces derniers mois ont systématiquement sous-évalué l'explosion des prix - ont été réévaluées à la hausse, de 141$ à 148$ selon les agences.

        Et c'est là qu'on apprécie le tampon que procure la monnaie unique - nonobstant les vitupérations permanentes de notre président contre la Banque Centrale Européenne - de par sa force actuelle par rapport au dollar. Cela nous permet entre autres de ne pas en souffrir de la même manière que les américains. Je vous propose un autre graphique, limpide, sur le sujet :




        Parce que côté américain, c'est la débandade totale, car non seulement les américains sont férus de pick-up et autres gros consommateurs, mais en plus la majeure partie des aménagements du territoire américains sont conçus pour la voiture et l'avion soit les deux moyens de transports les plus coûteux en carburant. Et ce ne sont pas les
jérémiades de Bush qui vont pousser Abdallah à desserrer la ceinture...

        Ainsi, ils découvrent avec ébahissement ce que l'Europe fait depuis 25 ans, à savoir acheter des voitures plus petites, moins lourdes, moins consommatrices, et se mettent à une vitesse accélérée à de profondes modifications de leurs habitudes induites par un prix de l'essence qui, bien qu'encore loin des prix français par exemple - 50% de moins environ - , n'en a pas moins triplé ou quadruplé depuis quelques années ; le choc fut donc infiniment violent et est en train d'entraîner de rapides changements de mentalités, qu'il y a seulement quelques mois on n'aurait pas cru possibles dans ce pays ou la voiture est reine. Ce dessin de presse l'illustre assez bien :







        Mais ne nous leurrons pas, l'euro ne va pas indéfiniment nous protéger - ni, pour la France, les centrales nucléaires - , il est urgent de développer le ferroutage, le fret ferroviaire tout court, le fret par bateau ou barge sur des caneaux, des moyens de transports tous infiniment plus écologiques et économiques que la route. Mais aussi l'éolien, le solaire, investir massivement dans les technologies de production d'énergie "propre" et adopter des mesures contraignantes - la taxe carbone par exemple. Je ne sais pas pourquoi, j'ai l'impression d'écrire dans le vent vu les compétences de
notre ministre en la matière...

Vendredi 16 mai 2008
par Moktarama publié dans : Dans le monde
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        Je vous ai déjà longuement parlé du conflit russo-géorgien qui est en train de brutalement se réchauffer. En bien ça continue, et sur tous les fronts des affaires étrangères, je vous propose donc une petite chronique des dix derniers jours qui furent riches en péripéties.



        Le 5 mai, la Géorgie, en sus de son chantage à l'adhésion de la Russie à l'OMC, continue à tenter de faire pression et annonce son retrait d'un accord - signé en 1995 – de coopération aérienne entre les deux pays et qui établissait un systême de défense commune. La Russie ne bronche pas.


        Le 6 mai, Washington entre plus sérieusement dans la danse et critique directement la Russie pour ce qu'elle juge comme des « actions provocatrices » envers la Géorgie, Russie venant quelques jours avant d'envoyer illégalement des milliers d'hommes pour renforcer une force de stabilisation présente en Abkhazie depuis plusieurs années - sur mandat de la CEI.


        Le 8 mai, le président géorgien lui-même fait part de la possibilité d'une guerre, se défendant d'être le déclencheur puisque, comme il le dit lui-même, "Nous n'avons même pas suffisamment d'unités de combats prêtes" – et il se fait livrer des cargaisons d'armes de Turquie pour améliorer quelque peu l'état de la très faible armée géorgienne. Dans le même temps, la Russie annonce un possible renforcement – encore – des milliers d'hommes déjà présents en Abkhazie. Les indépendantistes abkhazes, quand à eux, annoncent avoir abattu un second drône géorgien, ce que le ministère de la Défense de Géorgie dément formellement.


        En fait, la Russie continue son total double jeu diplomatique, en se défendant totalement d'être la source des troubles mais au contraire d'empêcher la Géorgie d'occuper illégalement un territoire qui se veut indépendant et qui tente de résoudre ces conflits par la force, niant totalement toute implication. Dans le même temps, elle essaye d'étouffer les velléités européennes via sa politique énergétique. Et soutient sur le terrain les indépendantistes abkhazes et ossètes du Sud, empêchant par ces continuelles implications la naissance d'un quelconque processus démocratique – pouvant aboutir ou non à l'indépendance librement décidée.


        Le 9 mai, les ministres des affaires étrangères de 4 pays européens annoncent leur venue le lundi suivant à Tbilissi pour soutenir l'Etat géorgien. Et c'est là qu'on voit toute l'efficacité des maneuvres russes, en effet les pays européens engagés sont : Slovénie, Suède, Pologne, Lituanie.


        Le 12 mai, les ministres de ces pays – plus la Lettonie – se rendent à Tbilissi et promettent de faire avancer le dossier au sein de l'UE, le double jeu russe y a fatalement été évoqué. Il semblerait que les Russes veuillent mettre ce sujet sur la table au sommet UE-Russie des 26 et 27 juin 2008, auquel cas les pressions seront fortes jusque-là, pour arriver en position de force en face d'une UE vue – à juste titre – comme faible, divisée et facilement manipulable, en tout cas plus que les USA avec lesquels la Russie est déjà en train de négocier ferme, comme à la « belle époque » de la Guerre Froide.


        Le 14 mai, la Lituanie ne s'en laisse pas compter et bloque temporairement les négociations du traité stratégique entre UE et Russie, estimant l'attitude de la Russie peu coopérative sur ces conflits latents. Décidément, les « petits » pays européens sont bien plus importants qu'on ne le pense, car détachés sur nombre de sujet – contrairement aux gros qui craignent toujours pour leurs contrats – et parfois bien meilleurs démocrates que les fondateurs.


        Toujours ce 14 mai, nos médias se sont quelque peu glorifiés avec des titres du style « Grâce à Paris, Tbilissi aurait évité une guerre avec Moscou » , la Géorgie ayant communiqué via la télévision géorgienne sur l'évitement d'une guerre qui a failli se déclencher vers le 5 mai, et ce grâce à d'assidus coups de téléphone entre Bernard Kouchner et son homologue russe Sergueï Lavrov. Ce n'est pas totalement impossible – bravo à Nanard, ce serait sa première réussite en 1 an - , pour ma part j'y vois surtout une volonté de réussir à mieux impliquer les pays européens, et permettre une meilleure couverture médiatique internationale de la part de la Géorgie. Mise à jour 1h après parution : visiblement je ne suis pas le seul :-)


        Aujourd'hui 16 mai, on bascule dans le grand-guignolesque des meilleurs jeux diplomatiques : ainsi, la Russie a annoncé il y a quelques heures avoir capturé en Tchétchénie un citoyen à passeport russe et né en Géorgie, qui aurait « avoué » au FSB avoir reçu des sommes en dollars d'agents secrets géorgiens ou par Western Union. Il aurait été chargé d'établir des contacts avec les indépendantistes tchétchènes, mais aussi de surveiller les mouvements de troupes russe et de recruter pour les services géorgiens des soldats et officiers russes. Comme de bien entendu, la Géorgie réagit comme une vierge outragée, qualifiant la com' russe de « manipulation primitive ».


        Cela vous donne une bonne idée de la température des relations diplomatiques entre les deux pays. Dans tous les cas, les russes mettent visiblement beaucoup de moyens pour persuader l'Europe et les USA que la Géorgie est un « méchant » qui oppresse les abkhazes et les ossètes. On en est à peu près au même point qu'il y a dix jours et il faut toujours que les grands pays européens se réveillent si on veut éviter que la Russie ne se croie tout-permis et finisse par annexer de facto l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.

 

Vendredi 16 mai 2008
par Moktarama publié dans : Dans le monde
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        Vous ne pourrez pas y échapper aujourd'hui, la loi OGM n'est pas passée en seconde lecture à l'Assemblée Nationale, les députés UMP ayant visiblement choisi de voter avec leurs pieds en s'abstenant de venir en nombre suffisant. Cela s'est soldé par l'approbation de la question préalable – qui fait qu'on ne passe même pas au vote des amendements et autres – par 136 voix contre 135 sur 273 votants. Pour les détails des procédures de vote et du déroulement précis du parcours de cette loi, je vous invite à consulter ce billet de maître Eolas.


        Ce qui me marque dans le traitement médiatique et politique de ce couac le mot est à la mode - , c'est surtout la joie immodérée des députés de l'opposition, on dirait qu'ils ont changé la face de la terre ! Oh, les amis, je vous rappelle que la loi va passer sous peu quand même, la Commission Paritaire Mixte - 7 députés et 7 sénateurs - a déjà été annoncée par Jean-François Copé, elle va représenter la loi sous peu, et sans aucun doute passer cette fois-ci.


        Certes, c'est une belle victoire au plan politique pour l'opposition, maintenant j'estime que vu la taille de l'enjeu il est assez dommage que la question politique prenne le pas sur la question de res publica : on parle du PS qui applaudit, de l'UMP qui perd, de l'avenir de Copé, de la colère de Sarkozy, de tout ce qui fait le sel du journalisme politique parisien et ça fait autant de temps en moins pour parler des semences OGM et des innombrables problèmes qu'elles posent.


        Maintenant, si Copé ne se fera probablement pas virer à la veille du passage de lois importantes pour Sarkozy dans le but de ne pas affronter un groupe UMP en guerre des chefs, il n'en reste pas moins que cet ambitieux se voit là couper les jambes, et va devoir remettre ces dents qui rayent le parquet au placard pour un moment. Surtout après avoir expliqué cette semaine que le cumul des mandats pour un politique, c'est comme un journaliste qui travaille à RTL et Canal +, puisque Apathie ou Ferrari le font, pourquoi lui ne serait pas – retenez votre souffle – maire de Meaux, président de la communauté d'agglomérations du Pays de Meaux, président du groupe UMP à l'Assemblée Nationale, député de la 6e circonscription de Seine-et-Marne, et enfin avocat au Barreau de Paris. Apathie a par ailleurs fort bien répondu, et Ferrari ne s'est pas non plus trop mal comportée. C'est pas encore le journalisme total, mais y a déjà un net progrès sur Pujadas, PPDA et Chazal.


        Bon, revenons à nos moutons, je ne voudrais pas tomber dans les travers que je désigne, alors je vais me fendre de rappeler tous les problèmes liés à la culture en plein champ des semences OGM. Par ailleurs, je recommande toujours le blog de Marie-Monique Robin, auteur du documentaire et du livre Le monde selon Monsanto.


        Tout d'abord, un des plus gros problèmes est la dissémination et la contamination des cultures de la même espèce, par exemple au Canada le colza génétiquement modifié a fini par remplacer toutes les autres variétés de colza, c'est notamment ce qui a motivé ce pays à refuser depuis toute introduction d'autres espèces OGM.


        Mais on peut aussi parler des rendements qui sont plus faibles qu'avec les meilleures graines hybrides, celles-ci évoluant chaque année et étant le plus souvent bien mieux spécialisées pour certains territoires.


        Ou encore de la pulvérisation accrue d'insecticides pour le mais MON 831 résistant au Round Up, entrainant une contamination des sols, des populations locales et des nappes phréatiques, ainsi que de l'impossibilité à cause de cette contamination de repasser à court terme à des semences non résistantes à ce puissant herbicide et cancérigène.


        Ou encore des allergies provoquées par le mais produisant un insecticide, le MON 810 qui produit de grandes quantités de celui-ci, entraînant en 10 ans une résistance fortement accrue des insectes, obligeant les possesseurs de plants normaux à augmenter leurs doses d'insecticides et rendant inopérante cette défense à moyen terme.


        Ou encore de la présence au Mexique, pays naturel du maïs avec des centaines de variétés locales qui poussent avec un bon rendement dans des conditions particulières et sans insecticide, de maïs génétiquement modifié Monsanto qui se propage à grande vitesse depuis les Etats-Unis et risque un jour de faire disparaitre ce formidable réservoir de biodiversité du maïs qu'est le Mexique, et ce sera nettement plus grave qu'avec le colza canadien cette fois-ci.


        Enfin bref, pour l'instant le bénéfice des semences OGM est très loin d'être évident, il faut sans hésiter renvoyer les chercheurs à leurs paillasses et les semences OGM dans des serres tant que ces semences n'apportent aucun bénéfice aux agriculteurs et sont une source potentielle de désastre pour notre agriculture.



Mes deux précédents billets sur le sujet :

Mercredi 14 mai 2008
par Moktarama publié dans : En France
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       Je vous présente un outil extrêmement utile pour comprendre certains enjeux cachés : en effet, il permet de visualiser les liens personnels qui unissent les personnes aux autres personnes, organisations ou entreprises, et précise de quel ordre sont ces liens. Il est effectif pour les USA et devrait rendre de grands services aux journalistes.

       Un petit exemple pour que vous voyiez la puissance de l'outil. J'ai cherché Hillary Clinton, l'ai sélectionnée dans une liste, et voilà :

       On découvre ainsi, sans avoir à faire de longues et fastidieuses recherches, qu'Hillary est membre honoraire des jeunes républicains - ce que je trouve passablement étrange - mais aussi siège au board de Wal-Mart, ou qu'elle a assisté au mariage de Donald Trump. Le portrait de quelqu'un de bien élitiste pour celle qui se veut l'égérie des blue collars américains.

       Et chacune des icônes peut ainsi se cliquer, dévoilant nombre de liens qu'on aurait pas forcément imaginés, vous pouvez créer vos propres cartes - choix A - ou regarder celles déjà constituées - choix B - par d'autres internautes sur nombre de sujets et personnes. Voici le lien de NNDB Mapper, qui s'ajoute aux nombreux outils d'exploration de l'information disponibles sur internet.


Source :
Personal profile network graphs sur le blog information aesthetics.
Mardi 13 mai 2008
par Moktarama publié dans : Dans le monde
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